Editoriaux - Justice - Médias - Presse - Société - 9 mars 2017

Calas, Outreau, Baudis : voilà que ça les reprend !

L’homme est condamné, sans autre forme de procès, comme par contumace, par défaut et à jamais, sans appel possible, habillé pour l’hiver comme on dit, en l’occurrence pour le restant de sa vie, sa vie et celle de ses enfants aussi, de ses proches, de ses amis, puisque « les faits » sont prescrits. Et si les « faits » sont prescrits, c’est bien que « faits » il y a eu. On ne peut prescrire que ce qui existe.

Curieuse formulation, irresponsable formulation, criminelle formulation qui entérine, “de fait”, insidieusement mais sûrement, tacitement mais implacablement dans l’esprit des gens, les allégations de l’accusation.

On dit “présumé innocent” pour endormir la méfiance du présumé coupable et justifier un acharnement injustifiable parce que prématuré, mais on dit « les faits ». L’effet est assuré. À quoi bon quelque précaution en ce cas, à quoi bon, par exemple, parler de “faits allégués”, puisqu’il y a prescription ?

Le présumé salaud n’a pas lieu de se plaindre, après tout — il ne manquerait plus que ça ! —, puisque sa saloperie échappe pour cette fois au juste courroux de la société.

Ainsi, le glaive de la presse est tombé, une nouvelle fois, en toute impunité, et la tête a roulé. On ne recolle pas une tête, mais qu’importe !

Quand on sait ce que pèse un témoignage humain, jusqu’au plus sincère, au mieux intentionné, quand on sait ce que la mémoire humaine est capable de faire d’un souvenir, surtout si on l’aide un peu, la titille, sollicite sa bonne volonté, quand on sait qu’elle est capable d’en inventer un, de toutes pièces en cas de besoin, d’en tailler un sur mesure, un authentique, un tout beau, tout neuf, copie d’ancien, plus précis, plus circonstancié encore, plus fidèle qu’un original ! C’est, d’ailleurs, parfois à cela qu’un esprit avisé le reconnaît.

Calas, Outreau, Baudis, ça recommence ! Ils n’ont rien compris et, je le crains, ne comprendront jamais rien ! Bah ! qu’est-ce que c’est qu’une vie, après tout, semblent répondre à l’unisson nos journalistes, à côté de la perspective d’une belle annonce, d’une belle manchette, d’une belle entame de journal télévisé ? Que pèse l’honneur d’un homme à côté d’un bon papier ?

Je ne fais pas, n’ai jamais fait “confiance à la justice de mon pays”. Je fais le crédit à l’institution judiciaire de faire ce qu’elle peut, avec ce qu’elle a. C’est tout. C’est beaucoup. Trop, déjà. C’est dire ce que je pense de la justice du “peuple” et des médias.

Quoi, « l’affaire Baupin » ? Où ça, « l’affaire Baupin » ? Où avez-vous vu, lecteur, que je parlais de « l’affaire Baupin » ? Comment voudriez-vous que je parle de « l’affaire Baupin » puisque je ne la connais en rien ? Eh oui ! figurez-vous qu’une nouvelle fois, il semble bien que je sois le seul – du moins, l’un des rares parmi mes contemporains -, à n’avoir pas assisté aux « faits », à ces « faits » qui sont prescrits, le seul de mes contemporains à n’avoir pas été témoin, ni seulement eu le dossier complet entre les mains !

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