Pas plus d’argent, mais plus d’égalité pour lutter contre la dénatalité

Les préconisations du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan pour augmenter la natalité sans politique nataliste.
bébé natalité réarmement démographique
@Unsplash

Le constat est sans appel : la France court à la catastrophe si elle ne parvient pas à redresser la barre de sa natalité. Le haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a donc sorti, le 5 mai, une « note d’analyse » qui, sur une vingtaine de pages, tente de donner des pistes pour « adapter les politiques familiales sans normer les choix ». Autrement dit, pour trouver une solution à la baisse de la natalité sans appliquer de politique nataliste qui pourrait passer pour réactionnaire.

« Ce n'est pas le chèque qui fait l'enfant »

Clément Beaune s’est fendu d’un édito en rappelant que la France allait devoir faire face à un double choc : « un choc psychologique collectif » et « un choc substantiel, surtout, car toutes les politiques publiques, toute notre économie et notre société, en sont affectées ». En bref, on va dans le mur, il ne faut plus se voiler la face. La note d’analyse du haut-commissariat s’appuie sur des exemples européens pour montrer que « ce n’est pas le chèque qui fait l’enfant », que ce ne sont pas des aides purement financières favorisant la natalité qui feront se redresser la courbe, mais plutôt des mesures pratiques, comme l’allongement des congés de naissance ou encore le développement et l’augmentation des modes de garde.

Le 1er juillet, « le congé supplémentaire de naissance » entrera en vigueur. Verra-t-on une première inflexion de la courbe des naissances dès avril 2027 ? Manifestement, c’est ce que semblent espérer les services de Clément Beaune. Les deux auteurs du rapport expliquent que la France connaît cette dénatalité malgré « un système ancien de politiques publiques en direction des familles relativement généreux et diversifié », alors, pour eux, le problème réside plutôt dans la structure de cette politique familiale. Leur solution : « les politiques qui réduisent les coûts et l’incertitude liés à l’accueil d’un nouveau-né », d’autant qu'« elles sont compatibles avec l’emploi féminin et l’égalité entre les femmes et les hommes ». Ouf !

Natalité, Égalité, Parentalité

C'est que le pouponnage des pères serait essentiel pour relancer la natalité. Il s’agit de proposer des solutions pour infléchir la courbe des naissances, mais sans s’approcher de près ou de loin d’une politique franchement nataliste jugée digne d’un régime autoritaire. Gare aux mesures ouvertement natalistes, c’est-à-dire réactionnaires et patriarcales ! Sur la vingtaine de pages que contient le rapport, plus de deux sont consacrées à l’héritage pétainiste d’une politique nataliste et aux exemples de la Hongrie, de l’Italie et de la Pologne qui, malgré leurs gouvernements très conservateurs, n’ont pas réglé leurs problèmes démographiques. La performance notable de ce rapport est sans doute de réussir à faire de l'IVG un levier presque essentiel de la natalité en préconisant une protection européenne de l'avortement.

Le rapport explique que « les enquêtes récentes montrent que le désir d’enfant a diminué dans le temps : chez les jeunes générations, le nombre idéal d’enfants se situe désormais autour de 2,3 en moyenne, contre 2,7 il y a vingt-cinq ans ». Des années de féminisme de gauche sont passées par là et ont convaincu les femmes que la maternité était un asservissement. Qu'à cela ne tienne, puisque « l’objectif de cette note est d’éclairer les choix de politique publique susceptibles de soutenir la natalité en respectant la diversité des aspirations familiales, de plus en plus attentives à l’égalité de genre ».

À la lecture du rapport, il semble que la crainte de décrocher professionnellement soit la première raison qui empêcherait les femmes d'avoir des enfants. D'ailleurs, la première préconisation du haut-commissariat est de permettre la prolongation du congé de naissance « par un troisième mois d’indemnisation, accordé au couple à condition que le père prenne au moins un mois de congé ». Un tantinet coercitif, mais passons, il s'agit de mettre les pères aux biberons !

Il ne faut pas se leurrer, même Clément Beaune est conscient qu’allonger les congés de naissance en respectant les égalités de genre ou bien garantir un mode de garde pour tous les enfants dès un an ne suffiront pas. Ainsi, l’ancien ministre conclut son édito : « Cet hiver de la démographie est un phénomène profond, européen et même mondial. Comme le font davantage ses voisins, notre pays devra ainsi ouvrir le débat sur les trois seules réponses concrètes à ce décrochage durable, en posant comme hypothèse la préservation de notre modèle social : être plus productifs, par la robotique ou l’IA par exemple ; travailler plus, par la réduction du chômage et l’augmentation de la durée de travail au long de la vie (âge de la retraite…) ; accueillir davantage d’immigration de travail. » Nous y voilà.

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Il existe un outil efficace, laïc mais inspiré de l’encyclique Humane Vitae, quasi-gratuit, pour relancer la natalité: la Naprotechnologie. Mais c’est la bioéthique des catacombes, il est interdit d’en parler.

