Editoriaux - Polémiques - Politique - Société - 25 février 2020

Affaire Griveaux et rejet des élites : la faute à qui ?

Parce qu’un homme politique de premier plan, qui fut porte-parole du pouvoir et dont l’ambition était d’être maire de Paris, a eu un comportement d’adolescent boutonneux un rien pervers et a poussé l’irresponsabilité jusqu’à en fournir la preuve à une correspondante d’occasion, certains exigent de resserrer un peu plus l’espace de liberté que constituent les réseaux sociaux.

Porte-parole de plus en plus allumé de la Macronie méprisante, Barbier s’inquiète du rejet des élites et réclame une répression dans les réseaux sociaux de « l’anomie » des citoyens lambda.

Totalement aveugle, il ne se rend pas compte que c’est le comportement irresponsable de l’élite, et, dans ce cas, celui de Griveaux, qui justifie et alimente le rejet de la caste à laquelle appartient le chien de garde Barbier. « Le rejet des élites, ose-t-il déclarer, est tel que le petit peuple, les sans-culottes, les sans-dents, appelons les comme on veut, considèrent qu’ils ont cette arme-là de pouvoir se déchaîner sur les réseaux sociaux et que cette violence-là est possible. » Cette réaction de classe s’appuie sur un sondage dans lequel un tiers des Français approuvaient la diffusion de la vidéo salace, mais, horreur absolue, 45 % des électeurs de Mélenchon et 47 % de ceux de Mme Le Pen. Le Palais s’inquiète, la cour frémit, la Macronie est en transe : il faut réduire la violence des réseaux sociaux, lutter contre l’ensauvagement de la Toile, écraser la fureur populaire sur le Net comme elle l’a été dans la rue.

Un peu de bon sens renverse aisément l’inquiétude. Celle-ci ne naît pas du comportement du peuple qui se lâche grâce à l’anonymat, d’ailleurs inexistant dans le cas évoqué puisque les auteurs de la diffusion ont été identifiés et sont poursuivis. Elle procède, évidemment, du comportement de l’élite qui a oublié le vieux principe de « noblesse oblige ». On remarquera, d’ailleurs, la continuité sur ce point de la gauche au pouvoir : DSK à l’Élysée sans doute sans ses débordements libidinaux des matins hôteliers, Hollande sur son scooter pour rejoindre sa dulcinée sans être vu des « sans-dents », Macron et les gens qui ne sont rien toujours maintenus à distance, et Griveaux, ancien collaborateur de DSK, plein de mépris, lui aussi, pour « les fumeurs de clopes qui roulent au diesel ».

La justice est sans doute la revendication la plus profonde de tout citoyen digne de ce nom. Elle repose, avant tout, sur un équilibre ou, plutôt, un dosage de l’égalité et de la liberté. L’inégalité sociale est une nécessité, mais il faut qu’elle soit justifiée en proportion des services rendus à la collectivité. Sinon, il ne s’agit plus que de privilèges exorbitants. Lorsque l’élite déchoit, elle perd sa légitimité.

Quand un homme politique n’est pas à la hauteur de sa mission, quand il révèle même des faiblesses que le citoyen « lambda » n’a pas, alors il est légitime que ce dernier se déchaîne, parce que c’est de la trahison de l’élite que naît toujours une révolution.

Or, celle-ci semble prendre un malin plaisir à culpabiliser le peuple, celui du passé qui a participé au « crime contre l’humanité » de la colonisation, selon Macron, celui du présent qui ose protester contre une immigration et un changement de culture qu’on lui impose, celui des jeunes à qui on reproche de ne pas traverser la rue pour travailler. Et l’oligarchie régnante, des palais aux salles de rédaction, en vient à exiger la répression de la liberté, celle des réseaux sociaux, celle du seul espace où les sans-voix peuvent s’exprimer. Et elle ose parler de violence dans le dévoilement d’une vidéo pornographique dont l’auteur, seul, est coupable, alors que la violence, la vraie, celle qui touche les personnes et les biens à travers les viols (+19 %), les vols (+3 %), les agressions (+8 %), atteint des records tandis que la police s’occupe d’autre chose ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », selon Alain Bauer.

La vie « privée » d’un homme public est donc plus importante que la vie d’un « sans-dents » ?

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