Un commissariat fut attaqué à coups de mortier de feux d’artifice. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement envoie sa contre-offensive : le à tête chercheuse. Direction . La riposte est à la hauteur de l’agression : tête de cocker triste, mine ulcérée et déclaration de soutien aux policiers assaillis. La grosse artillerie a été déployée. Derrière lui, le préfet Lallement se tient en embuscade. Pour l’occasion, il a revêtu sa tenue de camouflage réglementaire : casquette à très larges bords et masque chirurgical couvrant la quasi-totalité du visage. Impossible de le reconnaître. L’ennemi sera attaqué par surprise.

Dans la cité, les dealers n’en mènent pas large. Le commando macronien paraît remonté. Il peut, à tout moment, annoncer une politique de répression sans précédent. Dès les premiers mots du missile Darmanin, le ton est donné : « Les petits caïds n’impressionnent personne. ». Excepté les policiers pris sous le feu des mortiers, qui durent se réfugier d’urgence dans le sas de sécurité du commissariat, et quelques millions de Français témoins de la scène de guerre via les vidéos diffusées, personne ne fut impressionné. Le ministre de l’Intérieur se rit de ces quelques rebelles qu’il saura mater prestement : « Je suis venu dire […] qu’ils ne gagneront pas. »

Outre la méthode Coué, le valeureux missionnaire de l’État détient l’arme fatale pour parvenir à cette victoire : l’interdiction, à la vente, de feux d’artifice sur Internet. Privée de ses projectiles lumineux, il va de soi que la racaille des quartiers cessera ses assauts sur les commissariats. CQFD. « Je souhaite que, dans le prochain texte de loi qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 novembre, nous puissions définir comme une arme par destination ces feux d’artifice, ces mortiers… »

Définition d’une arme par destination selon Wikipédia : « Un objet dont la fonction première n’est pas d’être une arme mais qui est utilisé comme telle dans certaines situations. »

Selon la logique du tacticien Darmanin, c’est donc à l’intégralité du rayon bricolage d’un grand magasin qu’il faut s’attendre à voir interdite la vente dans les prochains mois. Barres de fer (qui furent également utilisées à Champigny), boulons, tuyaux, marteaux, clés à molette, pioches, pelles, produits inflammables, serre-joints, étaux, tournevis, moellons, briques, allume-feu… La maison Castorama signale qu’elle met son catalogue à l’entière disposition du ministère de l’Intérieur en vue de l’établissement de la liste exacte des potentielles armes à destination.

Plus ou moins caché derrière Darmanin, le préfet Lallement inventorie mentalement des objets dont il va devoir se débarrasser. Le cric de sa voiture, ses poignées de porte, les tringles à rideau, le parapluie de son épouse, sa perceuse à percussion… Il ira enterrer le tout dans son jardin. La nuit. Ni vu, ni connu.

L’autre botte secrète dévoilée lors de cette conférence de presse improvisée n’est pas des moindres : « Le président de la République recevra les organisations syndicales jeudi matin à 8 h 30. » Les dignitaires masqués qui entourent le stratège tressaillent. Ne va-t-il pas trop loin ? Mais il poursuit, implacable : « D’abord pour les écouter […..] et voir comment, avec ces syndicats, nous pouvons trouver les moyens pour que, très rapidement, le président de la République puisse arbitrer un certain nombre de mesures qui protègent encore plus les policiers. »

Par cette déclaration finale, le ministre de l’Intérieur semble avouer implicitement qu’aucune mesure sérieuse ne sera envisagée à l’encontre des attaquants. Des bunkers en guise de commissariats. Des tonnes de béton, des truelles… La passion du bricolage. Encore.

12 octobre 2020

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