  2. On ne fait pas d’enfant pour : la retraite, une télé, une machine à laver ou renflouer un compte en banque.

  3. Mme Riqueti:
    Dénatalité : le sujet est piégé dès le départ . Alors soyons fou !
    Pour faire un enfant, il faut un homme et une femme + un truc bizarre qu’on appelle AMOUR et surtout , croire à la famille et à son avenir !
    Hors, on nous parle « égalité des sexes », « droits des femmes » …
    A l’heure où notre Président:  » Père symbolique de la Nation » ( un homme qui a refusé toute paternité) empile depuis son règne, les droits des mères et les lois en leur faveur ( IVG,Violences domestiques, viol, divorce …) je crois comme Placide, qu’un homme serait fou de croire à son avenir de Père et à la famille dans un tel climat social de haine .
    Les femmes sincères devraient comprendre que sans véritable « égalité des sexes », elles ont peu de chance de devenir mères ou grand-mères.
    En ce qui me concerne, je crois que sans sursaut, genre Trump, l’avenir ne sera pas rose !

  4. Le choix d’avoir des enfants demeure un choix personnel.
    Ainsi, notre fils a décidé d’en avoir et nous avons 2 petits garçons grâce à sa femme et lui.
    Par contre, notre fille, qui est également en couple, souhaite ne pas en avoir.
    Nous respectons ses 2 choix qui doivent rester les leurs.
    Aucune ingérence extérieure ne doit interférer sur ces choix de vie.
    Ce qui relève de l’intime doit le rester.

  5. Indépendamment des autres raisons invoquées, souvent à juste titre, : croyez-vous que les nouveaux programmes scolaires type EVARS, plus les scandales liés à la pédocriminalité en milieu périscolaire, donnent envie aux jeunes couples d’avoir des enfants ? D’autant que même s’ils en avaient les moyens financiers, la non-scolarisation dans le système public devient de plus en plus difficile, et est probablement en passe d’être carrément interdite.

  6. Les commentaires sur la Hongrie sont faux . C’EST une des grandes réussites de victor Orban . Pour fréquenter ce pays depuis plus de 8 ans avant de m’y installer je peux dire que j’ai vu refleurir les poussettes avec les bébés qui vont avec depuis deux ans . Avant c’etait anecdotique .Oui la politique hongroise porte ses fruits .Il reste maintenant à relever les salaires pour que plus de jeunes restent au pays .Le smic y a été remonté de 200 euros et les prêts pour l’accession à la première propriété y sont à taux trés bas . ENFIN grâce à la politique anti immigration d’Orban le sentiment de sécurité y est réel .

  7. Pour redonner le moral (aux familles, aux entrepreneurs, à la société) et pour redonner envie, il faut pouvoir se projeter. Pour pouvoir se projeter, il est nécessaire qu’un cap, une stratégie soit définie et mise en œuvre sur le long terme. Entre la valse « quinquennale » et les dirigeants élus par 30% de la population, on es pas près d’avoir une stratégie. Sans compter toutes les promesses non tenues. Je ne parle pas que des derniers CDD de l’Elysée.

  8. Ce n’est pas avec le mattraquage fait dans les écoles, et notamment une promotion de l’IVG, que l’on va redresser la natalité.

    • Où avez-vous vu la promotion de l’IVG ?
      L’IVG demeure un choix personnel.
      C’est un droit acquis de haute lutte mais en aucun cas une obligation.
      Les femmes qui ne veulent pas y recourir peuvent librement mettre au monde autant d’enfants qu’elles le veulent.
      C’est très bien comme ça.

  9. Autrefois et pas si ancien temps que ça, les grossesses étaient rarement désirées et difficilement contrôlées. Aux yeux d’aujourd’hui le sort des femmes des temps passés était peu enviable. Une humoriste dont j’ai oublié le nom, raillait le grand Bach égoïste avec son clavecin pendant que sa femme se débattait au ménage et à « l’élevage » de ses nombreux marmots. Aujourd’hui les jeunes femmes sont en prolongement d’adolescence à l’activité ludique permanente et quand soudain, plutôt tardivement, un désir d’enfant se manifeste, la ménopause n’est pas loin. Il faudra attendre « le meilleur des mondes » pour compenser ce phénomène.

  10. La baisse du nombre d’habitants peut poser certains problèmes. Ce sont des problèmes passagers. Il suffit de rallonger l’âge du départ en retraite. Par contre c’est une chance pour un pays car nous sommes surpeuplés. Quand j’étais jeunes nous étions 50 millions d’habitants, aujourd’hui 77 millions dont douze millions de pauvres et des millions de chômeurs. Mieux vaut un pays avec moins d’habitants en bonne santé et avec une vie confortable qu’un pays avec plein d’habitants dans la pauvreté. Nous sommes près de huit milliards sur la planète, deux milliards serait l’idéal pour tout le monde.

    • Je partage votre point de vue.
      Votre analyse est très juste.
      Il y a de plus en plus de précarité dans notre Pays : qu’aurons-nous à offrir aux générations futures ?

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