Pour qui a un jour – enfin, c’est souvent plusieurs années – transpiré sur une (vraie) thèse ou suivi de près ou de loin un enfant, un conjoint, un ami dans cette exaltante mais éprouvante aventure intellectuelle, le scandale de la thèse plagiée du sieur est profondément révoltant. Surtout à l’heure où des thèses de très grande qualité ne permettent plus à leurs auteurs d’enseigner à l’université alors qu’on découvre tous les jours qu’y prospèrent des personnalités médiatiques choisies sur des critères bien éloignés des compétences académiques.

C’est donc le conseil académique de l’université -I – Panthéon-Sorbonne qui, le 21 juillet, se fondant sur « une enquête approfondie résumée en 40 pages » (Le Monde), a retiré à Arash Derambarsh son diplôme obtenu en 2015, qui lui avait permis de devenir avocat. Il a été aussi radié du barreau. Par ailleurs, l’université précise que la fraude a pour « fait aggravant » le refus de l’intéressé de la reconnaître, ainsi que la « production de versions falsifiées de la thèse devant la section disciplinaire ».

On lira dans l’enquête du Monde l’étendue de l’escroquerie : jury de complaisance proche du candidat, absence de rapport de soutenance, mention très honorable (on n’a peut-être pas osé aller jusqu’aux félicitations ?), classement « confidentiel » de la thèse pour plus de trente ans (fait très rare).

Il faut donc rendre hommage aux lanceurs d’alerte de « Thèse et synthèse » qui ont levé le lièvre Arash Derambarsh, demandant à l’université Panthéon-Sorbonne d’enquêter. Sans eux, l’élu divers droite de Courbevoie poursuivrait une médiatique carrière d’avocat et d’élu, auréolé de son titre prestigieux. Faisons un rêve : vu sa tendance politique, ses origines, son réseau, on n’aurait pas tardé à le voir au gouvernement.

Mais voilà, à cette heure, on attend toujours la démission de cet édile de Courbevoie. Il conteste la décision, c’est son droit, mais le maire de Courbevoie a peut-être son mot à dire, non ? On est aussi surpris que d’autres sanctions-démissions n’interviennent pas, notamment dans les monde universitaire et politique. Dans ce jury de thèse siégeaient, à côté d’universitaires, un certain Francis Spizner, célèbre avocat de et maire du XVIe arrondissement de Paris depuis un mois, et Frédéric Lefebvre, ancien ministre et député LR, aujourd’hui membre de LREM.

Faut-il rappeler que faire partie d’un jury de thèse implique de lire la thèse et d’évaluer sa valeur, en toute responsabilité ? En tout cas, l’affaire révèle que le jeune loup de la droite centriste du 92 avait su trouver de beaux parrains.

Pour sa défense, le docteur-plagiaire a affirmé : « Si moi je suis dans la fraude – je ne le suis pas –, alors la Sorbonne est complice puisqu’elle a validé toutes les étapes de ma thèse ». Pas faux. Et, sans aller jusqu’à incriminer toute l’institution, il est clair que le docteur fraudeur n’est pas le seul à devoir rendre des comptes, et sa toge.

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