Editoriaux - Politique - 14 février 2019

Alain Juppé appelé à ronronner au Conseil constitutionnel

La gaieté n’est pas le trait de caractère qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque le nom d’Alain Juppé. Son air pincé quasi permanent le destinait normalement à terminer sa carrière dans le secteur du froid. Ambassadeur du Groenland ou directeur artistique d’une grande société de pompes funèbres. Sa nomination au sein du Conseil constitutionnel place la barre encore plus haut.

L’institution déjà bien plombée par un agglomérat de chauves déprimants voit cette nouvelle recrue comme une confirmation de sa vocation à écouter les secondes égrainées par l’horloge de la salle de réunion. Le futur ex-maire de Bordeaux remplacera Lionel Jospin, qui a profité d’un moment d’inattention de Valéry Giscard d’Estaing pour s’échapper par une galerie souterraine qu’il avait lui-même creusée à l’aide d’un marteau piqueur dissimulé dans son attaché-case. La surdité notoire des membres expliquerait la réussite de l’entreprise.

Compte tenu du passé politique du vénérable ex-maire de Bordeaux, une place entre deux chaises lui a été réservée autour de la grande table. Assis moitié sur l’une, moitié sur l’autre, mais droit dans ses bottes, le nouveau membre défiera les lois de la pesanteur devant ses collègues médusés par cette position extravagante, surtout à cet âge-là.

Conformément au dicton selon lequel un malheur n’arrive jamais seul, Emmanuel Macron a, de son côté, proposé son ex-ministre de l’Agriculture Jacques Mézard pour siéger aux côtés du nouveau venu. La persistance de quelques cheveux sur le crâne du candidat pourrait lui valoir d’être refusé à l’entrée par le videur. Le dress code est implacable.

Chacun y allant de sa proposition, dans un nuage de confettis, Gérard Larcher a suggéré son propre candidat. Un certain François Pillet, sénateur du Cher dont Paris Match affirme qu’il est discret et respecté. Sa promesse de siéger exclusivement la nuit entre 3 et 4 heures du matin pèsera lourdement en faveur de cette nomination.

Le site Capital.fr signale que les émoluments d’Alain Juppé vont ainsi passer de 5.600 euros (au titre de maire d’une ville de 100.000 habitants) à 13.300 euros nets, auxquels viendront s’ajouter les diverses pensions liées à ses anciens mandats : maire de Bordeaux, député, adjoint au maire de Paris et autres hobbies… La révision de l’aphorisme populaire « s’ennuyer à cent sous de l’heure » a été mis à l’ordre du jour du prochain Conseil des ministres.

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