Après celles, détonantes, de Darmanin pour endiguer la violence explosive des banlieues, quelles seront les mesures annoncées, samedi, lors de la journée nationale de lutte contre la pauvreté ? Le chef d’État, très prompt à communiquer, avait promis qu’il valoriserait tous ces petits métiers qu’il convient d’appeler « salariés en deuxième ligne », c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas « au front » pendant la « guerre » sanitaire, mais bien présents derrière nos valeureux soignants. Il s’agit des livreurs, éboueurs, aides à domicile, caissières qui n’ont pas démérité et ont continué à travailler quand la plupart d’entre nous étaient confinés en « troisième ligne ».

« Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal », déclarait le Président dans un hommage vibrant et sonnant (mais pas trébuchant) le 13 avril. Mais depuis, ces belles paroles se sont-elles concrétisées en actes ?

L’économiste Nicolas Bouzou explique à L’Opinion que « cette question relève de la morale plus que de l’économie. Le salaire correspond à ce que vous rapportez à votre entreprise. Les caissières ne sont pas bien payées car les supermarchés qui les emploient vendent des marchandises à prix bas. Quand on fait des enquêtes, les consommateurs se disent prêts à payer plus, mais cela ne se traduit pas dans leurs comportements. » Mais le comportement des consommateurs n’est pas le seul en cause. Les entreprises devraient changer leurs méthodes, selon Geoffroy Roux de Bézieux, pour sortir de cette économie du low-cost. « Il existe encore trop d’appels d’offres dans lesquels le seul critère important est le prix. C’est le cas dans le nettoyage, par exemple. Cela suppose que les employeurs acceptent de payer plus leurs sous-traitants pour permettre une redistribution aux salariés », note le patron du MEDEF.

Une hausse du SMIC étant nuisible à l’emploi déjà bien fragilisé par la crise sanitaire, il ne resterait que la formation qui offrirait la possibilité de décrocher des emplois mieux rémunérés ou sortir de la précarité. « Ce qu’on veut, nous, c’est booster tous les dispositifs d’insertion qui sortent les gens de cet état pour les conduire vers une formation, vers un emploi et, donc, leur donnent une rémunération supplémentaire grâce à cela », déclare Jean Castex. Des promesses à leur réalisation, il n’y a qu’un pas que l’État a du mal à franchir.

Voilà pourquoi 900 travailleurs marocains ont rejoint les exploitations françaises au titre de « l’introduction régulière de main-d’œuvre » pour récolter les clémentines corses. Les rémunérations étant trop faibles pour attirer une main-d’œuvre locale. « Il n’y aurait pas eu de récolte de clémentines sans main-d’œuvre étrangère », soulignait le préfet de Haute-Corse, François Ravier, sur France Info. La France vit déjà au-dessus de ses moyens, il semble plus facile d’émouvoir les gens avec de grands discours derrière son écran. Combien de temps les Français seront-ils ainsi dupes ? Qu’à cela ne tienne, en cas de velléité de résister, une interdiction de rassemblement et un potentiel reconfinement sauront nous garder bien couchés dans le panier.

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