Audio - Editoriaux - Entretiens - Internet - 9 juillet 2019

Emmanuelle Ménard : « Loi Avia : au nom de bons sentiments on va cadenasser un peu plus la liberté d’expression ! »

À l’Assemblée nationale, cet après-midi, vient d’être votée, à seulement 33 votes « contre », la loi Avia qui oblige les plateformes Internet à censurer les propos dits « haineux » dans un délai de 24 heures, sous peine d’une amende importante.

Un pouvoir exorbitant, selon Emmanuelle Ménard, qui réagit au micro de Boulevard Voltaire.

En présentant la proposition de loi contre la haine sur internet, Laëtitia Avia a dit ‘’c’est la fin de l’impunité’’.
En quoi consiste cette loi ?

La mesure principale de cette loi est de donner tout pouvoir aux plateformes internet pour contrôler les contenus qui sont diffusés sur leurs plateformes.
Un propos jugé haineux par une de ces plateformes pourra être supprimé par la plateforme en 24h. Cela ne pose pas de problème quand c’est véritablement un propos haineux.
Il est cependant compliqué d’interpréter un propos. Les juges qui ont l’habitude de le faire ne sont d’ailleurs pas toujours à l‘aise. Or une plateforme n’a pas à être juge. Il doit en plus le faire dans un délai extrêmement court de 24 h sous peine de sanctions financières très lourdes.
Si elle ne le fait pas, elle prend le risque de se prendre une sanction financière.
Il y a un vrai risque que les plateformes ne se posent plus de questions. Elles vont supprimer non seulement tous les propos manifestement haineux, mais elles vont retirer également tous les propos qui leur semblent problématiques. Si ces propos devaient être amenés à être jugés, ils pourraient très bien ne pas être jugés problématiques par un juge. C’est un vrai problème!
Tout d’abord, on privatise une partie de la justice et ensuite on donne un pouvoir exorbitant à des plateformes dont ce n’est pas le rôle pour sur-censurer la liberté d’expression sur internet.

Cette loi serait-elle vraiment un outil dangereux pour la liberté d’expression ?

Évidemment ! On va donner un pouvoir énorme à ces plateformes. La situation est totalement paradoxale. Selon le gouvernement, les plateformes comme Google, Facebook ou Twitter se croient tout permis. Elles se croient tellement tout permis qu’elles font tout pour ne pas payer d’impôts en France.
Et on s’en plaint à juste titre. Pourtant, parallèlement, on leur en donne encore plus, du pouvoir. On va leur donner la possibilité de décider de ce qu’on a le droit de dire ou non sur internet.
Si elles prennent le risque de laisser une trop grande liberté d’expression, elles pourront être sanctionnées financièrement. Je vous garantis que ces plateformes veulent bien la liberté d’expression, mais elles veulent surtout gagner de l’argent. S’il y a un doute, elles ne se poseront pas très longtemps la question. Entre laisser libre cours à certains propos ou payer une amende, le choix sera vite fait…

Y a-t-il un terrain d’entente entre la gauche et la droite contre cette proposition de loi ?

Elle a été votée massivement. La plupart des Républicains se sont abstenus. Il n’y a eu que 33 votes contre. Je n’ai pas encore eu le temps de regarder la répartition des votes, puisque la loi a été votée il y a seulement quelques minutes. Je ne sais donc pas qui a voté contre. C’est probablement la France Insoumise et les communistes. Personnellement, j’ai voté contre au nom de la liberté d’expression.
On ne peut évidemment pas être favorable aux propos haineux sur internet. Ce n’est pas cela le problème.
Au nom des bons sentiments et des bonnes intentions, on va cadenasser encore un peu plus la liberté d’expression et donner un pouvoir exorbitant à ces plateformes sur internet.

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