C’est Gregory Doucet, l’ineffable maire de Lyon, qui, le 25 mars dernier, a fait voter le premier « budget genré » pour sa ville, soit un budget (selon Le Figaro du 10 mars) « accompagné d’un indicateur évaluant l’impact en matière d’égalité des sexes pour chaque mesure financée par la municipalité ». Concrètement, il s’agit d’éplucher les 850 millions d’euros de budget annuel pour voir s’il ne s’y glisse pas un favoritisme larvé propre à entretenir la domination des mâles blancs.

Le gender budgeting, produit d’importation anglo-saxonne s’il en est, est un marqueur de progressisme que s’envient les édiles de gauche, et en ces temps préélectoraux, il est bon de le mettre en avant.

Deux députées indépendantes, ex-LREM et ex-membres du groupe Écologie Démocratie Solidarité (EDS), ont d’ailleurs réclamé en novembre dernier que les budgets de l’État et de la sociale soient eux aussi genrés. Mmes Paula Forteza et Albane Gaillot souhaitaient en faire la « nouvelle règle d'or du budget » et proposaient toute une série de mesures, dans Le Figaro (du 6 novembre), « pour bâtir une budgétisation sensible au genre et porter l'ambition d'une égalité réelle entre les femmes et les hommes ».

Précision utile : Mme Forteza est élue dans la deuxième circonscription des Français de l’étranger ( latine et Caraïbes) et sa collègue Gaillot dans la onzième circonscription du Val-de-Marne (cantons d’Arcueil, Cachan, Villejuif, etc.), et je ne sache pas que les électeurs de ces belles régions soient particulièrement demandeurs de budgets genrés… Ce qui est sans doute le dernier souci des élues censées les représenter mais qui, comme tant d’autres, ne représentent qu’elles-mêmes…

Si ces deux-là n’ont pas eu gain de cause, l’idée se répand malgré tout et le département de la Charente, qui s’est doté d’une nouvelle majorité divers gauche en juin dernier, vient de voter son premier budget genré. « Contrairement à la critique de nos détracteurs, nous ne diviserons pas nos 600 millions d’euros de budget en deux. Mais nous allons passer au crible toutes nos dépenses pour corriger les discriminations », a assuré, au Figaro (du 20 décembre), le premier vice-président charentais chargé des finances, Jean-François Dauré. Et de détailler : « Accès aux services publics, subventions sportives, politiques d’insertion ou encore aménagement de l’espace dans les collèges gérés par le département : la Charente utilisera une grille d’analyse paritaire pour contrôler toutes ses décisions. »

Sur le papier, c’est magnifique. Dans les faits c’est nettement plus compliqué. C’est surtout la porte ouverte à toutes les revendications et dérives communautaires qui, au nom de l’égalité, ne pourront plus être ignorées. En effet, comme le soulignait la philosophe Bérénice Levet dans un entretien au Figaro, le 18 mars dernier, si l’on adopte un « “budget genré” aujourd’hui, pourquoi pas un “budget racisé” demain », car « les “minorités” vont réclamer leur dû ».

La chose est d’ailleurs sous-entendue dans la déclaration de politique du maire de Lyon qui, dans son programme, promettait d’œuvrer à « la valorisation des cultures non dominantes ». Le même qui a d’ailleurs amputé la subvention de l’Opéra de Lyon de 500.000 euros au motif de « rééquilibrer une politique culturelle fossilisée » (en promouvant « l’accompagnement de la création et de l’émergence ». C’est sans doute ce qu’il applique place des Terreaux ?).

Bérénice Levet faisait d’ailleurs remarquer que cette « politique sexuée, “binaire”, pourrait être dénoncée comme “discriminante” », par tous les transgenres, queers et autres « non-binaires » qui ne manqueront pas, eux aussi, de réclamer leur dû.

21 décembre 2021

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