Eh oui, la comédie de l’été avait bien failli nous échapper…

Réalisée par Gabriel Julien-Laferrière, déjà instigateur du bien nommé Neuilly sa mère ! en 2009, C’est quoi cette famille ?! en a à peu près le même fumet… Son titre, évoquant le « parler jeune » et l’imaginaire foisonnant qui l’accompagne, annonçait d’emblée un film d’une rare sagacité. Un film qui, sous couvert de ne pas « s’prendre au sérieux », allait tout de même permettre à Gabriel Julien-Laferrière de « dire des choses importantes »…

Dès lors – c’était écrit –, le réalisateur né en 68 allait jouer la carte de la connivence et se faire le partisan de la cause des jeunes.

Et comment ne pas l’être, après tout, quand sept demi-frères et sœurs se voient quotidiennement ballotter au gré des gardes alternées par huit parents immatures et irresponsables ?

Bastien, le plus futé des gamins, a décidé de frapper du poing sur la table : désormais, les jeunes vivront ensemble dans un appartement de 280 m² (voyez un peu le milieu social), et ce sont les adultes qui viendront les voir à tour de rôle !

Point d’illusion, cependant. Si le film fait mine d’attaquer les conséquences désastreuses du « jouir sans entraves » des parents, c’est pour mieux céder à une autre antienne de la « pensée 68 » : celle de l’enfant victime – véritable figure totémique – qui conduira, comme on le sait, à l’avènement de l’enfant roi.

Aussi, à tous ceux qui se méprendraient encore sur ses intentions et seraient tentés de le traiter de réactionnaire, Julien-Laferrière se sent obligé de donner des gages. Ceci, via une adulte extérieure à cette famille « Benetton et haussmannienne » (« La France d’aujourd’hui », qu’on vous dit !) qui – médusée par la situation – se met grossièrement, comme une écolière, à singer Éric Zemmour en évoquant « les trois D » exposés dans Le Suicide français : dérision, déconstruction, destruction.

Bel acte de courage, s’il en est, de la part du réalisateur, qui en dit long sur le degré de compromission nécessaire, aujourd’hui, pour sauver sa réputation au sein des médias : « Regardez, je tape sur Zemmour, je suis des vôtres ! » Qu’importe, au fond, si ce dernier le surpasse de loin en finesse d’esprit et en capacité d’analyse…

D’autre part, Julien-Laferrière reconnaît volontiers le délitement de la figure parentale – les adultes étant tous aussi lamentables les uns que les autres – mais choisit, malgré tout, de se satisfaire du constat d’échec puisque, fatigués de leur rôle et incapables de se reprendre en main, ces derniers accepteront joyeusement, à la fin du récit, de maintenir le statu quo : les enfants gardent l’appartement !

Par conséquent, les petits peuvent à leur tour « jouir sans entraves » et imiter les parents désormais libres de papillonner en toute tranquillité et de céder à leurs désirs égoïstes.

Le réalisateur accouche alors d’un film particulièrement malsain et nauséabond (sans, peut-être, l’intellectualiser) au discours périmé depuis déjà quarante ans, qui n’égale en rien la férocité lucide de Génial, mes parents divorcent !

Ici, l’humour américanisé de sitcom parigot-branchouille aligne les clichés, tombe à plat du début à la fin, et les pétulants personnages ne cessent de nous tirer de l’énergie. Cela, évidemment, jusqu’au dénouement fraternel et sucré sur fond musical défraîchi et obligatoire de Michel Polnareff.

0,5 étoile sur 5

4 septembre 2016

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