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Editoriaux - International - 21 avril 2020

Chine et USA : en pleine nouvelle guerre froide ?

Hier, en ces colonnes, étaient relatées les inquiétudes de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, quant au « monde de demain », sachant que celui « d’aujourd’hui » se trouve bousculé par une épidémie planétaire propice à l’affrontement entre ces deux puissances mondiales que sont la Chine et les USA.

Dès lors, comment ne pas évoquer le fameux « piège de Thucydide », théorisé depuis la plus haute antiquité et récemment remis à l’honneur par les théoriciens néoconservateurs ayant, un temps, fait leur pelote au plus haut niveau de la Maison-Blanche ? De quoi s’agit-il ? Simplement de l’angoisse de la puissance dominante du jour face à son rival potentiel de demain. D’où ces guerres du Péloponnèse déclenchées par l’expansion d’Athènes. Et donc d’Américains craignant d’être supplantés par une deuxième puissance économique au monde n’attendant rien d’autre que de devenir la première.

Même si rien n’est joué d’avance dans ce duel, on notera que les instances européennes sont, comme depuis trop longtemps, aux abonnés absents. Ainsi, Amélie de Montchalin, notre secrétaire d’État aux Affaires européennes, s’indigne, à en croire Le Point du 30 mars dernier, que la Chine et la Russie puissent « instrumentaliser leur aide internationale et la mettre en scène ». Naïveté ou mensonge d’État ? Ou les deux à la fois ?

En effet, toute action humanitaire donnée pour altruiste a toujours été le fait d’États assez puissants pour placer leurs pions sur l’échiquier planétaire. Pour la France, l’initiative médiatique pour le moins maladroite d’un Bernard Kouchner portant ses sacs de riz en Somalie, en 1992. À plus grande échelle, l’organisation USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), mise en place à l’occasion du plan Marshall, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est tôt devenue cache-sexe humanitaire de la communication américaine en temps de crise. C’est ainsi : dans les ONG, il n’y a pas que des services secrets, mais toutes les officines de renseignement y sont, toutes nations d’importance confondues.

D’où cette guerre médiatique sur fond de pandémie opposant Pékin et Washington. Pour cette première capitale, la gestion américaine de la pandémie aurait été au-dessous de tout. Pour l’Amérique, le virus serait « chinois ».

Au-delà de ces polémiques, les Chinois, joueurs de go, placent leurs pions. Ainsi, les aides qu’ils prodiguent en Europe, que ce soit en Grèce, en Italie et, sûrement bientôt, au Portugal, ont ceci de commun de suivre cette fameuse route de la soie que Pékin est en train de peu à peu ressusciter dans une indifférence médiatique souvent générale. Au go, les Américains préfèrent le poker, fait de bluff et d’attaques frontales ; soit une tactique souvent impuissante face à la stratégie de l’encerclement.

Dans ce duel au sommet, Washington bénéficie d’un avantage structurel, celui d’un « soft power » voulant (Hollywood oblige) que tous les petits Terriens puissent avoir envie de ressembler aux Américains. Là, Pékin ne saurait rivaliser. Fière de ses valeurs ancestrales, la Chine ne ressent pas pour autant le besoin d’exporter le confucianisme, fût-il mâtiné de communisme, sur le reste du globe. En revanche, l’avantage structurel des Chinois tient en la nature de leur système : Donald Trump est préoccupé par sa réélection, ce qui est un peu moins le cas du quasiment président à vie Xi Jinping, que les sondages de popularité n’empêchent pas de dormir.

Et l’Europe, dans tout cela ? À la faveur de la deuxième guerre du Golfe, en 2003, le défunt Jacques Chirac avait eu la bonne idée de tenter de donner corps à un axe allant de à Moscou tout en passant par Berlin, seule manière d’imposer notre Vieux Monde en troisième force apte à tenir à équidistance, d’un point de vue géographique et politique, l’hégémonie sino-américaine. Malgré l’énergie déployée, il échoua. D’où la sentence prononcée par les stratèges de Washington : « Ignorer la Russie, pardonner à l’Allemagne et punir la France. »

La France « punie », de Sarkozy en Macron tout en passant par Hollande, ne s’en est toujours pas relevée. Pas plus que l’Europe, d’ailleurs, l’Allemagne « pardonnée » n’en finissant plus de se complaire en sa soumission vis-à-vis du puissant parrain américain. À défaut d’une nouvelle Europe, à quand la France de demain ?

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