Editoriaux - Société - 14 octobre 2019

À quoi sert un père ?

La question est à la mode. Dans la pièce Électre,de Giraudoux, Oreste demande à sa sœur : « Pourquoi hais-tu à ce point notre mère, Électre ? » Et Électre de répondre : « Il me semble que, par elle, je suis entrée dans la vie d’une façon équivoque et que sa maternité n’est qu’une complicité qui nous lie. J’aime tout ce qui, dans ma naissance, revient à mon père. » Certes, Électre hait sa mère parce que celle-ci a tué son père, Agamemnon. Certes, comme Antigone, Électre est « le type de la femme à histoires. » Mais la littérature, par sa bouche, en dit long sur le rôle respectif – fût-il poussé à son paroxysme – de la mère et du père.

Dans un article récent du Figaro, Nicolas Bouzou, essayiste libéral, pense que la PMA pour toutes et la GPA éthique peuvent renforcer « la famille basée sur l’amour ». Et l’essayiste de ressortir le cliché de Badinter sur l’instinct maternel qui serait bien ténu, sans voir que son propos se détruit de lui-même. Si l’instinct maternel n’existait pas « avant », pourquoi l’instinct maternel, technicisé par PMA, existerait-il davantage ? Dans cet article, n’est fait mention que de « l’amour des parents ». Et l’amour de l’enfant ? Croyons-nous que l’enfant aimera une mère qu’il se sentira « obligé » d’aimer puisqu’elle l’aura eu à si grand prix ? On comprend mieux pourquoi le don doit être gratuit et remboursé par la Sécu. Et quand l’enfant recherchera son père ? Quel sentiment éprouvera-t-il pour la « commère » ? Si l’amour ne se commande pas, nul doute que la « vraie mère » étouffera son enfant sous son « amour ». Et que deviendra la monade qu’est le couple lesbien avec le tiers qu’est l’enfant ? Il pulvérisera leur relation.

Si une relation entre une fille et son père est presque toujours réussie, c’est que le père représente l’autre. Rien n’est plus faux que la « complicité » entre mère et fille comme on la voit dans les séries télé : on se prête son rouge à lèvres, ses fringues, on se fait des confidences intimes. La relation entre mère et fils est plus complexe. D’où le rôle, séparateur, du père. Or, jamais la commère ne pourra jouer le rôle de père séparateur. Quant à faire appel à un tiers pour jouer ce rôle… le symbole a bon dos. La réalité, c’est que le droit est pris au piège de la loi naturelle.

La nouvelle religion de l’amour fait sourire. Si la procréation naturelle ne prime pas, que dire de la procréation technologique ? Pour Bouzou, la technologie est neutre. Merci, papa, merci maman. Et notre essayiste de confondre allègrement procréation, parentalité, filiation. « Fonder la famille sur le libre choix et donc sur l’amour est un magnifique projet », écrit-il avec candeur.

Une fois encore, nous avons un train de retard sur Big Brother. L’heure de la PMA pour toutes, c’était il y a vingt ans qu’il fallait la faire. Jean-Louis Touraine est prophétique : l’heure est à l’utérus artificiel. Cela fait un souci en moins.

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