Il faut que je l’avoue : les contrôles, les inspections et les demandes d’avis après les actions, même parfois les pires, ne m’inspirent pas une confiance absolue. J’ai comme l’impression qu’ils auront tendance à valider peu ou prou ce qui s’est déroulé. Flattés d’être sollicités, peu enclins aux révisions brutales.

Il est moins épuisant de plaider en faveur d’une normalité vaguement acceptable que de ruer dans les brancards.

Le « Tout va très bien, Madame la marquise » n’est pas loin de constituer une porte de sortie plus reposante et honorable que la dénonciation d’un désastre ou d’anomalies.

Comment ne pas y songer quand, dans une affaire criminelle, un accusé avait été condamné, pour des viols et tentatives de viol, à 18 années de réclusion criminelle avec un suivi socio-judiciaire par une cour d’assises en 2005 ? Au mois de septembre 2020, le même, en état de récidive, était interpellé après avoir commis un viol et un meurtre sur une jeune fille.

Le garde des Sceaux saisissait l’inspection générale des services (IGS) pour qu’elle détermine si le suivi socio-judiciaire s’était bien déroulé. On le savait déjà, puisque le procureur de la République de Nantes avait indiqué qu’il avait été respecté. Ce qui n’avait pas empêché les deux crimes de 2020.

L’IGS concluait dans le même sens que le parquet compétent : rien à signaler, un processus normal.

Son rapport était d’autant moins surprenant qu’en réalité, l’IGS n’avait pas été questionnée sur le seul point d’importance : pourquoi le condamné n’avait-il exécuté que 11 années sur les 18 édictées par la cour d’assises ? On aurait aimé être éclairé sur ce plan.

Le président de la République avait sollicité le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour qu’il vérifie si le parquet national financier avait pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression. Selon Le Monde, « institution indépendante, le CSM apporte un démenti clair à un quelconque interventionnisme dans cette procédure du pouvoir politique ».

J’ai mauvais esprit et ne suis pas totalement convaincu, sans me dissimuler que mes supputations peuvent n’être pas partagées.

Il n’empêche que même dans les pires périodes d’emprise du pouvoir politique, les représentations publiques et apparentes de la Justice ne poussaient pas l’imprudence jusqu’à se montrer ostensiblement transgressives. Derrière l’officiel, il y a l’officieux, la connivence de l’oralité sous l’affichage des rapports écrits, les coulisses derrière la scène. Cet officieux, contre lequel on ne peut rien et qui, n’étant pas détectable, impose une sorte de soupçon justifié par l’expérience et la nature des affaires m’est toujours apparu comme l’inévitable obstacle à une parfaite normalité judiciaire. Il y a ce qui est su et ce qui est tu.

Cette suspicion est d’autant moins infondée qu’il y a eu « 13 remontées d’information vers le ministère de la Justice » entre l’ouverture de l’enquête, le 25 janvier 2017, et celle de l’information judiciaire un mois plus tard. Est-il plausible de considérer que cette surabondance ne se soit pas accompagnée d’échanges discrets et d’orientations suggérées sans que personne (et pour cause) puisse les incriminer ? Alors que les affaires « signalées » sont portées à la connaissance du ministère et que ce dernier ne se contente pas d’être un destinataire neutre, ne serait-il pas curieux que, par exemple, dans le processus judiciaire précipité qui a mis à mal le pouvoir politique d’alors se soit contenté de laisser faire le PNF et le parquet général ?

Je n’y crois pas mais j’ai mauvais esprit.

Ainsi, alors que pour le CSM le parquet a travaillé librement, il demande cependant un procureur plus indépendant.

Tout va très bien, Madame la marquise, ou non ?

Derrière ces demandes d’avis, cette multiplication de saisine des services d’inspection, il y a comme une tranquillité politique : l’assurance que rien ne sera dévastateur et que même si quelques critiques sont formulées, elles ne porteront pas atteinte à un équilibre général.

Imaginons que le CSM ait dit le contraire sur le PNF, l’enquête et François Fillon : quel maelström !

Ai-je mauvais esprit ?

Extrait de : Justice au Singulier

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