Au Danemark, la gauche monte encore d’un cran dans la fermeté face à l’islam

Le gouvernement social-démocrate veut interdire l'appel à la prière diffusé depuis les mosquées.
@Abdesslam MIRDASS / AFP
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Pendant que la France débat encore des appels à la prière entendus le mois dernier à l'occasion de l'aïd dans plusieurs villes, le Danemark s'apprête à franchir un nouveau cap, selon le Telegraph. Le nouveau ministre socialiste de l'Immigration, Morten Bødskov, pilote en effet un projet visant à interdire, à l'échelle nationale, la diffusion de l'adhan depuis les mosquées et les minarets. Une mesure qui pourrait surprendre... jusqu'à ce que l'on précise qu'elle émane d'un gouvernement social-démocrate. À Copenhague, la gauche a fait, depuis plusieurs années, de la lutte contre l'immigration incontrôlée et contre l'islamisme une priorité politique. Une ligne qui contraste fortement avec celle défendue par une grande partie de la gauche française.

Une exception danoise

Pour Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse au CNRS et présidente du CERIF (Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme), cette décision s'inscrit dans une logique politique bien plus profonde. « C'est vraiment une particularité du Danemark. La gauche et la droite sont main dans la main dans la lutte contre l'islamisme », explique-t-elle à BV. Une situation qu'elle connaît bien : son ouvrage Le Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob) a été traduit au Danemark dès 2024 et y a rencontré un important succès, notamment auprès de responsables politiques de gauche.

Cette convergence entre sociaux-démocrates et conservateurs est sans doute ce qui distingue le plus le royaume scandinave du reste de l'Europe occidentale. Là où, en France, toute mesure restrictive concernant l'islam est souvent immédiatement renvoyée au camp de la droite ou de l'extrême droite, le Danemark l'aborde sous l'angle de la cohésion nationale et de la préservation de son modèle social.

« L'appel à la prière est un instrument de prosélytisme »

Pour Florence Bergeaud-Blackler, la question dépasse largement la seule pratique religieuse. « L'appel à la prière est un instrument du prosélytisme qui s'impose à tous », estime-t-elle. Selon elle, une démocratie sécularisée doit veiller à préserver un équilibre entre les différentes confessions. « Une religion ne peut pas prendre l'ascendant sur les autres, parce que cela créerait de nouvelles guerres de religion », poursuit-elle.

La chercheuse insiste également sur le rôle de l'État. À ses yeux, « c'est à l'État, et non aux religions, d'établir la limite entre ce qu'il accepte et ce qu'il refuse ». L'interdiction de l'appel à la prière dans l'espace public relèverait ainsi moins d'une restriction de la liberté de culte que de l'application du principe de séparation entre le religieux et le politique.

Une politique migratoire assumée

L'interdiction envisagée de l'appel à la prière ne constitue donc pas une rupture mais une nouvelle étape en parallèle d'une politique migratoire particulièrement ferme. Depuis plusieurs années, le gouvernement de Mette Frederiksen multiplie les mesures destinées à réduire l'immigration, à lutter contre les ghettos communautaires, à faciliter les expulsions des étrangers condamnés et à limiter les demandes d'asile.

Le Premier ministre avait d'ailleurs résumé cette philosophie en s'adressant directement aux étrangers délinquants : « Vous qui commettez des crimes [...] vous n'avez rien à faire ici. » Une déclaration qui avait marqué les esprits, tant elle semblait éloignée du discours traditionnel des partis sociaux-démocrates européens. Là encore, le contraste avec la France est saisissant.

Après l'aïd en France, deux visions s'opposent

Cette décision danoise intervient alors que la France a récemment connu plusieurs polémiques à l'occasion de l'aïd. Dans différentes villes, des appels à la prière diffusés dans l'espace public avaient suscité de nombreuses réactions, relançant le débat sur les manifestations visibles de l'islam et leur compatibilité avec la laïcité.

Le Danemark semble avoir choisi de répondre par une règle claire. La France, elle, continue d'hésiter entre la défense de la liberté religieuse, les exigences de l'ordre public et la lutte contre les stratégies d'entrisme islamiste. Au-delà de la seule question de l'adhan, cette divergence révèle surtout deux conceptions radicalement différentes de la gauche européenne : l'une fait de la maîtrise de l'immigration et de la lutte contre l'islamisme un préalable à la cohésion nationale ; l'autre demeure, pour l'essentiel, réticente à emprunter cette voie.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

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