André Dussollier ou l’honneur des acteurs français !

Quand on aura son âge, on aimerait bien être jeune comme lui.
Capture d'écran BA Associés contre le crime
Capture d'écran BA Associés contre le crime

Un sourire éclatant et des yeux pétillants, tels ceux d’André Dussollier, n’ont pas d’âge. Et pourtant si, il porte beau le sien : quatre-vingt bougies soufflées cette année. On ne le dirait pas. Quand on a l’âme joyeuse, on a toujours vingt ans. Dans le monde plus ou moins faisandé du show-biz, André Dussollier est une exception française à lui seul. La preuve, il n’a jamais écrit ses mémoires - la plaie de la profession. Les souvenirs d’acteurs et d’actrices ? Une arme de destruction massive qui aurait dû, depuis belle lurette, être interdite par la Convention de Genève.

Non seulement, ces gens n’ont rien à dire ; mais, de plus, ils le disent mal. De toute manière, leurs mémoires, d’autres les ont écrits pour eux et il n’est même pas sûr qu’ils les aient lus un jour. Pour tout arranger, ces gens se croient obligés d'en permanence délivrer leurs avis éclairés sur la marche du monde. Hier, ils étaient de droite. Depuis le 10 mai 1981, ils sont devenus de gauche. Dans huit mois, ils seront mélenchonistes ou lepénistes. Tels des pétomanes, ils sont de tous les vents. Alors oui, André Dussollier est reposant. C’est un comédien qui ne fait pas de comédie, se contentant d’exercer son métier, tels ses parents qui étaient percepteurs ou son cousin Joseph, celui d’agriculteur. Dans un portrait réalisé par nos confrères de Paris Match, on apprend seulement qu’Alain Finkielkraut figure au rang de ses meilleurs amis. Faut-il y voir un indice quant à ses opinions politiques ? Pas forcément, même si cela révèle néanmoins une large ouverture d’esprit.

Un acteur provincial…

Né à Annecy, où il vit toujours, André Dussollier a toujours eu l’âme provinciale, ce qui peut sembler paradoxal pour celui qui fut l’un des acteurs fétiches d’Alain Resnais, l’un des plus germanopratins de nos cinéastes. Voilà qui n’a jamais paru perturber notre artiste qui, depuis 1970, persiste à alterner cinéma d’auteur et films grand public, tragédies et comédies. Quand il intériorise son jeu, il est impressionnant. Lorsqu’il l’extériorise, il l’est tout autant. Il excelle dans les premiers rôles tout en demeurant inoubliable dans les seconds. C’est un génial touche-à-tout. Quant à sa carrière, elle demeure exemplaire, que ce soit par la qualité ou la quantité. Au cinéma, avec 160 films au compteur et 22 pièces de théâtre. Et dans tout cela, quasiment pas un seul navet.

À n’en point douter, il sait choisir ses rôles, à rebours de tant de ses collègues rabâchant, à longueur d’entretiens, toujours fonctionner à l’instinct. On sent bien que lui réfléchit. Il n’est pas de l’espèce des dindes et des dindons pour lesquels la réflexion tient trop souvent du rôle de composition. On le dit d’ailleurs impitoyable sur la qualité des scénarios. Tant que ce n’est pas écrit et bien écrit, ce n’est pas fini. Ce n’est seulement qu’après qu’on peut commencer à tourner. Lino Ventura était pareil, avant lui. Pas par vanité, mais seulement par respect du spectateur ; lequel, au contraire des journalistes appointés, payait son ticket avec ses sous à lui. De l’impressionnante carrière d’André Dussollier, loin d’être finie, tant il fourmille encore de projets, que retenir ?

 

Sa prestation bondissante dans On connaît la chanson (1997), d’Alain Resnais, sorte de comédie musicale fondée sur le meilleur de nos chansons populaires, bien sûr. Son rôle de père contrarié dans Trois hommes et un couffin (1985), de Coline Serreau, film a priori léger, mais qui pose de graves questions sur la paternité et le sens de la responsabilité. La place nous manque pour tous les énumérer ici. On peut, certes, avoir un faible pour la trilogie inspirée des œuvres d’Agatha Christie et mises en scène par l’immense Pascal Thomas, Mon petit doigt m’a dit (2005), Le Crime est notre affaire (2008) et Associés contre le crime (2012), où il forme, avec la sublime Catherine Frot, un couple aussi charmant que désarmant. C’est léger, c’est désuet, c’est plein de grâce coquine, sans jamais la moindre vulgarité, c’est éminemment français.

