Editoriaux - Justice - Politique - Presse - Société - 20 novembre 2017

Abdelhakim Dekhar, stade sénile de l’antiracisme

À 52 ans, , renvoyé aux assises par la cour d’appel de Paris pour récidives de tentative d’assassinat, enlèvement et séquestration, risque la perpétuité. Son procès, qui vient de commencer, s’achèvera le 24 novembre.

En 1994, Dekhar, dit « Toumi », avait été mêlé à la cavale meurtrière de Florence Rey et Audry Maupin, deux sympathisants de l’ultra-gauche, à qui il avait fourni le fusil à pompe utilisé pour attaquer une préfourrière, à Pantin ; Dekkar avait servi de guet, avant que les deux criminels, fuyant dans Paris, ne tuent trois policiers et un chauffeur de taxi. En 1998, Dekhar avait finalement été condamné à quatre ans de prison pour « association de malfaiteurs ».

Le 15 novembre 2013, il pénétrait, armé d’un fusil à pompe (encore), dans le hall de BFM-TV, où il avait menacé Philippe Antoine, le rédacteur en chef de la chaîne. La prochaine fois, je vous louperai pas”, avait-il lancé. Trois jours plus tard, c’est à Libération qu’il faisait irruption, faisant feu sur un assistant photographe et le blessant grièvement à la poitrine, avant de fuir et de tirer, sur le parvis de la Défense, en direction de deux employées de la Société générale, puis de fuir à nouveau en prenant en otage un automobiliste. On le retrouva finalement, groggy, à l’arrière d’une voiture, à Bois-Colombes : il avait tenté de se suicider en avalant des médicaments.

Les motivations de Dekhar sont, encore aujourd’hui, à la faveur de ce procès devant la cour d’assises, inexplicablement présentées dans la presse comme “floues” et “incohérentes”. Elles sont très claires, au contraire. Ses attaques contre des journalistes, Dekhar les présentait comme un “acte politique” : il s’agissait, à l’en croire, de secouer l’opinion publique à propos des “bourgeois”, des “faiseurs de pognon” et du capitalisme “par essence fasciste”, en tuant des propagandistes, d’“infâmes journaputes”, “payés pour faire avaler des mensonges”. Davantage, il voulait mettre en lumière, lui qui se compare à Mandela, les “conditions des gens de [son] origine et la politique menée à leur encontre”, et “la gestion des banlieues”, cette “entreprise […] d’élimination soft de type génocide”.

La pathologie antifa est ici à son dernier degré : Dekhar ramène à ses délires ségrégationnistes tout ce qui n’est pas lui, et sa prétendue condition de victime. Il s’est tellement pris pour un martyr qu’il a voulu tuer des innocents pour dénoncer un apartheid qui n’existe que dans ses divagations paranoïaques. Mieux encore : n’ayant aucun nazi à mettre en joue, il a tourné son fusil à pompe vers des journalistes qui, dans leur immense majorité, n’ont jamais cessé – comble de l’oxymore ironique – d’être les servants de dangereux crétins comme lui, dont ils ont alimenté la paranoïa, à qui ils ont complaisamment tendu le miroir de l’illusion victimaire, le poussant à croire qu’il vivait sous le régime de Pieter Botha. En essayant de tuer des journalistes, Dekhar a tenté de tuer sa névrose : il représente, à cet égard, le stade sénile, ultime et pathologique de l’antiracisme.

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