Affaire Lyhanna : lorsque 100 % des effectifs de gendarmerie étaient engagés ailleurs
Le 19 juin dernier, la mission interministérielle (ministères de la Justice, de l’Intérieur et de l’Éducation nationale) relative au traitement des procédures judiciaires autour de la terrible affaire Lyahanna rendait son prérapport d’inspection au sujet du traitement de la plainte déposée par la mère de la petite Rosa, alors âgée de dix ans, le 18 août 2025, sur le ressort du tribunal judiciaire de Toulouse, du chef de viols sur mineur de quinze ans, à l’encontre de Jérôme Barella. Un rapport, comme le soulignait ici même Aliénor de Pompignan, qui met en lumière des manquements majeurs de notre Justice. Rappelons-le, encore une fois : si la plainte de la maman de la petite Rosa, qui portait des accusations gravissimes à l’encontre de Barella (pas moins d’une cinquantaine de viols), avait été traitée comme il se doit, Lyhanna serait probablement encore en vie.
Le fil inéluctable de la tragédie
En lisant et relisant ce rapport, à travers sa froide rédaction qui convient à ce type de document administratif, on imagine la trame d’un scénario de film tragique dont on connaît la fin funèbre et qui décrit l’enchaînement des faits, des circonstances, des « fautes à pas de chance ». Pratiquement à chaque page, à chaque scène, le lecteur-spectateur se dit « mais là, à ce moment-là, si le substitut de procureur… », « si, au greffe », « si le gendarme, officier de police judiciaire », si… Mais non, la tragédie déroule son fil inéluctable. Le lecteur de BV devrait faire cet exercice : lire ce rapport de 46 pages. Comme l’auteur de ces lignes, il ne comprendra sans doute pas tout, mais il saisira un peu la mécanique judiciaire française dans laquelle, un jour, comme victime, il peut être broyé. Il se posera des questions de simple justiciable, comme l’auteur de ces lignes, notamment celle-ci : comment se fait-il qu’en France, on peut interpeller à son domicile et mettre en garde à vue une personne pour « entrave à la liberté artistique » mais que Jérôme Barella, après la plainte du 18 août 2025, n’a jamais été placé en garde à vue ? Toutes les « bonnes raisons », notamment juridiques, procédurales pour ne pas dire procédurières, sont dans ce rapport. Et cela fait froid dans le dos. Une question « populiste », diront certains.
Les propos « indécents » d'un responsable de la CR
Comme étaient sans doute « populistes » les propos de Lionel Candelon-Bonnemaison, président de la chambre d’agriculture du Gers et responsable syndical de la Coordination rurale, le 4 juin dernier, à l’antenne de Sud Radio : « Je vous garantis que la Justice du Gers, le parquet d'Auch, a des moyens considérables, des moyens lunaires, parce qu'en l'espace de moins d'un an, j'ai fait l'objet de quatre auditions, deux pour des posts Facebook, une pour une manifestation agricole, et j'ai même fait sept heures de garde à vue à Toulouse pour avoir été à pied devant l'aéroport de Blagnac ! »
Et d’enfoncer le clou : « Mais on est où, là ? On est dans quel pays ? Parce que pour les agriculteurs du Gers, le 9 janvier [NDLR : lors des manifestations d’agriculteurs contre les mesures d’abattage systématique de troupeaux pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse], la gendarmerie de Lectoure [NDLR : en charge de l’affaire de la petite Rosa] a eu le dossier pour les prescriptions de la procureur de Auch pour continuer l'enquête sur ce violeur-là. Mais excusez-moi ! La veille, il y avait deux cents gendarmes qui bloquaient toutes les routes du département pour nous empêcher de rejoindre la capitale d'Occitanie, Toulouse, en tracteur ! On n'avait pas d'autres moyens à mettre que sur les agriculteurs ? Franchement ! » Précisons tout de même que sur ces deux cents gendarmes, il y avait évidemment une majorité de gendarmes mobiles qui n’ont pas pour mission de conduire des enquêtes judiciaires.
Le préfet du Gers avait alors vivement réagi : « Les propos tenus par M. Candelon sont totalement inappropriés et je dirais même indécents. Il opère des amalgames entre l'affaire tragique qui frappe le département du Gers et, par ailleurs, des affaires judiciaires qui mettent en cause la Coordination rurale… »
Tous les effectifs contre les agriculteurs
Il n’empêche que... Revenons au rapport du 19 juin.
Page 31 : « Il est à noter, entre le 17 décembre 2025 et le 27 janvier 2026, un fort engagement des militaires du GGD [NDLR : Groupement de gendarmerie départementale] au titre de la gestion de la crise d’ordre public dans le Gers, d’une ampleur et d’une intensité inédites. 100 % de la ressource disponible, y compris sur le ressort de la CGD de Condom, a été engagée durant sept semaines continues, avec une suspension des repos hebdomadaires. Il en résulte un report de traitement de la majorité des procédures administratives et judiciaires dont le stock ne sera majoritairement résorbé qu’en avril 2026. » Sans commentaires.
Page 38 : « Le directeur d’enquête [NDLR : un sous-officier de la gendarmerie de Lectoure, dans le Gers] évoque un fort engagement depuis janvier 2026, avec deux commissions rogatoires à traiter, des procédures de VIF [NDLR : violences intra-familiales] dont il a la charge, des événements opérationnels d’ampleur sur lesquels il a été projeté (blocages routiers et manifestations violentes des agriculteurs, sécurisation d’événement festif)… » Quand toutes les priorités s’amalgament…
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Jusqu’en 2011, les magistrats, syndiqués ou non, étaient assujettis à un contre-pouvoir, respectueux mais efficace, qui les contraignait à dire le droit, de façon synthétique. En 2012, ce contre-pouvoir a sauté.
Les gendarmes sont utilisés surtout pour mater les agriculteurs et sévir pour les délits d’opinions (lire : agir contre ceux qui pensent mal) ; les violences, les viols, les rave-parties qui détruisent tout, ça, c’est secondaire. Quant aux juges, ils sont là pour Le Pen, Sarkozy, les Identitaires, une procession catholique et pour traquer les journalistes de droite.
Une fois que l’émotion sera retombé il sera intéressant de bien s’assurer que les différents corps d’Etat ont intégré les conclusions de ce rapport et que les erreurs ont commencé à être corrigées et les comportements fautifs punis.