[CINÉMA] Lettres d’amour de ma grand-mère, le dernier succès chinois
Son succès en Chine et en Asie du Sud-Est était pour le moins inattendu ; tourné avec seulement 14 millions de yuans (moins de 1,8 million d’euros), un casting d’acteurs non professionnels et une promotion dérisoire, Lettres d’amour de ma grand-mère était destiné à une sortie confidentielle. Pourtant, le film de Lan Hongchun en est déjà à 58 millions de spectateurs à travers le monde et 258 millions d’euros de recettes ; on parle même du troisième plus gros succès de l’année 2026 dans l’empire du Milieu ! Sorti en France le 2 septembre dernier dans un nombre de salles limité, le film attire principalement la diaspora chinoise mais a suffisamment d’atouts, en vérité, pour intéresser tout autant le public français.
De la quête d’argent à la quête de la vérité
Lettres d’amour de ma grand-mère débute à Shantou, dans la province du Guangdong. Ye Sogriu, une dame âgée, vit paisiblement entourée de sa famille nombreuse. Un jour, son petit-fils Hiou-ui, endetté jusqu’au cou, se met en tête de partir en Thaïlande où son grand-père, Den Bhagseng, aurait fait fortune, se serait remarié à une femme locale et aurait financé des écoles.
Arrivé à Bangkok, le jeune homme déchante rapidement ; il découvre au fil de son enquête que le « riche bienfaiteur » est mort en 1960 et n’a jamais fait fortune… En effet, on lui apprend que son aïeul, après avoir fui à Nanyang la conscription du Kuomintang, en 1948, à l’époque de la guerre civile, s’installa en Malaisie, puis en Thaïlande où il devint conducteur de pousse-pousse et vécut dans le quartier chinois de la capitale. Des années durant, Bhagseng fit parvenir de l’argent à son épouse Sogriu, restée en Chine, lui permettant de subvenir aux besoins de ses proches. Mais après sa mort, une femme sino-thaïe, Zia Lamgi, prit la relève, sans révéler la vérité à la famille du disparu, suscitant auprès d’elle nombre de malentendus et de questions sans réponse…
En hommage à la diaspora chinoise
Écrit et réalisé par Lan Hongchun, Lettres d’amour de ma grand-mère est un mélodrame plein de charme, construit en un long flash-back et tourné en teochew, dialecte de la région de Chaoshan, à l’est du Guangdong. Pensé comme une sorte d’hommage à cette diaspora chinoise qui dut fuir le pays au cours des événements du XXe siècle – bien que le communisme ne soit jamais incriminé… –, le film évoque longuement les qiaopi, ces lettres accompagnées de mandats financiers qui, durant plus d’un siècle, du XIXe jusqu’à la fin du XXe, permettaient aux Chinois de l’étranger de communiquer avec leurs familles restées au pays et de les entretenir – on pourrait presque parler de précurseur de Western Union, avec en sus des fonctions postales…
Riche en rebondissements, jusqu’à une fin émouvante où se rencontrent enfin les deux femmes âgées, Ye Sogriu et Zia Lamgi, le film de Lan Hongchun a pour intérêt majeur d’évoquer la communauté chinoise du Bangkok d’après guerre et ses rapports parfois difficiles avec les autorités siamoises. Souvent alambiqué, il est vrai, le récit alterne avec équilibre entre légèreté, humour désopilant et situations dramatiques, visant un peu trop, peut-être, à nous tirer les larmes. Ce côté mièvre ne saurait cependant diminuer la justesse d’un propos sur la fidélité par-delà l’expatriation, le sacrifice de soi, la solidarité familiale et… le mensonge pieux.
3 étoiles sur 5
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