 

L’apothéose des Enfants du marais

Pourtant, comme il faut bien choisir, on dira que là où notre homme est le meilleur, c’est dans Les Enfants du marais (1999), le chef-d’œuvre de Jean Becker. Il y incarne Amédée, gosse de riches et à peu près bon à rien, amateur de jazz et de plaisirs simples, tels que celui consistant à boire des coups de blanc avec les copains. L’un d’eux est un ancien de la Grande Guerre, merveilleux Jacques Gamblin. Confus, Amédée lui confie qu’à l’époque, étant globalement inapte au service, il se fit infirmier sur le front. Long silence de l’ancien combattant, qui finir par lâcher, dans un souffle : « Tu sais, Amédée, il en fallait alors, des infirmiers… » Tout est dit en quelques mots. Tout passe dans le regard d’André Dussollier. La tragédie de la guerre et la façon dont chacun, selon ses moyens, peut y participer. Ce n’est pas du pacifisme et encore moins du bellicisme ; juste de l’humanisme bien compris. Et tout cela, cette infinie palette de sentiments, tout en pudeur et retenue, celui qui n’était pas encore octogénaire parvient à l’exprimer avec une économie de moyens hors du commun.

L’académie des César™, qui ne distingue pas que le meilleur du troupeau, a eu pour une fois le nez fin en lui décernant les statuettes du Meilleur second rôle pour Un cœur en hiver (1992), de Claude Sautet, du Meilleur acteur pour le On connaît la chanson plus haut cité, distinction doublée en 2001 pour La Chambre des officiers, de François Dupeyron.

Histoire de compléter ce portrait, rappelons qu’il est la voix du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet, film ayant emporté le triomphe qu’on sait, en 2001.

Quand on aura son âge, on aimerait bien être jeune comme lui.

Et pour la bonne bouche, cette célébration de la paternité :

 

Picture of Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Comme d’habitude un régal de lire du « Gauthier » (Nicolas pour les intimes). Juste un petit léger bémol, mais peut-être voulu : la présence de Pierre Arditi aux côtés de Dussolier dans la première photo. Certes un excellent acteur aussi, mais qui ferait mieux de jouer la discrétion dans ses prises de position politique.

  2. Dans la lignée de nos grands acteurs passés, qui au lieu de s’engager dans toutes les polémiques plus stupides les unes que les autres, se contente de faire un métier, dans lequel il excelle.
    Les petites réalisations de Pascal Thomas adaptés d’Agatha Christie sont à déguster sans modération et je ne parle pas des autres films et pièces dans lesquels Monsieur Dussolier nous a émus, amusés ou donné à réfléchir : Diplomatie, par exemple.

  3. Un bel hommage que vous rendez à André Dussolier , tant il le mérite . J’ai vu tout dernièrement ce film  » tout s’est bien passé » avec Sophie Marceau , sur l’aide à mourir où il excelle, dans ce désespoir face à la vie que l’on veut lui imposer. Tout en étant partagé sur ce sujet , il joue son rôle à la perfection , comme il a su sublimer par sa présence dans nombre de films . Et tant mieux s’il reste discret sur ses convictions personnelles quand tant d’autres déblatèrent sur des sujets dont ils sont totalement ignorants ou incultes.

  4. Merci Monsieur Gauthier. Votre article sur André Dussollier me touche car j’adore cet acteur et ce comédien. Dans ce que vous dites on peut y voir aussi le Fabuleux destin d’André Dussollier. Je pense également que tous les Tanguy du monde auraient aimé un père si attentif et patient.

  5. Bel article et tellement bien écrit . En effet André Dussollier ne fait pas trop parler de lui et ne le veut pas, mais vous m’avez convaincu avec votre verve qu’il gagne à être plus connu . De toute façon , un ami de d’Alain Finkielkraut ne peut être tout à fait mauvais. Je vais donc voir les trois films de Pascal Thomas.

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