[ÉDITO] Ma tapisserie est décousue, si ça continue…

Abîmée, la tapisserie de Bayeux ? Qu’importe, Emmanuel Macron s’est tressé une couronne de laurier.
Compte X © Elysée
Compte X © Elysée

La Tapisserie de Bayeux est arrivée à Londres et l’exposition qui lui est consacrée a ouvert. L’occasion pour Emmanuel Macron de s’adonner à ce qu’il aime – et en quoi il excelle – : parader, parler, faire le charmeur – qui plus est au British Museum, devant Charles III et le premier ministre Andy Burnham ! Et in english, please !

Emmanuel Macron a commencé par remercier tous ceux qui ont rendu le déplacement possible, dont des conservateurs et experts qui ont pris sur eux d’aller à l’encontre des préconisations antérieures pour plaire au président. C’est humain… Avec un sourire narquois, il a admis qu’il a fallu « faire preuve d’un peu de patience » – comprenez : face aux empêcheurs de tourner en rond. Et, de narquois devenant cynique, il a concédé : « Mais après tout, on ne déplace pas à la légère une œuvre d’art âgée de presque mille ans. »

« Quelques ruptures de fibres »

Enfoncés, les amoureux du patrimoine qui, se basant sur les expertises passées, disaient qu’il ne fallait pas expédier outre-Manche l’œuvre trop fragile pour voyager ? Réduits au silence, les mauvais coucheurs ? En apparence seulement. « D’après les restaurateurs qui ont réalisé le constat d’état après le trajet, écrit Le Monde, aucun dégât majeur n’est à déplorer, malgré quelques ruptures de fibres ». « Quelques ruptures de fibres » ? On ne chantera plus « mon pantalon est décousu », mais plutôt : « mon pantalon a quelques ruptures de fibres ».

Avec la grande culture du secret qu’affectionne l’Administration en cas d’incident, le ministère de la Culture refuse de communiquer ces « constats d’état » au média de référence qu’est La Tribune de l’Art. On ignore donc les dégâts précis qu’a provoqués le transport. C’est que cette histoire de fibres rompues contredit l’enthousiasme de la ministre, Catherine Pégard, qui avait affirmé en juillet dernier qu’à son arrivée à Londres la tapisserie était « en très bon état ». Sans doute n’y avait-elle pas regardé de très près.

Son petit côté Trump

« L’année dernière, lors de ma visite d’État, a continué le président, j’avais dit que la tapisserie serait ici en septembre 2026. Et aujourd’hui, la voici. Au British Museum. » Que les Anglais se le tiennent pour dit, la volonté du président français ne connaît aucun obstacle. Non content de relever Notre-Dame de Paris en cinq ans malgré l’énormité du chantier, il vainc tous les experts patrimoniaux qui se présentent sur son chemin, ceux qui sont contre les vitraux de Claire Tabouret à Notre-Dame comme ceux qui sont contre le déplacement de la Tapisserie de Bayeux. Leurs connaissances, leurs avis éclairés ? Il s’assoit dessus et s’en félicite. C’est son petit côté Trump – dans ce que Trump a de moins sympathique.

Un bémol tout de même : le démenti à propos de la construction d’un parc Dragon Ball en région parisienne, que l’on a appris ce 3 septembre, vient gâcher le bonheur sans mélange de Macron. Dans son esprit, Dragon Ball, c’est autant de la culture que la tapisserie de Bayeux, mais c’est de la culture qu’il comprend car elle est quantifiable et monnayable (six millions d’euros, saoudiens qui plus est). Cette déconvenue atteindra davantage son ego que quelques fibres rompues dans une broderie millénaire dont il n'a que faire.

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Samuel Martin
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