Editoriaux - Entretiens - Médias - Polémiques - Politique - Presse - 21 novembre 2019

Claude Chollet : « Ce procès s’inscrit dans un ensemble de mesures visant à faire taire toute voie dissidente ou à la rendre invisible »

Claude Chollet, qui a fondé en 2012 l’Observatoire du journalisme, répond aux questions de Boulevard Voltaire, à la suite de sa mise en examen sur plainte de Ramzi Khiroun.

Qui vous attaque et pour quelle raison ?

Nous sommes attaqués par Ramzi Khiroun. Ramzi Khiroun a été défini par L’Obs comme « l’homme le plus influent de France ». C’est un personnage de l’ombre, ancien chauffeur de DSK monté en grade, devenu porte-parole d’Arnaud Lagardère. Dans un article de 2018 – où Ramzi Khiroun est nommé de manière très adjacente -, nous avions parlé « d’exécuteur des basses œuvres de DSK » et de « manières expéditives ». C’est à ce titre que nous sommes attaqués pour injures publiques. Pour l’anecdote, Ramzi Khiroun a été décoré de la Légion d’honneur en 2015 par François Hollande à la demande de Jean-Pierre Elkabbach.

Est-ce la première fois que l’OJIM est visé par une enquête ?

L’Observatoire du journalisme (OJIM) a été créé en 2012 pour que le public soit « informé sur ceux qui vous informent », les journalistes, les groupes de presse, les conflits d’intérêts, les agendas idéologiques cachés. Nous publions en ligne, quotidiennement, sur www.ojim.fr et avons mis à la disposition du public 220 portraits de journalistes, 25 infographies et plus de 4.000 articles. Tous nos articles sont référencés, nous n’avons jamais été attaqués. C’est bien la première fois, en tant que directeur de la publication, que je suis mis en examen par un juge d’instruction du TGI de Paris, sur plainte de Ramzi Khiroun.

Quels sont les enjeux, derrière ce procès ?

Nous sommes certains de notre bon droit, mais nous risquons quand même 12.000 euros d’amende et des dommages et intérêts non chiffrables, sans compter les frais d’avocat, ce qui pourrait mettre en danger notre existence sur le plan financier. Nous vivons des dons de nos lecteurs (le site est gratuit) et nous avons lancé un appel de soutien.

Loi Avia, loi anti-« fake news »… Comment se porte la liberté d’expression, en France ?

Ce procès s’inscrit dans un ensemble de mesures visant à faire taire toute voie dissidente ou à la rendre invisible. Les GAFA ont anticipé la loi Avia (non encore votée à ce jour) et éliminent préventivement toute voix « non conforme aux valeurs de leur communauté ». Leurs valeurs sont l’argent et une sorte de progressisme libéral-libertaire qui cache son intolérance sous le masque souriant d’une émoticône de façade. Nous sommes dans une période d’entraînement des GAFA en France : lorsque la loi Avia entrera en application, le processus de censure à la fois a priori et a posteriori va s’accentuer. La liberté d’expression se réduit comme peau de chagrin. Que faire ? Il faut tout d’abord garder la tête froide ; si les censures s’accentuent, c’est que le système se fissure. Il faut à la fois continuer calmement son chemin, dénoncer les censures (les censeurs n’aiment pas être présentés comme tels) et anticiper un peu. Dans ce cadre, il est probable que toute parole dissidente non édulcorée va disparaître des réseaux sociaux. Il faut donc passer par des voies alternatives : la newsletter, les réseaux cryptés et sans doute le retour au papier. Les rédacteurs et les diffuseurs des samizdat ont fini par s’imposer. En avant, calme et droit !

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