Editoriaux - Justice - Supplément - Table - 9 juin 2018

Pourquoi le bailleur serait-il toujours le salaud ?

Le bailleur, un exploiteur ? C’est l’image que la justice en donne souvent, en s’appuyant sur une loi qui, depuis 1982, a connu des dizaines de modifications tendant toutes à imposer aux propriétaires de logements des contraintes et des obligations supplémentaires. La dernière loi en date, œuvre de madame Duflot, a multiplié les vexations, sanctions, délais, réglementations tatillonnes. Bref, face à un locataire de mauvaise foi, le parcours judiciaire est un parcours du combattant.

Thomas Lavaud, un habitant de l’Aisne, en a fait les frais. Ayant loué un appartement à une famille qui semble pratiquer l’assistanat social comme d’autres le footing quotidien, il a essuyé quatorze mois d’impayés avant de réussir à récupérer son logement. Quatorze mois ! Aucun petit propriétaire, qui investit dans un bien locatif à crédit pour arrondir une retraite qu’il prévoit maigrichonne, ne peut supporter financièrement une telle situation. Pourtant, c’est un délai habituel, et même court, pour faire expulser un preneur indélicat. L’empilement des délais de procédure, censés protéger les locataires, n’aboutit qu’à les enfermer dans une infernale spirale de la dette locative dont ils ne sortent jamais. Quant aux bailleurs, n’en parlons pas…

Mais notre Picard a récupéré son bien dans un état qui se passe de commentaires. Les photos qu’il a publiées sur Facebook sont effarantes. Non seulement de nombreuses dégradations entraîneront des travaux importants de remise en état, sans compter le nettoyage, mais encore les locataires sont partis en laissant un capharnaüm innommable d’objets hétéroclites, meubles cassés, appareils électroménagers hors d’usage, jouets, poubelles et autres petits présents dont on dit qu’ils entretiennent l’amitié.

Thomas Lavaud, s’il avait consulté un avocat, se serait entendu répondre – doctement – qu’il faut saisir le juge… Encore ! Encore des frais, des délais, des renvois, pour aboutir finalement à une décision qui lui permettrait de faire mettre au garde-meuble – à ses frais avancés – la collection de débris léguée par les partants.

Alors il a décidé d’agir de manière efficace, illégale et publique. Prenant son courage à deux mains gantées, il a intégralement vidé les lieux dans une remorque de tracteur ! Puis, sans désemparer, il a conduit l’engin jusqu’au nouveau domicile de ses aimables locataires pour le vider, sur le trottoir, sous l’œil d’une caméra complice et bienveillante.

Nul doute que son geste aura irrité les nobles défenseurs des droits civiques, ou du civisme tout court, qui déplorent qu’un individu muni d’une arme par destination – un tracteur agricole peut faire très mal – déverse ainsi de tels déchets sur la voie publique. Ne parlons pas des militants de Droit au logement, qui sont à la défense des locataires ce que les crasseux de Notre-Dame-des-Landes sont à l’écologie, pour qui cette amoncellement de m…, où quelques bobos pourraient voir une œuvre d’aaaaaaaaaart, constitue l’expression la plus aboutie du mépris des puissants pour les travailleurs du monde entier. “Travailleurs” est sans doute un tantinet exagéré, mais on pardonne l’hyperbole aux gens de la gauche généreuse et solidaire.

Au moins, en publiant son exploit sur les réseaux sociaux, cet habitant de Rozoy-sur-Serre aura attiré l’attention sur cette aberration bien française. La loi, qui doit réguler les rapports sociaux, atteint de tels niveaux de complexité qu’elle en devient illisible. Rien de plus naturel, lorsqu’un contrat n’est plus exécuté, que de le résilier aux torts du débiteur. S’il est équitable d’accompagner les plus fragiles et de limiter les conséquences d’un abus de la force du puissant, la justice ne trouve jamais son compte dans un déséquilibre aussi flagrant qui impose au propriétaire privé de dépenser des fortunes et de patienter des mois pour obtenir, simplement, que lui soit accordé un droit élémentaire : jouir conformément à sa destination du bien qu’il a acquis à l’aide de son travail.

Thomas Lavaud pourrait faire des émules. Parfois, la raison du plus fort redevient la meilleure.

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