Le gouvernement Castex a été composé et calibré dans un seul et unique but : assurer la réelection de Macron en 2022. Dans le casting chargé d’entourer la candidature du Président à un nouveau mandat, trois personnalités sont emblématiques. Tout d’abord Castex, le « monsieur territoires » censé renouer les liens avec les régions et les élus locaux : son seul mérite se résume, trois mois après, à avoir introduit l’accent méridional à Matignon. Castex, prétendu homme de terrain et de dialogue, apparaît aujourd’hui aux yeux des Français comme un artifice médiatique, une supercherie grossière pour tromper l’électeur.

Ensuite, Dupond-Moretti, dont la grande gueule et l’aura médiatique pourront toujours servir, et tant pis pour les relations avec la magistrature, l’intransigeance de la Justice que les Français réclament d’urgence.

Et puis, il y a Darmanin, promu à l’Intérieur. Oui, l’inénarrable Darmanin, l’homme capable de jouer tous les rôles, de prendre toutes les postures au gré des circonstances pourvu qu’il arrive à enfumer l’auditoire. Tout le monde se souvient de Darmanin ministre du Budget, invité à débattre sur la réforme des retraites sur France 2, totalement à court d’arguments face aux Français et à Martinez de la CGT, mais tout à fait capable de détourner le propos sur sa pauvre mère, agent d’entretien de profession, mais qui a eu le mérite d’enfanter une personnalité de son calibre, et sur son pauvre grand-père, directement arrivé de Kabylie. Les Français inquiets sur leur avenir auront pu ainsi se consoler des misères qu’on leur inflige en versant une larme sur le récit déchirant de la vie de la famille Darmanin.

Mais depuis qu’il est ministre de l’Intérieur, Darmanin peut enfin donner la pleine mesure de son immense talent. Des policiers agressés, pris pour cibles, des commissariats assiégés ? Pas de panique, notre ministre arrive au quart de tour. « Les petits caïds n’impressionnent personne », a-t-il déclaré à Champigny. Personne, sauf ses policiers, qui n’ont pas osé mettre le nez dehors et répliquer aux attaques au mortier desdits caïds.

Et on les comprend, ces policiers, qui, s’ils avaient osé répliquer, se seraient vus conspués par les médias et probablement sanctionnés par leur hiérarchie. Des policiers tellement confiants dans leur super-ministre qu’ils ont dû se laisser désarmer par des truands, à Herblay, et se laisser tirer dessus sans réagir. Pour , la République ne doit pas céder au séparatisme et aux ennemis de la France. Sauf que, voilà, les incantations du ministre ressemblent de plus en plus aux slogans de l’époque soviétique, quand les pontes de la Nomenklatura scandaient des succès économiques que personne ne voyait jamais dans la réalité. La République cède, chaque jour un peu plus, étale ses faiblesses à la vue de ses ennemis, ne peut plus cacher son incapacité à assurer l’ordre sur tout le territoire.

Mais pour Darmanin, peu importe la réalité, il suffit d’affirmer n’importe quoi avec aplomb, sans ciller, avec ce petit sourire en coin dont lui seul a le secret, et voilà, le tour est joué : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, avec des mots, la France devient aussi sûre que Monaco, la paix règne dans les rues de nos villes et de nos villages.

De toute façon, même si c’est une fable, aucun média ne viendra le contrarier dans ses mensonges. Déplacements express, annonces fracassantes, slogans guerriers, vocabulaire viril, Darmanin dit tout, mais ne fait rien : jamais d’interpellation, à Dijon, Nice, Herblay, Champigny, comme partout où la violence se déchaîne. Sur la vidéo de l’attaque du commissariat du Bois-l’Abbé, les assaillants rigolent, se congratulent.

Visiblement, les déclarations martiales de Darmanin ne les effraient nullement : eux ont bien compris de quoi Darmanin est le nom, celui d’une baudruche convoquée à Beauvau pour rouler des mécaniques et enfumer l’électeur, mais sûrement pas pour rétablir l’ordre et la sécurité.

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