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Alors qu’Emmanuel Macron vient de célébrer, au , le 170e de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, une question est en débat depuis quelques années : faut-il débaptiser les rues aux noms d’esclavagistes ? C’est ainsi qu’à Bordeaux, une commission, installée par Alain Juppé, travaille depuis deux ans à l’élaboration de propositions “pour renforcer la visibilité du travail de mémoire dans l’espace public”.

La traite négrière fait partie de l’ de : il faut la traiter comme telle. Avec objectivité et sans arrière-pensées. Pour rassembler les Français et non les diviser. Hier, au Panthéon, Emmanuel Macron n’a pratiquement pas prononcé un mot, sinon pour remercier les enfants présents. Il s’est contenté de faire lire des témoignages, souvent émouvants – ce qui vaut peut-être mieux, compte tenu de ses dérapages verbaux. Mais ce n’est pas un sujet à traiter exclusivement par l’émotion : il faut l’expliquer dans sa globalité, sans vision partielle ni partiale, sans tabous ni préjugés.

Sait-on, par exemple, que Voltaire, dont chacun connaît l’épisode du nègre de Surinam dans Candide, a tiré profit de ses actions dans la Compagnie des Indes, active dans le commerce triangulaire ? Ainsi, il plaça environ 10.000 livres sur le Saint-Georges, parti en décembre 1751 pour Buenos Aires, avec une escale dans le golfe de Guinée, ignorant peut-être la nature de cette expédition. Certains commentateurs se demandent si Montesquieu est totalement ironique dans le célèbre passage de L’Esprit des lois sur l’esclavage des nègres.

Il ne s’agit pas de soupçonner ces deux philosophes des Lumières de quelque sympathie pour l’esclavagisme, mais de souligner que la prospérité française, à l’époque, était en partie fondée sur ce trafic et que toutes les grandes fortunes y trempèrent peu ou prou, directement ou indirectement. L’esclavage est odieux, mais il faut se garder du piège de l’anachronisme, de juger du passé avec le regard d’aujourd’hui.

Faut-il débaptiser des rues, comme le demandent des associations antiracistes ? À Bordeaux, on s’interroge sur sept noms, dont celui de Colbert, grand ministre de Louis XIV, mais aussi auteur de la première version du Code noir, qui ne visait pas à légitimer l’esclavage mais à limiter le pouvoir de répression des maîtres sur leurs esclaves. D’autres estiment que, pour ne pas oublier les crimes commis dans le passé, il faut permettre aux passants de savoir qui étaient ces personnalités et optent pour des panneaux explicatifs.

Le risque est grand de voir ce « travail de mémoire » détourné vers la culpabilisation des « Blancs », forcément coupables de tous les maux – colonialisme, racisme, esclavagisme – et de participer ainsi au développement d’un racisme anti-blanc.

Si l’on veut évoquer objectivement l’esclavage, il faut rappeler la traite pratiquée à grande échelle dans le monde arabo-musulman. Ainsi, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, plus d’un million d’Européens furent réduits en esclavage en du Nord. Il faudrait aussi rappeler que la France condamna et abolit l’esclavage bien avant les pays d’Amérique du Sud ou les États-Unis, que c’est sous son protectorat qu’elle l’interdit au Maroc.

Il ne faudrait pas oublier non plus qu’il existe, encore à notre époque, des formes d’esclavage (proxénétisme, travail forcé des enfants, mariages forcés, enfants soldats), qu’au Soudan et au , par exemple, des chrétiens sont vendus comme esclaves, qu’en Mauritanie, des musulmans sont esclaves d’autres musulmans. Récemment, des furent mis aux enchères près de Tripoli…

C’en est assez de la culpabilisation des Français ! C’en est assez de la à sens unique ! Les irresponsables qui simplifient et instrumentalisent l’histoire de l’esclavage trahissent le peuple français.

29 avril 2018

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