Après le très politiquement correct Snow Therapy, avec lequel il « déconstruisait » non sans complaisance la traditionnelle, et en particulier la figure patriarcale, le cinéaste Ruben Östlund s’attaque, dans The Square, à un pilier de la modernité – l’art conceptuel – et écorne plus généralement le mode de vie et l’imaginaire intellectuel de nos élites.

Le récit tourne autour de Christian, célèbre conservateur de musée, un brin tête à claque, mondain mais de bonne foi, toujours à l’affût de la dernière trouvaille « artistique » à exposer dans ses salles, avec tout ce que cela comprend de stratégie marketing et d’opérations de communication.

Tandis qu’il prépare sa prochaine exposition intitulée “The Square”, enjoignant les visiteurs à développer leur civisme, Christian se fait voler son téléphone portable dans la rue par un pickpocket. Dès lors, animé du matérialisme le plus pathétique et le plus vulgaire, le conservateur de musée usera de toutes les mesquineries possibles pour retrouver son bien, allant jusqu’à mobiliser un collègue de travail et à écrire des lettres de menaces aux habitants impécunieux du HLM incriminé…

Le film de Ruben Östlund, réflexif et déconcertant, aura au moins pour mérite de croquer la sociologie de nos cultureux mondialisés et de dépeindre avec dérision un petit monde étriqué, fermé sur lui-même, fier de ses minables coups d’éclat et de ses leçons de morale inappliquées. Un monde à la page, « connecté », dans le « mouv’ », que l’on serait tenté de renvoyer, en France, à ces vegans//libéraux qui, pour décompresser de leur misère morale, de leur instinct profondément dominateur et de leurs blessures narcissiques, font leur jogging à Saint-Germain-des-Prés, pratiquent le tai-chi et autres feng shui, se pensent citoyens du monde et se désolidarisent volontiers du « beauf » pour afficher ostensiblement leur ouverture à l’autre, l’immigré…

Si The Square réussit en grande partie sa peinture désabusée de la modernité, force est d’admettre cependant que le film pâtit de cette rhétorique de mise en scène, froide et absconse, qu’il reproche précisément aux artistes contemporains. Cette incohérence radicale entre le fond et la forme nous ferait regretter Musée haut, musée bas du très gauchisant Jean- Ribes qui, sur le même sujet, allait beaucoup plus loin dans l’humour absurde et dans l’écriture, et ambitionnait sans scrupule le film populaire.

Par ailleurs, en courant plusieurs lièvres à la fois, The Square s’impose une durée qui finit par assommer le spectateur dès le second tiers du récit.

À voir tout de même, ne serait-ce que pour égratigner la presse bien-pensante qui, de L’Obs à Télérama, en passant par et Libération, a détesté le film.

2,5 étoiles sur 5

12 novembre 2017

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