Editoriaux - Education - 26 octobre 2018

Ce détail oublié des tweets #PasDeVagues : le CDE

Certes, on pourra trouver des excuses à ces chefs d'établissement : ils ne sont que le bras armé de toute une administration et une idéologie pasdevaguiste.

La vague des tweets #PasDeVagues incite tout professeur en vacances, au cas où il s’ennuierait, à exercer ses compétences d’analyse et de synthèse sur la matière qui lui est ainsi fournie. Il peut, ensuite, la rapprocher de sa propre expérience car quel enseignant peut honnêtement dire qu’il n’a pas été confronté, de près ou de loin, dans son établissement ou par son entourage, à ce « pas de vagues » ? Et, enfin, comparer le tout à ce qui est dit et commenté du phénomène dans les médias : confronter le texte de base et ses commentaires, histoire de ne pas partir dans des interprétations trop éloignées, comme le font certains élèves au bac.

Et il se trouve que l’exercice montre une certaine déperdition entre l’expression brute du vécu des enseignants et les analyses des spécialistes et des journalistes. En particulier, il y a un stade capital du « pas de vagues » qui semble comme oublié dans le flot des commentaires : le CDE de tous ces tweets. Le CDE, pour information, c’est le chef d’établissement : principal de collège ou proviseur de lycée ; le chef, quoi. Le premier maillon du « pas de vagues », bien avant inspecteur, recteur ou ministre.

Et la lecture de ces tweets n’est vraiment pas à l’honneur de la profession. Une analyse rapide permet de classer les réactions de ces chefs d’établissement du #PasDeVagues, face à l’agression d’un enseignant, en deux catégories. Il y a d’abord la culpabilisation de l’enseignant, qui va du : « Mais vous avez mal entendu » (le “sale pute !” que toute la classe de 6e a pourtant bien capté !), « Faites-vous de la pédagogie différenciée ? », « Il faudrait songer à changer d’établissement », « Faites-vous aider », « Je ne peux rien faire car vous n’auriez pas dû… », « Vous êtes dans le répressif et pas dans l’éducatif », etc.

Il y a, ensuite, tout le cortège de la minimisation de l’acte conduisant à l’excuse, avec une savante déclinaison d’arguments sociologiques et psychologiques. Longtemps ces chefs nous ont fait pleurer sur ces pauvres Cosette et ces petits Gavroche. Puis, on a eu l’explication par la barrière de la langue et les codes culturels. (On en est encore là, au ministère, où on songe à des formations ad hoc pour les enseignants des collèges difficiles !) Enfin, ces derniers temps, j’ai pu constater que le jargon psychologique avait pris du galon : « Vous n’imaginez pas la faible estime d’eux-mêmes qu’ils ont. » L’estime de soi fermait toute discussion et les petits caïds pouvaient continuer à faire la loi, avec leur “faible estime de soi” !

Évidemment, bien des chefs concernés sont des professionnels de ce « en même temps » du #PasDeVagues et manient avec aisance culpabilisation du prof et excuse de l’élève.

Certes, on pourra trouver des excuses à ces chefs d’établissement – à moins que ce ne soient des circonstances aggravantes : ils ne sont que le bras armé de toute une administration et une idéologie “pasdevaguiste” et ils sont soumis à des exigences de leur propre hiérarchie. Si on ajoute à cela un tempérament carriériste à la fois au sein de l’institution et, comme c’est souvent le cas, au niveau de la politique locale, on comprend qu’entre le prof agressé et le respect de l’idéologie et de la vie du quartier, ils aient fait leur choix.

Ensuite, quand on voit la gêne de certains enseignants devant ce #PasDeVagues, voire la condamnation du mouvement au nom de l’idéologie et de la non-stigmatisation, on comprend que bien des chefs se sentent poussés dans cette direction par des enseignants finalement fatalistes ou complaisants et on se rappelle que les chefs d’établissement sont tous recrutés parmi d’anciens enseignants. Visiblement, pour trouver des CDE adeptes du “pas de vagues”, le ministère ne connaîtra pas de crise de recrutement…

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