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Coronavirus - Editoriaux - Politique - 2 mai 2020

Aide d’urgence aux petits commerçants en Vendée : le préfet dit non…

Stupida lex, sed lex. Cicéron aurait pu écrire cet aphorisme. Il ne l’a pas fait, mais a trouvé un lointain successeur.

En 2015, sous Hollande, la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) a renforcé les compétences des régions au détriment de celles des départements. À une époque où tout le monde vante la nécessité de la plus grande proximité entre les décideurs et les gens, cette loi est stupide. Son application rigide et mécanique l’est encore davantage.

Devant la bérézina économique actuelle et les drames qu’elle entraîne, le département de la Vendée a prévu un dispositif d’aide d’urgence aux petits commerçants et artisans étranglés et au bord de l’asphyxie. Oh ! ce n’est pas le Pérou, mais un million d’euros, deux millions d’euros, c’est toujours cela. Ce fonds d’urgence a commencé d’être distribué : 523 petits patrons en difficulté se sont partagé 295.000 euros, soit une moyenne de 560 euros par entreprise. La liste d’attente comporte, à aujourd’hui, 1.360 demandes, selon Le Reporter sablais.

« Nom d’un chien ! » rugit le préfet du département, « C’est de l’excès de pouvoir ! Il y a la loi NOTRe ! Et la création d’un fonds d’aide d’urgence n’est pas de la compétence du conseil départemental ! »

Vous imaginez la tête du patron de département, Yves Auvinet, et de son équipe : ils avaient cru bien faire, assister, épauler, être présents, aider, soutenir, faire leur boulot, en somme, avec beaucoup d’efficacité et de compassion. Imaginez la tête de tous les artisans et commerçants qui, les pauvres, à la recherche d’une goulée d’air frais, sont obligés de tendre la main : l’humiliation s’ajoute à la ruine. Imaginez la tête de toute la population de Vendée, ce peuple résistant par nature, qui regarde, sans trop croire à ce qu’il voit, l’autorité suprême maltraiter les leurs. Le préfet, jugulaire, jugulaire jusqu’au bout de sa casquette chamarrée, demande que la délibération du conseil départemental, celle qui créé ce fonds d’aide, soit annulée. Fin de l’histoire ! On ne sait pas encore si les bénéficiaires déjà servis seront appelés à venir, en chemise, pieds nus et la corde au cou, comme les bourgeois de Calais, s’agenouiller devant le représentant de l’État, goguenard, et restituer les sommes fort indûment perçues.

Eh bien, non !

Yves Auvinet entre en résistance. « La crise que nous traversons nécessite une application non pas de la lettre, mais de l’esprit de la loi. » Il ajoute : « Ce qui me fait de la peine, c’est d’être retoqué sur un geste plein d’humanité. On ne peut pas laisser comme ça des gens qui n’ont plus d’argent. » Et il décide, contre l’avis du préfet, de poursuivre sa distribution de viatiques. Et dans la foulée, il en appelle, par courrier, au président de la République.

Déjà, aux temps anciens, les tragédiens grecs nous contaient l’aventure d’Antigone et de sa résistance à l’ordre injuste de Créon, roi de Thèbes. Eh bien, je vais vous faire un aveu : Antigone pourrait être native de Vendée !

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