Casimir ne mangera plus jamais de gloubi-boulga
Personne, ou presque, ne connaissait Yves Brunier, arraché à notre affection ce 4 septembre. Il avait 85 ans. En revanche, un de ses costumes faisait partie de l’imaginaire collectif, celui de Casimir, le dinosaure ventru de L’Île aux enfants, qui enchanta les mouflets, de 1974 à 1982, soit près de mille épisodes au compteur.
Yves Brunier était un autre enfant, celui de l’Histoire. Sa mère, Suzanne Brunier, fut membre de premier plan d’Alliance, le réseau de résistance fondé par Georges Loustaunau-Lacau, puis dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, patriote de la première heure et campant politiquement à la droite de la droite, dira-t-on, en forme de litote. La carrière du père de Casimir fut autrement moins aventureuse, puisque exerçant le métier de marionnettiste. Notons qu’il excelle en la matière, le spectacle monté avec Philippe Genty, son confrère, lui vaut le prix du Festival international de la marionnette, à Bucarest, dans les années soixante. Un trophée qui lui ouvre les portes du Casino de Paris, en 1967, et celles de son homologue de Las Vegas, trois ans plus tard. En 1974, Christophe Izard, chargé des programmes pour la jeunesse de l’ORTF, lui propose de créer un « monstre gentil » pour son émission plus haut citée, L’Île aux enfants.
Et voilà donc Casimir, tout d’abord nommé Plocus, prêt pour la course, casaque orange à pois rouge et jaune, affichant 157 centimètres de tour de taille, le tout dans un costume de dix kilos de mousse et de tissu jersey qu’Yves Brunier doit quotidiennement enfiler. Il y fait une telle chaleur de bête que l’infortuné doit le retirer tous les quarts d’heure, histoire de retrouver un brin de fraîcheur.
Une cuisine digne de celle de Gaston Lagaffe…
En revanche, nul ne sait si le père de Casimir partageait les repas de sa créature. Car enfin, le gloubi-boulga, il faut quand même le manger pour y croire, s’agissant d’un mélange de confiture de fraises, de bananes écrasées, de chocolat râpé, mélangé à de la moutarde et de la saucisse. Voilà qui vaut bien les recettes de Gaston Lagaffe, dont celle de sa fameuse morue aux fraises.
Aujourd’hui, le gloubi-boulga est devenu un terme courant, parfois utilisé à propos du langage trop indigeste de certains politiciens. Casimir, lui au moins, causait mieux et avait le verbe tendre. Il lui arrivait parfois de faire des bêtises, mais seulement celles que son jeune public rêver de perpétrer en cachette des parents.
Après la fin de L’Île aux enfants, Yves Brunier reprend du service avec Le Village dans les nuages, où il crée la famille des Zabars, avec Paltok, Kalamine, Patanok, Nouka, Tirok, Biribok et Lilika. Puis, il y aura Coloquinte et Potiron, Brok et Chnok. C’était bon enfant, c’était avant l’arrivée en masse des japoniaiseries animées du Club Dorothée.
Il passera ensuite à d’autres marionnettes, celles du Bébête Show de Stéphane Collaro. Comme quoi il serait injuste de résumer la longue carrière d’Yves Brunier au seul Casimir.
Le père de Groquik et Footix
Et puis, il y a toutes ces autres créatures plus ou moins pelucheuses, dont on ignore souvent qu’il fut le père. Le lion du Crédit lyonnais, le tigre d’Esso et des céréales Frosties. Le plus célèbre ? Groquik, étendard de la poudre chocolatée Nesquik, né en 1978. Lequel est fortuitement, après douze longues années de bons et loyaux services, remercié parce que trop bien portant. On ne parle pas encore de « grossophobie » ; on aurait dû. En effet, il est remplacé par un stupide lapin, prénommé Quicky. Aussitôt, des citoyens indignés mettent en place une ligue de défense de Groquik, dont l’un des membres les plus actifs se fera plus tard connaître en tant que conseiller régional FN des Pays de la Loire. Son coup d’éclat d’alors ? Avoir réussi à obtenir la signature du musicien Jacno, l’un des pères du punk français avec les Stinky Toys, et dont le tube Rectangle avait été choisi par Nestlé pour illustrer les aventures de sa mascotte ventrue. Il est vrai que Jacno était de longue date connu pour ne pas manquer d’humour ! Et notre agitateur de nous confier : « C’est de bon cœur et dans un grand éclat de rire qu’il avait signé notre pétition. Logique, pour quelqu’un dont l’un des plus grands tubes, Le Sport, commençait ainsi : "Le sport, c’est de la merde. Le sport peut entraîner une mort lente et douloureuse. Le sport crée une forte dépendance. Ne commencez pas !" Jacno n’était pas de l’espèce hygiéniste. Aujourd’hui, il nous manque, et Groquik aussi… »
L’hommage de Laurent Gerra…
Il faut néanmoins attendre 1998 et la Coupe du monde de football pour qu’une des créatures d’Yves Brunier puisse rivaliser avec Casimir en termes de notoriété. Ce sera donc Footix, la mascotte gagnante de nos champions, mais qui ne parviendra jamais à prendre la place du dinosaure orange dans le cœur de ces enfants aujourd’hui devenus grands. La preuve en est que Laurent Gerra, peut-être le plus turbulent d’entre eux, lui rendait hommage, au lendemain de la mort de son père, ce mercredi 9 septembre. Vous reprendrez bien un verre de gloubi-boulga, en hommage à Yves Brunier. C'est la tournée de Casimir…
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3 commentaires
Le gloubi-boulga, nous le supportons depuis 81, avec ces partis qui détruisent notre pays, nos coutumes, notre histoire, cette potion amère , ils veulent continuer de nous la faire ingurgiter avec leurs réformes qui touchent toujours les mêmes, ceux qui se lèvent, qui se sont levés pour donner à ceux qui refusent de se remuer et d’autres qui s’invitent chez nous, sans demander notre avis et à qui ces gouvernements, offrent la gratuité pour tout, en déshabillant le petit Nicolas, ses enfants et ses parents. .
Merci Monsieur Brunier et merci Casimir. Je continuerai à chanter « l’île aux enfants » avec les petits. Faites un beau pays joyeux Là Haut.
c’était toute mon enfance ; bon voyage Casimir au pays des rêves et n’oublie pas ton gloubiboulga.