[Cinéma] Michael, une hagiographie consensuelle du « roi de la pop »
Le film d’Antoine Fuqua Michael fait un excellent démarrage au box-office français, avec 285.679 spectateurs pour sa première journée d’exploitation. C’est dire combien il était attendu des amateurs de musique pop, et en particulier des admirateurs de Michael Jackson.
Dans une démarche similaire à Bohemian Rhapsody, sur Freddie Mercury, à Walk the Line, sur Johnny Cash, ou à Un parfait inconnu, sur Bob Dylan, Michael entend bien faire l’hagiographie du « roi de la pop ». Cependant, contrairement à ses prédécesseurs, le film de Fuqua part avec de sérieux handicaps : en partie financé par l’avocat et manager du chanteur, John Branca, tourné sous la supervision permanente (le contrôle ?) de la famille Jackson et soumis à un contrat auquel avait souscrit de son vivant la pop star, stipulant l’interdiction de tout biopic qui évoquerait ses démêlés judiciaires et ses accusations de pédophilie, le film s’avère un peu trop lisse et consensuel pour pouvoir revendiquer une totale honnêteté et marquer durablement les esprits.
La relation conflictuelle d’un fils avec son père
Néanmoins intéressant, d’un point de vue biographique, le film d’Antoine Fuqua revient longuement sur le « phénomène Jackson Five », dans l’Indiana des années 60, et sur l’emprise tyrannique qu’exerce le père de famille, Joseph Jackson, sur cette célèbre fratrie de musiciens soul.
Très tôt, dans cette formation, le jeune Michael assure le chant, répondant aux attentes d’un père qui se fait obéir à coups de ceinture. Michael se démarque de ses frères au point de taper dans l’œil des producteurs de Motown Records. Lesquels décident, parallèlement aux Jackson Five, de produire ses premiers albums solo. C’est grâce à son talent personnel, nous dit le film, que sa famille s’embourgeoise, quitte la ville ouvrière de Gary, au sud-est de Chicago, pour s’installer dans la banlieue de Los Angeles, à Encino, dans une riche demeure (utilisée pour les besoins du film). Mais la consécration solo de Michael Jackson se fait véritablement chez Epic Records, en 1979, avec l’album Off the Wall, produit par Quincy Jones. La rupture avec les Jackson Five (renommés The Jacksons à partir de 1976) paraît alors inéluctable, au grand désespoir du père, Joseph Jackson. C’est bel et bien ce détachement progressif du fils à l’égard de sa famille qui innerve les tensions entre Michael et Joseph Jackson et occupe le cœur du récit. Un conflit qui prendra fin en 1984 lorsque le chanteur annoncera officiellement, en plein concert, son départ des Jackson pendant leur tournée consacrée à l’album Victory.
Un biopic gentillet
Plutôt frustrant dans sa façon d’esquiver les affaires judiciaires – puisque les premières accusations de pédophilie contre Michael Jackson (largement démontées par son avocat) datent seulement de 1993 –, le film d’Antoine Fuqua n’aborde pas, non plus, la dépigmentation chimique de sa peau, visant pour son dermatologue à réduire les effets indésirables d’un vitiligo qui se répand depuis les années 80 (et que l’on voit à l’image). Naturellement – et c’est une bonne chose –, les polémiques qui entourent la mort du chanteur, décédé en 2009 d’une surdose de propofol (un puissant anesthésique), ne sont pas non plus évoquées.
L’on retiendra surtout de ce biopic gentillet au budget digne d’un Marvel (200 millions de dollars !) et aux dialogues souvent pompeux une interprétation plutôt courageuse du personnage par Jaafar Jackson, son neveu, fils de Jermaine Jackson, qui a travaillé le rôle pendant deux ans. Le film ultime sur « le roi de la pop », malgré sa performance, reste à faire…
2,5 étoiles sur 5
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7 commentaires
C’est fou de voir qu’aux USA un pédophile s’en tire en payant et se refait une virginité au point de continuer à être encensé. Remarquez, les violeurs aussi, même si de retour en France leurs ambitions sont revues à la baisse.
Vous avez même un Trump qui s’en tire bien, c’est dire ! Mais rien n’étonne aux USA …
Vu et il est dommage de ne pas avoir plus de moments musicaux. Le seul et – hélas- signe la fin du film, c’ est la reproduction du concert à Londres. Pourtant la musique est excellente et fait vibrer la salle de cinéma. Autour de moi, beaucoup de jeunes et mêmes de très jeunes enfants, amenés par leurs parents ou ainés de toute sorte; forcément fans. Mais c’ est le générique de fin. Vraiment frustrant…
Quand arrêtera-ton avec ce « titre » de « roi de la pop »…c’est grotesque !!
Je n’ai jamais aimé ce zigoto. Des hommes à voix de femme ou d’enfant, il y en a déjà tellement…
Quand on porte un jugement sur un artiste, il faut toujours faire la distinction entre l’oeuvre, le talent,
indiscutable, et le bonhomme … qui n’est pas toujours exemplaire ni reluisant !
Ombres et lumières. Ce que je retiens, c’est avant tout le talent fulgurant de ce génie de la pop. Mais cet homme était aussi un être troublé. Troublé par un père répressif qui se servait de sa famille pour faire son beurre. Dans la succession après sa mort, justice a voulu être rendue à sa mère et à ses trois enfants. Il semblerait que les contestations relatives à son testament ne soient pas encore apaisées ni réglées. Histoire de gros sous sans doute. Quoi qu’il en soit, les images de ses concerts marqueront pour longtemps encore les esprits sensibles à ses prouesses artistiques. Je suis bien éloignée de cette musique mais je sais reconnaître quand quelqu’un est hors norme, ce qui procède d’une performance physique exceptionnelle. La chronique de Pierre Marcellesi est toujours intéressante à lire. Elle donne les éléments essentiels pour comprendre l’analyse qu’il nous offre. Merci !