Culture - Editoriaux - Politique - 21 mai 2019

Ces politiques qui défont la France dans le dos des Français ?

Recevant, samedi dernier, dans son émission « Répliques », le directeur de Libération, Laurent Joffrin, et le sociologue, essayiste et chroniqueur, Mathieu Bock-Côté, qui vient de publier L’Empire du politiquement correct, Alain Finkielkraut déclara : « Une des formes graphiques du politiquement correct, c’est l’écriture inclusive. » Il faisait référence au texte de soutien aux gilets jaunes publié, le 5 mai dernier, par Libération et signé par Juliette Binoche, Emmanuelle Béard, et « 1.400 autres artistes et créat.eur.rices. » Il venait également de recevoir cette déclaration d’enseignants : « Nous professeur.e.s de philosophie réuni.e.s en journée de formation nous tenons à marquer notre opposition à la réforme Blanquer et à l’unanimité des présent.e.s… » Et Finkielkraut de commenter : « Les professeurs de philosophie […] doivent faire découvrir les grands textes et ils écrivent en morse. Tout cela est douloureux et on ne peut qu’en rire. ». Douloureux, certes ! Consternant ! Mais inquiétant, quand ce sont nos parlementaires qui s’adonnent à ce genre de démagogie.

Rappelons, tout d’abord, le début de l’article 2 de notre Constitution : « La langue de la République est le français. »

Rappelons, ensuite, la déclaration de l’Académie française du 26 octobre 2017 : « Prenant acte de la diffusion d’une “écriture inclusive” qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité… »

Rappelons, également, que, le 28 février dernier, le Conseil d’État a rejeté des recours demandant l’annulation d’une circulaire du Premier ministre « prescrivant de se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques en s’abstenant de faire usage de l’écriture dite inclusive… »

Rappelons, enfin, que le président du Sénat, Gérard Larcher, le 17 janvier 2018, fit la déclaration suivante devant ses collègues : « Le Sénat sera attentif à la défense des valeurs républicaines, mais aussi de la culture et de la langue française qui doivent être un moyen de renforcer l’appartenance à la communauté nationale… »

Après ces déclarations, passons derrière le lourd rideau de la lâcheté, de l’hypocrisie et de l’inconséquente désinvolture de nos parlementaires à l’égard de la République.

Le Sénat attentif à la défense de la langue française ? C’est une plaisanterie ! Gérard Larcher (LR) a-t-il protesté quand la sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, anciennement ministre de la République, a déposé avec une trentaine de ses collègues (PS) une proposition de loi « pour une meilleure protection des mineur.e.s victimes de viol et des autres agressions sexuelles », proposition de loi enregistrée à la présidence du Sénat le 26 octobre 2017 ? En tant que président du Sénat, n’avait-il rien à dire sur cette rédaction en écriture inclusive ? Et la présidente de la commission culture, éducation et communication de ce même Sénat, Catherine Morin-Desailly (UDI-UC), s’en est-elle au moins étonnée ? Comment, d’ailleurs, aurait-elle pu dire quoi que ce soit ? Présidente, également, de la commission culture, tourisme et attractivité du territoire de la région Normandie, elle écrira dans son introduction à la Journée des droits culturels qui s’est tenue le 25 mai 2018 dans sa région : « Il s’agit de sensibiliser les jeunes Normand.e.s aux arts et à la culture… »

Il est vrai que, le 15 novembre 2017, le jour même où le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’opposait à cette écriture aberrante devant la représentation nationale, Christophe Castaner, à l’époque secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et candidat à la présidence de LREM, n’hésitait pas à rédiger dans ce style aussi illisible qu’imprononçable la profession de foi qu’il destinait à l’ensemble des membres de La République en marche : « Cher.e.s ami.e.s, engagé.e.s auprès d’Emmanuel Macron, nous sommes des adhérent.e.s, des parlementaires, des référent.e.s, des élu.e.s de collectivités locales… »

On comprend mieux que le Premier ministre, Édouard Philippe, assis entre les chaises de ses deux collègues, ne se soit opposé à l’écriture inclusive que pour les seuls textes à paraître au Journal officiel. Comme d’imperceptibles infiltrations déstabilisent peu à peu le sous-sol d’un édifice, ces lâches abandons du politiquement correct déstabilisent depuis des années notre République dans le dos des Français.

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