Tout comme il faut lire entre les lignes, il est bon d’écouter les silences, ces points de suspension parfois plus parlants que les mots. Ainsi l’aveu de Florence Foresti, invitée, le 15 septembre dernier, de l’émission « En aparté », sur Canal+.

Elle vient là à l’occasion de son nouveau spectacle, « Boys boys boys », qu’elle donne au Marigny, à Paris, avant d’entamer une tournée en province. L’invitée est seule dans le studio, un appartement confortable où l’attendent des objets comme autant de clins d’œil à sa vie, sa carrière. La voix off l’invite à contempler une vue de Paris, de nuit. On reconnaît les toits de l’hôtel de ville, le dôme de l’église Saint-Gervais.

« C’est votre quartier, le Marais », dit la voix.

« Ça ? Ce n’est pas le Marais ! », réagit Foresti.

L’autre poursuit : « Vous, c’est le Marais ou rien, dans Paris ? »

« En fait, c’est pas tout à fait ça, répond-elle. J’ai un agacement de quartier… En fait, moi, je suis lyonnaise, et quand je suis arrivée à Paris, c’était pour jouer au Point-Virgule, qui est dans le Marais, donc je me suis installée au plus près. Je me suis installée rue de Turenne. Mon premier appartement était un petit studio. J’ai rarement quitté le Marais, après. À chaque fois que j’ai essayé de quitter le Marais pour l’île Saint-Louis, pour la banlieue… j’y suis revenue. C’est un quartier génial. Jusqu’à maintenant, j’y ai été très heureuse. Maintenant, ça commence à être difficile à vivre… » Et comme elle craint qu’on ne l’accuse peut-être d’homophobie, qui sait, après un court silence, elle ajoute « Paris ».

La voix off la coupe, de crainte sans doute, elle aussi, que les propos deviennent malséants. « Alors on fait une petite pause, très lascive », dit la voix.

Le Marais est un petit monde à lui tout seul. Bien délimité, enclos dans son enceinte arc-en-ciel. Les passages piétons bariolés par la mairie de Paris et les drapeaux du même métal vous informent que vous entrez dans la zone. On ne demande pas encore de laissez-passer à l’entrée mais on sent bien que ça pourrait venir. D’ailleurs, c’est implicite : le label gay-friendly est un must. On est dans un quartier où l’on se définit par son orientation sexuelle. Et quand vient le soir, mieux vaut ne pas habiter là si l'on veut dormir : c’est la fête dans les bars. Le monde gay est festif, alors pas festif s’abstenir également. Florence Foresti a sûrement du mal à dormir.

Dur constat : être bobo-gaucho ne suffit plus pour supporter Paris et ses nombreux quartiers, pour ne pas dire ghettos. Quartier gay dans le Marais, chinois à Belleville, viet et thaï à la porte d’Italie, indien autour de la gare de l’Est, africain autour de la gare du Nord, à quoi il faut ajouter ces véritables ghettos que sont les camps de migrants et la colline du crack.

La cruelle réalité s’impose, même pour les privilégié.e.s qui, depuis toujours, ont donné des gages de bonne pensée et de bonne conduite. Madame Foresti commence à déraper. Elle trouve le Paris d’Anne Hidalgo « difficile à vivre »… mais c’est notre société qui est « difficile à vivre ».

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21 septembre 2022

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30 commentaires

  1. J’ai habité ce quartier de 1954 à 1962, quartier populaire avec des artisans, des épiceries modestes , petit troquet rue de Turenne, marchand de couleurs, électricien etc… qui ont commencé à disparaître avec l’arrivée de boutiques de confection qui les ont tous remplacés et rendu le quartier endormi les samedis, puis en 1962 nombreux appartements achetés par les pieds noirs dont le nôtre ( et nous voilà éjectés de Paris ) après ça, des maghrébins puis les LGBT.
    Tout ça pour vous dire que c’était mieux avant cette succession de « remplaçants ».

  2. C’est pas le Marais qui commence a etre difficile a vivre c est la France entiére ..et pas a cause des gays ou des lesbiennes….(hop la pub sinon on va pronocer les mots xenophobie etc..)

  3. Alors Madame Delarue, on se met à l’écriture inclusive ? Vos écrits risquent de devenir difficile à lire.

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