Alors, ce pompier Black Bloc, coupable ? Et ce gouvernement, courageux ?

Si chacun a raison, tout le monde a tort !

Quand il m’arrivait de donner des cours d’initiation au droit, je commençais toujours par expliquer que toute société a besoin, pour survivre, de « fixer des règles du jeu », de dire ce qu’il est permis de faire ou non et quelles seront les punitions en cas d’infraction. C’est ainsi que tout « jeu de société » a ses règles, qu’il convient de connaître si on veut jouer correctement. En fait, le droit a trois rôles : protéger, prévenir, punir, les trois étant intimement liés. C’est à la Justice de « dire le droit » et de prononcer les sanctions qu’elle estime appropriées.

Débat enflammé, ce matin, chez Pascal Praud, sur les condamnations prononcées contre les Black Blocs, dont un pompier, arrêtés en possession de tout un attirail : huit à dix mois avec sursis ! Certains participants au débat estiment ces peines insensées : ou bien les prévenus sont innocents, auquel cas ils doivent être relâchés, ou bien ils sont coupables, auquel cas les peines sont dérisoires dans le contexte de quasi-guerre civile actuelle. D’autres pensent que la Justice a « fait son travail » en estimant probablement que les prévenus n’avaient pas de passé judiciaire et qu’il n’y avait pas de raisons particulières de « punir davantage » au regard de la situation, de fait, de chacun et de la liberté de manifester.

Le problème de fond, c’est que « chacun a raison dans son ensemble », chaque point de vue est parfaitement défendable et il ne faut pas rentrer dans le débat stérile de la proportionnalité des peines, par exemple.

Cette divergence illustre bien, aussi, à quel point notre société est devenue « un archipel » car il n’y a plus aucune cohérence, plus aucun lien en son sein, faute d’avoir des priorités claires. Et c’est là que le politique doit intervenir pour dire « il faut protéger de quoi, prévenir quoi, punir comment », en d’autres termes fixer des priorités et les hiérarchiser pour passer à l’action.

Le cas des casseurs est très significatif : Si « on ne fait rien », chaque samedi continuera avec son sinistre feuilleton de scènes de violence ici ou là.

Si on dit « tolérance zéro parce que la société est en danger », alors il faut une « chasse aux casseurs » impitoyable avec les moyens ad hoc et tout rentrera dans un ordre acceptable.

Tout individu ayant eu à gérer des conflits, que ce soit en famille, au travail, dans le sport, sait qu’il n’y a rien de plus dangereux que de « laisser pourrir » les situations et de croire que « le combat cessera faute de combattants ». En ces matières, il y aura toujours des combattants.

Alors, in fine, c’est une question de courage politique, de maturité politique.

Un courage qui ne doit pas se limiter, sans jeu de mots douteux, à contrôler la vitesse sur les départementales tandis qu’on laisse des gens piller des magasins au vu et au su du monde entier, en plein Paris, la veille de Pâques. Si, en plus, c’est en toute impunité, on comprend que certains « esprits faibles ou malléables » soient tentés par la violence tant physique que verbale.

François Mauriac a dit : « La peur est le commencement de la sagesse. » Il avait bien raison, il n’y a parfois pas d’autres choix que de « terroriser les terroristes » pour les faire rentrer dans le droit chemin.

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