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Coronavirus - Editoriaux - Politique - Santé - 18 mai 2020

Après la décoration, le mémorial… des honneurs pour éteindre la rancœur ?

Après les décorations du 14 Juillet pour le personnel soignant, voici le mémorial en l’honneur des victimes du Covid-19 : cette idée lumineuse ferait son chemin, lit-on, dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

On le comprend. C’est un exercice dans lequel le Président excelle, les inaugurations de chrysanthèmes, selon l’expression du général de Gaulle, lui siéent parfaitement au teint : l’œil rivé sur l’horizon, le cheveu en arrière, le costume sombre et le verbe grave bien ajustés, la poignée de main cordiale et appuyée pour saluer les proches… C’est beau comme l’antique, comme disait David de Bonaparte, et surtout bien pratique.

Pour éteindre votre indignation, rien de tel – en principe – qu’être convié, emprunté et endimanché, sous les ors de la république : feu votre grand-père n’a pas eu l’heur de franchir les portes du service de réanimation – un reportage terrible de Marianne vient encore le rappeler -, mais vous aurez, vous, celui de passer le cordon de sécurité, le jour de l’inauguration, pour découvrir son nom gravé en lettres d’or sur une stèle en guise de réparation : tout est oublié !

Qu’inscrire d’autre, au fait ? Quelle sorte d’épitaphe ? À défaut de mort pour la patrie, mort pour impéritie (en tout cas pour partie) ? Si l’on va par là, les monuments vont être légion : monuments aux victimes de la désindustrialisation, à celles de la mondialisation, monuments aux agriculteurs qui se sont suicidés et aux chômeurs désespérés qui seront peut-être bientôt tentés de le faire, monuments aux victimes de la délinquance et du laxisme judiciaire, monuments aux victimes du terrorisme… Ah pardon, celui-là est déjà en projet.

Faute d’une solution, une commémoration. Nous devrons vivre avec le Covid-19, a-t-il été répété, comme nous devons vivre avec le terrorisme.

Le premier obstacle, donc, va être l’inflation. Car on peut aussi tirer la pelote sanitaire.

Pourquoi pas un mémorial pour les victimes du cancer, de la gastro – comme le suggère Sophie de Menthon -, des accidents domestiques, de la méningite, des accidents de la route… et, donc, du grand âge puisque, comme le disait (encore) le général de Gaulle, celui-ci est un naufrage ? Si les victimes deviennent des héros et les coups du sort des actes de bravoure, tous les morts ne méritent-ils pas d’être honorés ? Et les vivants aussi ! Ne nous a-t-on pas affirmé qu’en restant chez nous, nous sauvions des vies ? On nous représenterait auréolés, avec un canapé et une tasse à café, telles les flèches de saint Sébastien, comme instruments de notre martyre. L’hommage pour tous !

Le second obstacle, encore plus contrariant, est l’incertitude quant à la bienveillante coopération des Français. Emmanuel Macron s’attendait peut-être à trouver les infirmières de la Salpêtrière rosissantes et reconnaissantes à l’idée de pouvoir épingler cette jolie broche sur la blouse jetable qu’elles ont eu, durant des semaines, tant de mal à se procurer, et voici que les donzelles suggèrent peu ou prou au gouvernement de se mettre sa décoration pleine d’élégance dans un endroit que la bienséance interdit de citer en dehors des salles de garde.

Un tel camouflet une deuxième fois ? Dieu les en garde !

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