[TRIBUNE] Voile islamique : face à la doctrine du « trop tard », Marine Le Pen choisit d’agir

En 2027, les Français auront aussi à choisir s'ils veulent ou non encore subir ce qu'on leur dit irréversible.
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Il est des phrases qui résument à elles seules plusieurs décennies d’impuissance politique. Interrogé sur la volonté de Marine Le Pen d’interdire le voile islamique dans l’espace public, Jean-François Copé vient d’en prononcer une : il serait désormais « trop tard ». Deux mots qui pourraient presque servir d’épitaphe à quarante années de renoncements. Trop tard pour maîtriser l’immigration après avoir laissé les flux s’installer, trop tard pour combattre le communautarisme après l’avoir laissé prospérer, trop tard pour restaurer l’autorité après avoir accepté son affaiblissement et, aujourd’hui, trop tard pour fixer des limites à la progression du voile islamique dans l’espace public.

Cette doctrine du « trop tard » est probablement l’une des maladies les plus profondes de la politique française. Sur l’immigration, l’insécurité, la désindustrialisation ou la progression de l’islamisme, le mécanisme est presque toujours identique. Lorsque le phénomène apparaît, ceux qui alertent exagéreraient. Lorsqu’il progresse, ils dramatiseraient. Lorsqu’il devient impossible à nier, il serait désormais trop tard pour agir. Ainsi fonctionne, depuis des décennies, la fabrique française de l’impuissance : nier les problèmes lorsqu’il est encore temps de les résoudre, puis invoquer leur ampleur lorsqu’ils sont devenus trop graves pour continuer à les nier. Entre le déni d’hier et la résignation d’aujourd’hui, il n’existerait donc jamais de moment pour agir.

C’est précisément cette fatalité que Marine Le Pen refuse. Sur le voile islamique comme sur l’immigration, sa position n’est ni une improvisation électorale ni la conséquence d’un changement d’opinion. Elle est le fruit d’un diagnostic ancien, constamment assumé malgré les caricatures et les procès en radicalité. Là où tant d’autres adaptent leurs convictions à l’air du temps, elle a choisi depuis longtemps de regarder les transformations du pays telles qu’elles sont et, désormais, de préparer les moyens d’agir.

L’actualité offre, à cet égard, un contraste saisissant. Jean-Luc Mélenchon, qui qualifiait autrefois le voile de « signe de soumission patriarcale » et parlait encore d’un « chiffon sur la tête », considère désormais cette ancienne position comme une « erreur terrible » et revendique son changement d’avis. Jean-François Copé estime, quant à lui, qu’il serait trop tard pour appliquer l’interdiction défendue par Marine Le Pen. L’un renie ce qu’il défendait hier ; l’autre transforme les conséquences de l’inaction passée en justification de l’inaction future. Pendant ce temps, Marine Le Pen maintient la ligne qu’elle défend depuis des années.

Et contrairement à ce que voudraient laisser croire ceux qui continuent à présenter cette position comme marginale, c’est le pays, qui a profondément évolué. Selon l’enquête CSA publiée pour le JDD, CNews et Europe 1, 60 % des Français se déclarent favorables à l’interdiction du voile islamique dans l’espace public et 53 % approuvent le principe d’une amende sanctionnant son port. Ce résultat révèle le décalage grandissant entre une partie de la classe politique et le pays réel.

Trop tard pour agir ? Vraiment ?

Pendant des années, les Français qui exprimaient leurs inquiétudes sur l’immigration, l’islamisme ou le communautarisme étaient accusés d’exagérer ou de dramatiser. Aujourd’hui que leurs préoccupations sont devenues majoritaires, on ne peut décemment leur répondre qu’il serait trop tard pour agir. Ce serait expliquer à ceux qui avaient vu juste trop tôt qu’ils devraient désormais renoncer parce que ceux qui avaient refusé de les entendre ont attendu trop longtemps.

Car la question du voile dépasse largement celle d’un vêtement. Toutes les femmes qui le portent ne sont évidemment pas des militantes islamistes et les motivations individuelles sont diverses, mais cette évidence ne doit pas servir de prétexte à une autre forme d’aveuglement. Le voile islamique ne peut être considéré comme politiquement neutre, dès lors que l’islamisme lui-même en a fait l’un des marqueurs visibles de son projet de société. Refuser d’interroger cette dimension reviendrait à ignorer la bataille culturelle et idéologique menée sur le terrain des mœurs, du rapport entre les sexes et de la place du religieux dans la société.

