Editoriaux - Politique - 14 octobre 2019

Christian Jacob : le peuple, il connaît…

Christian Jacob a été élu brillamment président des LR dès le premier tour et, dans son discours, il a rendu hommage à Jacques Chirac grâce auquel il a engagé une carrière politique.

Ironie du destin. Jean-Pierre Raffarin, qui a été son Premier ministre, annonce qu’il va « évidemment » quitter LR pour rejoindre la Macronie. Il est temps, en effet, qu’il arrête, à côté de sa fixité chinoise, son oscillation française qui ne trompait plus personne.

Mais Christian Jacob ! Pourquoi ai-je éprouvé l’envie de consacrer un billet à ce parfait honnête homme, assez généralement sous-estimé par des gens le prenant de haut, dans son camp ou ailleurs ?

Je l’ai croisé il y a quelques années et j’ai immédiatement été conquis par sa simplicité, sa chaleur humaine et sa capacité de dialogue. Puis, bien sûr, après ce premier contact d’une heure environ, j’ai suivi son parcours, regardé ses interventions et lu ses entretiens. Certes, il ne jouait pas à l’homme savant et cultivé, ne se payait pas de mots et il faisait parfois preuve, dans ses réponses, d’une sorte de maladresse militante trop entière.

J’ai toujours détesté la condescendance du regard qu’on portait sur lui comme si l’agriculteur, le responsable syndical qu’il avait été ne méritaient pas d’entrer dans le cercle fermé des vrais politiques élégants et légitimes, malgré l’attachement que sa ville de Provins n’a cessé de lui manifester et ses fonctions ministérielles. Il y a un paradoxe français : on réclame des politiques proches du peuple, accordés à nos préoccupations, mais il suffit qu’on les ait pour les juger grossiers et vulgaires.

Christian Jacob ne doit surtout pas s’excuser de parler le langage du peuple. Lui n’a pas besoin d’apprendre le peuple. Son tempérament, son caractère et sa personnalité le relient naturellement à la multitude de nos concitoyens et à ce qui, ombres et lumières, espoirs et misères, peurs et exigences, les emplit, les agite, les bouleverse.

Je suis venu sur ce thème, aussi, parce que j’ai lu que le président de la République avait reçu, à l’Élysée, 250 anciens collaborateurs de Jacques Chirac, qu’il souhaitait « s’inspirer de son prédécesseur pour apparaître plus proche des Français » (Le Parisien).

Je crains que ce ne soit peine perdue. La proximité ne s’enseigne pas, sauf à devenir totalement artificielle, ce qui serait pire que de se camper sur soi et à partir de soi. Les pratiques de Jacques Chirac ne peuvent pas être authentiquement cultivées par une personnalité qui est aux antipodes, dans ses tréfonds, de ce lien ardent, immédiat, non surjoué qu’il aspire à nouer avec ses concitoyens. Les qualités d’Emmanuel Macron sont exceptionnelles, mais elles ont aussi à payer leur rançon : elles l’ont préparé à tout, lui permettent d’appréhender l’immense palette du pouvoir avec talent et rigueur mais sont incapables de lui fournir ce dont il rêve – le rapprochement immédiat, naturel, simple, à la fois banal et nécessaire avec les Français.

Le Président aura beau faire, prendre tous les cours du monde, questionner ou tenter d’imiter : son être sera structurellement rétif à ce que Jacques Chirac, parce qu’il était lui-même, vivait telle une évidence.

Et que Christian Jacob porte dans ses gènes et son histoire.

Alors, qu’on ne vienne plus mépriser ce dernier, comme par exemple Thierry Solère, mis en examen pour fraude fiscale, s’est autorisé à le faire récemment.

Qu’on n’oublie jamais, pour Christian Jacob comme pour tous les instinctifs de la politique et les soutiens du peuple parce qu’ils en sont, cette pensée d’Albert Camus qui me touche d’autant plus que, modestement, je me mets dans son fil : « Je me sens d’abord solidaire de l’homme de tous les jours » (citée par Pierre-René Lemas).

Belle définition d’une politique vraiment démocratique.

Extrait de : Justice au Singulier

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