Editoriaux - Politique - Société - 26 juillet 2019

Avec Marlène Schiappa, la loi, c’est un peu comme chez Ikea™

On vous l’a dit et on vous le répète depuis plus de trois siècles à la suite de Boileau : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Visiblement, l’adage ne s’applique pas quand Marlène Schiappa tente de s’expliquer au micro de BFM TV sur la question de l’état civil des enfants qui naîtront de PMA.

Pourtant, pas de question piège de la part d’Apolline de Malherbe (pas son genre) : « Ça veut dire, pour parler très concrètement, l’extrait d’acte de naissance d’un enfant né de PMA ne mentionnera que le nom de la mère qui a porté l’enfant ? » Réponse de la secrétaire d’État : « Non, c’est pas ça, c’est qu’il ne mentionnera pas le fait que l’enfant est né de PMA. » C’était pas la question, mais c’est la réponse, comme disait le regretté Georges Marchais. Donc, la journaliste va plus loin, toujours dans le registre, non pas de l’état civil, mais des questions simples qui appellent des réponses simples. Réponse : « Les deux parents seront indiqués. » Jusque-là, on suit, enfin, dans la logique du nouveau monde. Et l’emmerdeuse de poursuivre : « Mais avec le mot “mère” ? » Et l’emmerdée de répondre : « Alors là, ce qui est très important, pour moi, à préciser à ce stade, c’est que là, vous avez un projet de loi qui est présenté par le gouvernement en Conseil des ministres. Et ensuite, il y a un débat parlementaire. » Donc, si on comprend bien, « à ce stade », le projet de loi sur la PMA présenté en Conseil des ministres, c’est donc une sorte de truc en kit, à monter soi-même. Pas de pub ici, mais bon, tant pis, c’est comme les meubles Ikea™, si vous voulez : le magasin vous livre dans un grand carton les pièces avec tout plein de vis, de chevilles et le mode d’emploi en tchèque, coréen ou en turc et il vous laisse la prise de tête en famille, histoire de s’occuper durant le week-end. C’est nouveau, c’est un concept. Mauvais esprit, vous me direz, d’autant que la dame ministre explique : « C’est très important de respecter le temps du débat parlementaire… et là, je ne peux pas faire comme si la loi avait été votée… » Si les députés de LREM sont aussi affûtés sur ce sujet que cette députée de ladite LREM, soi-disant spécialiste des retraites, qui vient de bredouiller des inepties au micro de LCP sur la réforme qui se prépare, cela promet de grands moments. On en rirait si ce n’était pas sur des sujets aussi fondamentaux.

La journaliste insiste, reformule sa question : « Je ne sais toujours pas comment ce sera écrit sur les extraits d’acte de naissance. » Et là, magique, imparable : « Avec les noms des parents », précise Marlène Schiappa… Tout d’un coup, on est rassuré. Des fois qu’on ait l’idée d’y mettre le nom du chien ou de la dernière star de télé-réalité. La suite des explications du ministre est tout à l’avenant et nous fait passer chez le notaire (l’avocat, ce sera pour après…) qu’on ne savait pas être en charge de l’état civil. Donc, le gouvernement, ou tout du moins l’un de ses membres les plus éminents, s’apprête à présenter un projet de loi, en septembre, c’est-à-dire demain, un projet de loi qui va un peu plus bouleverser les fondements de notre civilisation, sans même être capable de répondre aux questions les plus simples : un enfant né de PMA aura-t-il, à l’état civil, une seule mère, celle qui a donné naissance à l’enfant, ou deux mères, dont celle d’« intention » ? Comment seront qualifiés ces parents sur les actes d’état civil ? Qu’est-ce qu’il disait, déjà, Boileau ?

À lire aussi

Après le droit au bonheur, le devoir d’être en joie…

On connaissait le droit au bonheur. On aura donc le devoir d’être en joie ! …