L’islamisme ne se manifeste pas uniquement par la violence ou le terrorisme. Il est d’abord un projet politique et idéologique qui entend faire prévaloir des prescriptions religieuses sur les règles de la société. Il progresse aussi lorsque s’installent des normes communautaires, lorsque la mixité est contestée, lorsque certains enseignements deviennent la cible de pressions, lorsque des femmes voient leur comportement dicté par leur entourage ou lorsque l’assimilation recule au profit d’identités concurrentes de l’identité nationale. Dans cette stratégie, le voile peut devenir bien davantage qu’une pratique religieuse individuelle : l’un des marqueurs visibles d’une volonté de séparation progressive avec notre modèle de société.

Refuser cette évolution ne signifie ni combattre une religion ni désigner les musulmans comme des adversaires. Notre adversaire est l’islamisme, parce qu’il porte un projet politique incompatible avec notre conception de la nation, de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la primauté de la loi commune. La France doit garantir à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire sans accepter que, sous couvert de religion, une idéologie puisse imposer ses propres normes à la société.

Il existe, d’ailleurs, une étrange inversion des valeurs lorsque, au moment même où des femmes affrontent ailleurs dans le monde la répression pour conquérir le droit de retirer leur voile, une partie de la gauche française en vient à considérer comme une faute le fait d’avoir autrefois interrogé sa signification. Que certaines femmes choisissent librement de le porter est une réalité ; que d’autres subissent des pressions familiales, sociales ou religieuses en est une autre. Reconnaître la première ne doit jamais nous condamner à détourner les yeux de la seconde.

Face à l’islamisme, la doctrine du « trop tard » est d’autant plus dangereuse qu’elle consiste à attendre que chaque recul soit suffisamment installé pour le déclarer irréversible. Marine Le Pen défend exactement la logique inverse : fixer les limites avant que leur franchissement ne devienne la nouvelle norme. C’est pourquoi le débat sur le voile pose une question politique fondamentale : jusqu’où voulons-nous laisser progresser, dans l’espace public, des normes et des marqueurs qui accompagnent la communautarisation de notre société ? Et, derrière cette première interrogation, une autre apparaît : qui doit avoir le dernier mot lorsqu’il s’agit de déterminer les règles essentielles de la vie de la nation ?

Les adversaires de l’interdiction disposent désormais d’un argument qu’ils pensent définitif : le droit. Une telle mesure se heurterait effectivement à des obstacles constitutionnels et conventionnels sérieux. La liberté de conscience et celle de manifester sa religion bénéficient de protections juridiques fortes, et une interdiction générale du voile dans l’espace public susciterait nécessairement une bataille juridique. Faire semblant de l’ignorer ne serait ni sérieux ni responsable.

Mais c’est précisément ici que se mesure la crédibilité d’un projet de gouvernement. Les mêmes responsables qui ont laissé les problèmes s’accumuler ne peuvent transformer les contraintes juridiques en interdiction définitive d’agir. Gouverner ne consiste pas à découvrir les obstacles, une fois élu, pour expliquer pourquoi ses promesses ne pourront être tenues. Gouverner consiste à les identifier avant l’élection, à préparer les instruments permettant de les affronter et à obtenir du peuple la légitimité nécessaire pour engager les transformations promises. C’est toute la différence entre conquérir le pouvoir et s’être réellement préparé à l’exercer.

Sur ce terrain, encore, Marine Le Pen ne part pas d’une page blanche. Dès 2021, elle présentait un projet référendaire complet sur l’immigration destiné à être soumis directement aux Français après son accession au pouvoir. Maîtrise des flux migratoires, asile, priorité nationale : derrière ces dispositions se trouve une conviction constante selon laquelle les décisions fondamentales qui engagent l’avenir du peuple français doivent pouvoir lui être directement soumises.

