Tandis que, ce lundi, les députés commencent à examiner le premier volet du projet de loi de finances pour 2021, Eudes Baufreton tire la sonnette d’alarme concernant le plan de relance. Au micro de Boulevard Voltaire, il dénonce une dette à son taux maximal, un niveau d’impôts à son paroxysme, aucune marge de manœuvre et une grosse somme d’argent dépensée finalement pour très peu de bénéficiaires. « On peut quand même se poser des questions puisqu’il s’agit d’argent public », précise le directeur de Contribuables associés.

 

100 milliards d’euros dans le plan de relance de l’État pour produire, seulement 160 000 emplois
C’est comme cela que Contribuables associés analyse le plan de relance voulu par le gouvernement.
Selon vous, 625 000 euros par emploi sont financés par les contribuables français.

Ces emplois coûtent très cher. Chez Contribuables associés, nous avons cherché à faire une division. 100 milliards d’euros divisés par 160 000 emplois créés, c’est la promesse de Jean Castex, on arrive à un résultat de 625 000 euros. Il y a deux manières de le calculer. Soit cet emploi annuel revient à 652 000 euros. Soit, il correspond à 32 années de SMIC. Dit autrement, ces emplois sont subventionnés. Il y a quand même une grosse somme d’argent pour très peu de bénéficiaires.
Ils ont fait une estimation à 160 000 bénéficiaires. On peut pour le moins se poser des questions puisqu’il s’agit quand même d’argent public.
Ce sont les contribuables qui vont payer ces 625 000 euros. Ce n’est pas Jean Castex qui va sortir l’argent de sa poche… Les contribuables français vont sortir 625 000 euros pour 160 000 bénéficiaires.

Dans ce plan de relance, de nombreuses personnalités politiques ont déclaré que cela permettrait de réindustrialiser la France. Mis en perspective, on a du mal à voir comment cela pourrait se faire dans la mesure où Suez s’est démantelé.

Le coût de la main-d’œuvre est aujourd’hui le problème de l’industrialisation et de la désindustrialisation de la France. À mon sens, il aurait été plus judicieux de réduire les charges sociales sur les entreprises et peut-être du secteur industriel pour permettre d’être compétitif par rapport à d’autres pays étrangers. C’est bien tout le problème ! Nous ne sommes pas compétitifs. Sur une heure de main d’œuvre, il y a des charges sociales et patronales. Cela coûte extrêmement cher.
Je prends un exemple. Un salarié qui gagne 1500 euros net par mois coûte à l’entreprise 3000 euros. Il faut multiplier par deux pour avoir le salaire brut chargé. Ces 50 % de charges patronales sur le salaire brut rendent un coup de main d’œuvre extrêmement élevé et donc moins compétitif que d’autres pays étrangers. Naturellement, le commerce s’oriente vers des pays plus attractifs. Cela remet en question le train de vie de l’État puisqu’il faut financer la République. Il y a de bonnes choses, mais il y en a d’autres qu’il faut discuter. Il faut financer les retraites. D’ailleurs, il y a certaines injustices. La retraite de la fonction publique est en moyenne plus élevée que celle du secteur privé contrairement aux idées reçues. Il faut financer les effectifs pléthoriques d’un État providence. Pour avoir cet État providence, il y a grand nombre de fonctionnaires. Nous avons quasiment 6 millions de fonctionnaires en France.
Lorsqu’on regarde, on se rend compte que la France vit très largement au-dessus de ses moyens. Le seul moyen de financer ce train de vie, ce sont les impôts, la dette et les charges sociales et patronales qui pèsent sur les salaires. Le problème de la France, c’est celui de son train de vie.

La dette va s’élever à 117,5 % du PIB cette année après un peu moins de 100 % l’an dernier.
On a pris au moins 18 % en un an. Elle va refluer à 116,2 % en 2021. Cette dette met-elle vraiment en danger l’équilibre même de ce pays ?

Bien sûr. Pour emprunter, la France lance des appels d’offre sur les marchés financiers. Ces derniers ne prêtent qu’à ceux qui peuvent rembourser par définition sinon, cela s’appellerait de la philanthropie. Or, cela n’existe pas. Ce sont les marchés financiers qui nous financent.
Pourquoi la France a du aller chercher l’aval de l’Europe ? Parce que les capitaux ont peur de prêter au pays qu’ils pensent peu responsables en matière de gestion de dépense publique et donc de dette pour se financer. On parle des pays du sud, l’Italie, la France, l’Espagne et le Portugal. Nous sommes dans le peloton de queue des pays solvables. On fait peur, au même titre que la Grèce.
C’est la raison pour laquelle Emmanuel Macron, lors de la crise de la Covid a du aller chercher la caution morale et presque financière des pays plus vertueux comme l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas qui eux, depuis de nombreuses années, ont fait le choix de la responsabilité en matière de dépense publique. Ils ne dépensent pas plus que ce que le pays n’est capable de financer par ses impôts. La France dépense beaucoup trop et la dette est à son taux maximal.
Le drame de la France, et c’est là que la situation est particulièrement inquiétante, c’est que le niveau d’impôt est lui aussi à son paroxysme. En France, on coche les deux cases et on est deux fois mauvais élève. À la fois sur le terrain du montant des impôts et à la fois sur le terrain de la dette. Par conséquent, la France n’a aucune marge de manœuvre.

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