Editoriaux - Politique - 9 janvier 2019

Chantal Jouanno invente l’abandon de poste rémunéré !

C’est une première ; officiellement, du moins. Certes, on en a connu, déjà, des “présidents” de machins fumeux rémunérés grassement, avec bureau, chauffeur, voiture de fonction et frais de représentation à gogo.

C’est, généralement, le lot de consolation des copains quand l’électeur les boude : on crée un “comité Théodule” pour les installer dans un beau fauteuil en cuir pleine fleur et émoluments de même facture, le temps d’attendre le prochain mandat où l’inféodé sera parachuté à Troulala-les-Pipettes, au nez et à la barbe (ou au chignon) des régionaux de l’étape qui se défoncent depuis des années pour la gloire du parti.

Mais ça, c’était avant, n’est-ce-pas. C’était la politique d’hier, puante, démotivante, celle dont l’avènement du Petit Jésus-Macron allait enfin nous débarrasser. Sauf que…

Sauf que les vieilles méthodes nous et leur explosent à la figure. Ainsi la sortie en fanfare de Chantal Jouanno, figure assumée d’un cynisme politique qui ne prend même plus la peine de se dissimuler.

Voilà, en effet, une dame qui vient au JT de France 2, à l’heure de la soupe, expliquer à la France médusée que oui, son salaire de 15.000 euros bruts est beaucoup trop élevé ; qu’en cette période de révolution larvée sur fond de pouvoir d’achat, sa rémunération est une véritable provocation ; qu’elle ne croit qu’à moitié à ce débat qu’elle est censée organiser ; et que, donc, en conséquence, elle démissionne de sa fonction.

« J’ai décidé de me retirer du pilotage de ce débat », dit-elle, laissant entendre que sa rémunération empêchait les “conditions de sérénité nécessaires” à son déroulement. Belle lucidité ! Bravo, se dit le gogo en levant sa cuillère, voilà au moins une femme qui en a…

Chantal Jouanno ne présidera donc pas le grand débat fourre-tout offert par le Président à la France souffrante. À charge, pour ceux qui l’ont placée là, de lui trouver un(e) remplaçant(e) et de se débrouiller avec les critiques non dissimulées de la dame sur un exécutif dont elle se sert plus qu’elle ne le sert.

En effet, si elle renonce à conduire un débat dont l’issue est si incertaine qu’il pourrait bien se retourner contre ses parrains, madame Jouanno n’en renonce pas, pour autant, à sa présidence de la Commission nationale du débat public (CNDP), “machin” entre les machins qui lui vaut sa rémunération extravagante. Présidente elle est, présidente elle reste.

Toutefois, dernier “choku zuki” de l’ex-championne de karaté : “Je remets dans les mains du président de la République, et du gouvernement en général, le niveau de rémunération de la présidente de la CNDP qu’il leur appartiendra d’arbitrer, comme les autres rémunérations des autorités indépendantes et des hauts fonctionnaires…”

La bonne blague ! Comme si l’on allait déclasser tous ces petits barons “ENArchistes” de la République !

Comme le rappelait ici mon ami Nicolas Gauthier, Jouanno est une vraie pro en politique (https://www.bvoltaire.fr/grand-debat-national-chantal-jouanno-au-coeur-de-la-tourmente/). Son long entraînement et ses succès de sportive de haut niveau lui ont donné le goût de la compétition acharnée, la nécessaire mentalité de tueuse, l’art des coups tordus, le savoir frapper et le savoir tomber pour se relever. C’est pourquoi Macron vient de se prendre un « nidan geri » en pleine face. Comme défini, “ce coup réclame une grande maîtrise, puisqu’il s’agit d’un double coup de pied sauté de face” : je me retire mais je ne quitte pas la place. “Bien exécutée, cette technique peut être particulièrement violente”, nous dit-on.

Pas faux.

Chantal Jouanno avait le choix entre rester et réclamer/accepter une baisse de salaire à un niveau raisonnable, plus “peuple”, ou se tirer en gardant le pognon. Tout en se disant ouverte à une éventuelle réduction de sa rémunération pour l’avenir, elle a, pour l’heure, vite choisi. Quel sens du devoir !

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