Depuis le début de la campagne du second tour, il y a une multitude de pousse-au-vote-FN qui, avec inconscience et arrogance, suscitent nausée et saturation chez le citoyen de bonne foi à force de partialités et d’inégalités politiques et médiatiques derrière l’apparent équilibre quantitatif imposé. Ces pyromanes – un tocsin qu’on n’écouterait plus – donneraient envie, tant leur omniprésence et leurs propos sont complaisamment célébrés, de vous inciter à une du pire – rien que par exaspération – si la lucidité intime fondée sur des ressorts politiques, économiques et sociaux ne vous détournait pas de cette tentation.

Marine Le Pen comparée à Hitler. Pourtant, l’auteur de cette absurdité a été un maire de , certes de gauche, mais respecté par une majorité de ses concitoyens.

Emmanuel Macron lui-même s’égarant en faisant de l’extermination des Juifs un thème de campagne pour pourfendre la fille au nom du père, ce qui a été justement dénoncé par , rappelant qu’il y avait un autre autrement menaçant passé sous silence par le candidat.

Beaucoup de fiers de perdre toute impartialité, liberté et sens de l’équité en “sonnant l’alarme”, stimulés par tous les patrons de presse en soutien d’Emmanuel Macron. Des journalistes tout enivrés à l’idée de sortir de leur réserve et de rentrer dans l’engagement. Ces émissions où, avec une volupté ravie, on évoque les troubles qui résulteraient forcément de la victoire improbable de Marine Le Pen comme si, en ce qui la concerne, on déniait par avance toute légitimité au processus démocratique.

Des artistes, histrions, humoristes baptisés grandes consciences ou sportifs, mandatés par eux seuls et s’efforçant de croire que leur exhibitionnisme civique aura des effets sur les autres, les abstentionnistes et les indécis, alors qu’au contraire, il est plutôt de nature à rendre ridicule l’unique cause qu’ils défendent : faire savoir qu’ils détestent le FN.

, figure emblématique du paysage intellectuel français et pour qui la misère et la détresse de notre pays, la faillite de notre industrie sont une “anecdote”. Son mépris a donné des ailes au FN. Alors qu’il était censé apporter ses lumières à En Marche !

Un “deux poids deux mesures” effrayant. Nicolas Dupont-Aignan traîné dans la boue parce que la droite souverainiste qu’il incarne, après tant d’années de solitude politique, a fait alliance avec la droite extrémiste du FN, également souverainiste. Un a osé le qualifier de “pétainiste” et de “vrai collabo”, un autre l’a traité de “Laval” et un petit-fils du l’a repris parce qu’il se disait “gaulliste” alors que, durant tant d’années, des usurpateurs du gaullisme se sont pavanés sans être rappelés à l’ordre. Et le pire, conséquence naturelle et logique de ces délires banalisant l’Histoire, un Stéphane Guillon ne trouvant rien de mieux que d’exploiter odieusement la mort de la mère de Nicolas Dupont-Aignan, à 96 ans, de la maladie d’Alzheimer. Il y a des êtres et des causes à l’égard desquels tout est permis. Même l’innommable.

Nicolas Dupont-Aignan serait un traître parce qu’il aurait rejoint le FN alors que, sans cesse, les journalistes lui reprochaient sa familiarité avec lui et que, de fait, la cohérence de son projet n’était pas en terre étrangère dans celui du FN, du moins pour sa part raisonnable.

Cette accusation de traîtrise serait risible si elle ne révélait pas l’inquiétante schizophrénie d’un monde politique qui ne voit plus que la poutre dans l’œil du voisin. Depuis la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre, suivie par sa campagne difficile et chaotique et sa défaite au premier tour, avec l’irrésistible poussée d’Emmanuel Macron, pourtant que d’abandons, de reniements, de défections, de retraits, de migrations, d’ambitions affichées, de voltes subtiles ou ostensibles, que d’enthousiasmes feints précédant des lâchages intéressés et tactiques, que d’opportunismes tardifs et d’adhésions contre-nature, que de – disons le mot – traîtrises !

Faut-il considérer que les unes sont morales, de simples glissements d’un camp à l’autre, quand d’autres seraient inexcusables et indignes ?

3 mai 2017

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