Castaner et Nuñez triomphent, mais pour combien de temps ?

Retour des contrôles préventifs d’identité. Remise en service du LBD doté de sa munition d’origine. Interdictions – plus ou moins respectées, il est vrai – de manifester dans certains endroits sensibles de la capitale ou de différentes métropoles régionales : le gouvernement, après les graves débordements observés lors de l’acte XVIII des gilets jaunes, avait tout mis en œuvre pour qu’à l’occasion de l’acte XIX, ceux-ci ne se renouvellent pas. Et cela a globalement bien fonctionné.

Il faut dire que, selon Castaner lui-même, pas moins de 65.000 policiers et gendarmes ont été engagés sur l’ensemble du territoire national lors des manifestations de ce samedi 23 mars. Soit plus d’un membre des forces de l’ordre pour un manifestant, dont le nombre, pour l’ensemble du pays, a été évalué, d’après le ministère de l’Intérieur, à 40.500. Dans ces conditions, il est vrai que les Français auraient sans doute mal compris qu’il y ait de nouvelles violences et de nouvelles destructions.

Face aux caméras, Castaner et son acolyte Nuñez se sont donc réjouis de ce que l’ordre républicain ait été maintenu. Ils ont également, lors de leur déclaration, achevé d’expliquer que si le maintien de l’ordre avait été aussi mal géré au cours de ces dernières semaines, ils n’en portaient pas la responsabilité. Et que celle-ci était à rechercher auprès de ceux qui n’avaient pas appliqué les instructions. Ce n’est pas le préfet Delpuech qui viendra les contredire ! Puis de conclure que la nouvelle approche du maintien de l’ordre mise en place, avec renforcement des capacités opérationnelles des DAR (détachements d’action rapide) et des BAC, était le souverain remède à la situation provoquée par les gilets jaunes et les casseurs.

Mais les casseurs, justement, ont apparemment été bien peu présents lors des manifestations de ce samedi. Certes, quelques destructions ont bien eu lieu ici ou là dans différentes villes de France, mais rien à voir avec ce qui avait été observé jusque-là. S’il faut se réjouir de cette situation, il n’est cependant pas interdit de s’interroger sur ce revirement subit des casseurs qui n’ont pas pour habitude de « lâcher le morceau » comme ça. Il y a donc fort à parier que, face aux changements tactiques annoncés par l’exécutif, Black Blocs et ultra-gauche auront mis cette fin de semaine à profit pour observer les dispositifs mis en place et préparer la riposte.

Le triomphalisme du duo de la place Beauvau doit donc être relativisé, car si une « bataille » a bien été gagnée, la victoire est loin d’être assurée. D’abord, parce que le mouvement demeure. En effet, sur le fond, rien n’est résolu. Les revendications des gilets jaunes restent, pour l’essentiel, lettre morte et le grand débat, cette vaste illusion démocratique, n’apportera aucune solution concrète aux difficultés quotidiennes des Français les plus démunis. Ensuite, parce que la stratégie qui consiste à vouloir maintenir l’ordre républicain par la force à longueur de semaines trouvera nécessairement ses limites. Les dizaines de milliers de policiers et gendarmes engagés sont aujourd’hui épuisés et les missions de sécurité publique, actuellement largement délaissées, livrent le pays à une délinquance qui explose et fragilise un peu plus encore notre société. Enfin, et peut-être surtout, parce qu’au fil des jours, la France n’en finit pas de se diviser, rendant de plus en plus hypothétique toute possibilité de réconciliation.

Il n’y a donc aucune raison de pavoiser. Et encore moins de penser que le peuple est rentré dans le rang. La France est devenu un immense volcan dont chaque samedi, depuis le 17 novembre 2018, est une éruption plus ou moins forte, annonciatrice de l’éruption majeure qui ne peut désormais qu’advenir. Ce n’est qu’une question de temps.

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