Economie - Editoriaux - Société - 14 octobre 2019

Airbnb, voie royale vers la prostitution en chambre ?

Vous connaissez la plate-forme Airbnb, forcément. Et pas forcément parce que vous louez la chambre du petit dernier parti faire ses études à la capitale ou bien l’appartement de mamie sur la Côte. Non, c’est peut-être simplement parce que vous en avez marre de croiser à longueur de temps dans l’escalier des jeunes et des moins jeunes qui tirent des valises, bloquent l’entrée pour mieux la laisser ouverte aux copains et animent les week-ends de leurs fiestas sonores.

La réservation de logements entre particuliers, c’est le jackpot. Pensez, en 2017 – soit neuf ans seulement après sa création –, Airbnb a atteint une valeur de 31 milliards de dollars aux États-Unis et c’était, l’an passé, l’un des sites de tourisme les plus visités en France, avec 9,26 millions de visiteurs uniques par mois. Cocorico sur le front de la location : Paris est l’une des villes les plus demandées et les plus chères au monde.

Officiellement, en septembre 2017, la plate-forme déclarait 70.000 hébergements, contre 63.600 en octobre 2016. Chiffres minimisés, affirmait un élu qui, lui, en dénombrait 86.725, contre 56.544 l’année précédente, soit une hausse de 56 %. De quoi justifier le ras-le-bol des hôteliers et l’exaspération des habitants de certains quartiers.

Même erronés, les chiffres de Airbnb sont hallucinants car, si l’on s’y tient, c’est officiellement 1 logement parisien sur 19 dans le circuit !

Alors… alors il y a de mauvaises surprises. Pas si rares, à ce qu’il semble. Ainsi cette malheureuse jeune femme dont Le Parisien de ce lundi rapporte la mésaventure.

Elle offre à la location son joli appartement situé aux portes de Paris, à Saint-Denis : « Parquet ancien, style épuré, quelques plantes, des livres et des peintures… », dit l’annonce, mais quand elle le récupère, une semaine plus tard, c’est la douche froide : « Dès l’entrée, des sous-vêtements jonchent le sol. Dans toutes les pièces, ou presque, des préservatifs usagés, serviettes hygiéniques abandonnées au milieu de restes alimentaires, vodka et lait fraise… Plusieurs fenêtres sont cassées, un radiateur a été arraché, et le marbre de la cheminée est rayé à coups de couteau, peut-être pour les rails de coke, comme le laissent supposer quelques pochons vides. Pas de doute pour Amélie : son appartement a été loué pour servir de lieu de prostitution. »

Le locataire, bien sous tous rapports selon sa fiche Airbnb, avait réclamé deux lits mais, bien sûr, pas annoncé ce qu’il souhaitait en faire. Les voisins l’ont vite deviné : le « maquereau », un jeune Toulousain de 28 ans, faisait monter les clients vers les trois filles qui opéraient à l’étage.

La propriétaire a porté plainte, fait constater les dégâts par huissier et pris un avocat. La plate-forme affirme avoir tout fait pour réparer. La jeune femme dément : « L’hébergement ne m’a été proposé qu’au bout de deux semaines, lorsque j’ai fait intervenir un avocat… Et on ne m’a proposé 700 euros pour remplacer la porte qui vaut déjà plus que ça. »

L’inquiétant est que la chose n’est pas si rare, semble-t-il. Airbnb serait même l’une des voies royales vers les bordels clandestins. Jean-Marc Droguet, commissaire divisionnaire et chef de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) confie ainsi au Parisien : « On estime à 30 ou 40 % la part des réseaux de proxénétisme utilisant les locations de courte durée proposées sur Internet par des sites. » Soit de 6.000 à 8.000 prostitué(e)s à l’échelle du pays.

Airbnb l’affirme pourtant : « Nous travaillons étroitement avec les forces de police sur les cas de comportements criminels, et faisons tout notre possible pour les assister dans leurs investigations. » La plate-forme affirme bannir de son site les « voyageurs indélicats », mais sans toutefois déposer plainte contre eux… ça pourrait nuire au commerce ?

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