Editoriaux - Histoire - Politique - Table - 29 avril 2018

Le beau roman d’Emmanuel Macron

Alors que François Hollande connaît un certain succès littéraire de galerie marchande avec la sortie de son livre Les Leçons du pouvoir, Emmanuel Macron vient de donner un entretien à La Nouvelle Revue française (NRF) pour son 630e numéro qui paraîtra en mai. Un entretien dans lequel il se confie sur son rapport avec la littérature, où il évoque son initiation par sa grand-mère : Giono, Giraudoux – que plus personne ne lit, précise le Président, mais lui n’est pas n’importe qui -, Céline, Proust… Très bien que tout cela, nous avons un Président qui aime la littérature. Mitterrand aussi aimait la littérature. Mais entre nous, les goûts littéraires d’un Président, on s’en moque un peu. Eh bien, non, cela flatte un peu les Français, qui n’ont jamais vraiment aimé être gouvernés par des comptables. Est-ce, du reste, pour cela que nous avons deux mille milliards de dettes ?

Ce qui est intéressant, dans cet entretien à la NRF, c’est que Macron a une capacité quasi proustienne à se reconstituer un univers personnel. Au bout du chemin creux, dans les environs d’Illiers-Combray, l’immensité des champs de blé de la Beauce devient la mer ! C’est cela, Emmanuel Macron. Car que dit-il dans cette charmante causerie littéraire ? “En réalité, je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque : cela ne se résume pas en formules, mais c’est bien le cœur de l’aventure politique. En somme, on est toujours l’instrument de quelque chose qui vous dépasse.” On notera le “en réalité” qui pose les choses comme une évidence, une certitude. Billevesées que les interprétations faites par une armée de spécialistes sondagiers. Emmanuel Macron le sait, le sent, le comprend, le vit : les Français ont élu un héros de roman. Son accession au pouvoir suprême est, d’une certaine manière, un beau roman, une belle histoire, comme chantait Michel Fugain. Allez, n’ayons pas peur des mots – tant pis si on demande à l’auteur de ces lignes si c’est de la bonne -, une sorte de communion mystique, un élan amoureux !

Notons quand même que ce peuple français, au goût prononcé pour le romanesque, appartient aussi à ce “vieux continent de petits-bourgeois”, toujours selon notre Président qui se plaît tant à ponctionner tous ces pères Goriot et autres Thénardier rescapés des Trente Glorieuses. Plus Madame Bovary que Cyrano, les Français ? Les deux en même temps, peut-être.

Maintenant, ces considérations « fumo-littéraires » faites, rappelons la vraie réalité. Après les lettres, les chiffres. Ayant obtenu un peu plus de 8 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle, soit 18,19 % des inscrits, Emmanuel Macron a été choisi au second tour par un peu moins de 21 millions d’électeurs, soit moins de 44 % des inscrits. Quant à La République en marche, le parti porteur du fantastique projet présidentiel dans nos villes et nos campagnes, il obtint au second tour des législatives du mois de juin 2017 moins de huit millions de voix, soit 16,55 % des inscrits. Pas de quoi imaginer la mer au bout du chemin creux ou en haut des Champs-Élysées, comme de Gaulle en août 1944, découvrant l’immensité de la foule.

Une belle histoire, donc, que celle d’Emmanuel Macron. Un roman historique ? Disons plutôt une histoire romancée.

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