Dans le monde du théâtre, il y a ceux qui s’emploient à ne pas réunir un trop large public, et qui s’en honorent. Pour eux, le théâtre est un lieu de « questionnement ». Ils « explorent » des « propositions avant-gardistes », destinées à « interroger » sur notre « vivre ensemble » et à « bousculer les certitudes », tout en montrant, dans des mises en scène coûteuses quoique minimalistes, des « artistes » qui « revisitent » une « exploration éphémère » de la « pratique transgressive » du « médium ». Un théâtre de théâtreux pour les théâtreux. Qui se passe volontiers du public. Trop vulgaire, trop populaire, trop capitaliste, sans doute. Un théâtre du rond-point autour de son nombril et qui ignore tout de la France des ronds-points. Un théâtre qui peut se permettre des élucubrations intellectuelles pour une raison simple, une raison qu’il oublie un peu vite quand il joue au résistant de la dernière heure : il est subventionné. Il n’a pas, ou peu, besoin d’autres recettes. Il est un service public qui peut donc mépriser le public.

Mais ce théâtre-là, loin s’en faut, n’est pas tout le théâtre. Car à côté de celui-là, il existe, à et en province, un théâtre privé, dont les salles de spectacle sont tenues et gérées par des entrepreneurs culturels inventifs, dont la programmation se renouvelle sans cesse et ouvre une large palette de pièces qui ne se résument pas, n’en déplaise aux festivaliers du « In » d’Avignon, à la simple gaudriole de la comédie de Boulevard. Ce théâtre-là aime le public et il l’aime nombreux. Parce que c’est sa vocation. Et parce que c’est la condition de sa survie. Sans spectateurs, pas de recettes, et sans recettes, plus de spectacles, donc plus de créations, plus de salles, plus d’artistes. Ce théâtre privé est pourtant d’utilité publique. Et il est en danger.

À Paris, les grèves sont en train d’avoir raison de lui : annulations, reports, remboursements s’accommodent mal de l’économie fragile du spectacle vivant. Parce que pendant que le public ne peut venir, les artistes, les costumiers, les accessoiristes et les ouvreuses sont là… Selon les salles, l’activité et les recettes ont chuté de 30 à 50 %, en décembre… Un manque à gagner que seulement certaines grosses affiches parviennent à limiter… en proposant des prix cassés et des carrés Or, à des prix de Paradis !

C’est donc le moment de foncer au théâtre, et pour mille raisons. Parce que la scène parisienne s’offre à vous à des tarifs hyper accessibles ; parce que c’est un acte de soutien à un monde qui en a aujourd’hui bien besoin, et qui offre quelques grammes de finesse ou de profondeur, de rires ou de larmes, d’émotion ou de panache à notre monde de brutes ; parce que nous sommes saturés d’écrans, de séries, de télés et qu’il est grand temps de sortir le soir ; parce qu’enfin, la France morcelée, fatiguée, divisée qui s’étale à longueur d’ondes, de unes ou de boulevards a sans doute un besoin urgent et vital de se retrouver. Se retrouver ensemble et se retrouver elle-même.

Et quoi de mieux qu’un rideau qui se lève, qu’une troupe qui se donne, qu’une salle debout pour se souvenir que nous sommes français ? Cyrano, reviens vite, ils sont devenus fous !

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