Culture - Editoriaux - Théâtre - 9 juin 2018

Au Bataclan, il y a eu un dysfonctionnement opérationnel majeur. La faute à qui ?

Une trentaine de victimes et de familles de victimes ont décidé, deux ans et demi après l’attentat du Bataclan, de déposer plainte contre X pour “pour non-assistance à personne en péril”. Sont visés par ces plaintes les militaires de l’opération Sentinelle qui, présents ce soir-là aux côtés des policiers, avaient refusé d’intervenir au prétexte qu’ils n’en avaient pas reçu l’ordre. Malgré les différentes enquêtes qui ont été menées au lendemain des faits, y compris par la représentation nationale sous la direction de Georges Fenech, de nombreuses questions sont demeurées sans réponses. Si rien ne dit que la lumière sera totalement faite sur ce dramatique événement, ce dysfonctionnement opérationnel majeur établit au moins une vérité : le risque qu’il y avait à mettre des militaires au service d’une mission pour laquelle ils n’étaient ni formés ni entraînés ni même préparés.

Ce soir du 13 novembre 2015, deux types de forces se retrouvent aux portes du Bataclan, théâtre d’une prise d’otages avec (déjà) de nombreuses victimes. D’une part, des policiers parisiens. Habitués à la lutte contre la criminalité urbaine, ils connaissent parfaitement les lieux. Ils sont coutumiers des ces situations où la rapidité de l’intervention, les prises d’initiatives personnelles et l’analyse instantanée des éléments juridiques et tactiques sont déterminants dans la réussite de la mission. Ils ont, cependant, un handicap sérieux : la faiblesse de leur armement. D’autre part se trouvent huit militaires de l’opération Sentinelle. À rebours des policiers, ceux-ci ne sont pas dans leur élément quotidien. L’initiative personnelle est bannie de leurs techniques opérationnelles, et l’action collective et coordonnée prime sur toute intervention isolée. Ils on, cependant, un point fort : la qualité de leur armement, en parfaite adéquation avec celui dont disposent les terroristes. Au moment des faits, chacune de ces deux formations – l’une civile, l’autre militaire – réagit donc en fonction de sa culture professionnelle propre. Mais pouvait-il en être autrement ?

Plus de deux ans après les faits, alors que les choses ont changé sous la pression d’événements devenus fréquents, les questions que l’on sera amené à se poser n’auront, bien évidemment, plus le même sens. Rappelons qu’entre-temps, les règles d’engagement et d’ouverture du feu ont évolué. Que la légitime défense, en cas d’attaque terroriste, a vu ses conditions juridiques changer. Enfin, que les militaires de Sentinelle ont appris et ne réagiraient sans doute plus de la même manière.

Pourtant, tous les enseignements n’ont certainement pas été tirés. Car même si, à l’épreuve du terrain, les militaires se sont peu ou prou adaptés, il reste que leur emploi pour ce type de mission ne peut être qu’un pis-aller auquel il faut impérativement trouver une alternative. Et cette dernière est simple : elle consiste à redonner la main aux forces de sécurité intérieure – police et gendarmerie – et à réinvestir les militaires sur les missions qui sont naturellement les leurs. Cela passe par une prise de conscience de ce que les défis posés aujourd’hui en matière de sécurité publique ont évolué, et qu’il ne suffit pas de dépoussiérer le Code pénal et d’attribuer des gilets pare-balles ou des fusils d’assaut aux policiers pour résoudre ces graves problèmes de fond que pose le terrorisme islamiste. Il en est de même pour la lutte contre la grande criminalité, qui voit des gangs lourdement armés faire la loi dans nos villes. Seule une réflexion globale, profonde et prospective sur l’évolution de nos besoins en matière de sécurité apportera les réponses pertinentes. Mais pour l’instant, au plus haut niveau, personne ne semble disposé à se poser les bonnes questions.

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