Cette préparation est essentielle, car l’alternance de 2027 ne pourra ressembler à celles qui l’ont précédée. Les Français ont trop souvent entendu des candidats promettre de maîtriser l’immigration, de restaurer l’autorité ou de combattre le communautarisme avant de les voir, une fois élus, découvrir opportunément les contraintes européennes, constitutionnelles ou administratives qu’ils connaissaient pourtant parfaitement. Le sérieux consiste précisément à ne pas attendre le lendemain de l’élection pour réfléchir aux moyens de tenir les engagements pris devant les électeurs.

Le référendum n’est donc pas un artifice destiné à contourner la démocratie ; il en constitue l’expression la plus directe. Et c’est là que le débat actuel sur le voile rejoint une question infiniment plus vaste : la France est-elle encore politiquement souveraine lorsqu’une majorité de Français souhaite une orientation mais qu’on lui explique par avance qu’elle ne pourra jamais être mise en œuvre ? Nous ne prétendons pas que les obstacles disparaîtront par la seule force d’une élection. Certains affrontements juridiques seront difficiles, certaines réformes exigeront de revoir notre droit et certaines nécessiteront de rendre directement la parole aux Français. C’est précisément parce que nous le savons que nous devons nous y préparer.

Voilà ce que devra signifier l’alternance de 2027 : non pas une énième loi sur l’immigration destinée à être détricotée quelques mois plus tard, ni un nouveau discours martial prononcé après chaque crise avant le retour aux habitudes anciennes, mais une rupture préparée, juridiquement travaillée, démocratiquement légitimée et politiquement assumée. L’efficacité politique ne consiste pas à promettre que tout sera facile ; elle consiste à avoir suffisamment travaillé pour savoir comment agir dès le premier jour.

La légitimité de Marine Le Pen

Marine Le Pen possède, sur ces sujets, une légitimité particulière parce qu’elle n’a pas attendu qu’ils deviennent majoritaires pour les défendre. Elle n’a pas découvert l’immigration à l’approche de 2027, le communautarisme lorsque les enquêtes d’opinion ont commencé à inquiéter les états-majors, ni le voile islamique lorsque six Français sur dix ont commencé à souhaiter son interdiction dans l’espace public. La constance n’est pas de l’entêtement lorsqu’elle rencontre le réel : elle devient de la lucidité. Et lorsque cette lucidité s’accompagne de préparation, elle peut enfin devenir de l’efficacité.

C’est désormais tout l’enjeu. Après des années passées à alerter vient le temps de préparer l’action, et 2027 ne devra pas seulement constituer une alternance électorale. Ce devra être le moment où une volonté politique longuement mûrie rencontrera enfin les moyens de l’État et la légitimité du suffrage populaire. Le référendum sur l’immigration devra participer de cette volonté de sortir des demi-mesures, de remettre à plat notre politique migratoire et de rendre aux Français la possibilité de décider eux-mêmes des règles fondamentales qui détermineront l’avenir de leur pays.

À ceux qui expliqueront encore qu’il est trop tard, nous opposerons la volonté d’agir ; à ceux qui auront changé de conviction au gré des époques, nous opposerons la constance ; à ceux qui invoqueront chaque difficulté pour justifier l’immobilisme, nous opposerons le travail, la préparation et la souveraineté populaire. Car gouverner ne consiste pas à expliquer aux Français pourquoi rien ne peut changer. Gouverner, c’est préparer sérieusement les conditions pour que ce qu’ils ont démocratiquement choisi puisse enfin devenir réalité.

C’est finalement ce que révèle, bien au-delà du voile islamique, la polémique de ces derniers jours. D’un côté se trouve une classe politique qui oscille depuis des décennies entre le déni, le revirement et la résignation. De l’autre, Marine Le Pen porte une ligne constante, une volonté assumée et un projet préparé pour exercer le pouvoir. En 2027, les Français n’auront pas seulement à choisir qui gouvernera la France. Ils auront à décider si notre pays doit continuer à subir ce que ses dirigeants déclarent irréversible ou s’il est encore capable de reprendre la maîtrise de son destin.

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Julien Leonardelli
Député français au Parlement européen et conseiller régional d'Occitanie

Vos commentaires

56 commentaires

  1. c’est la seule solution pour que la France retrouve son honneur. quelques mesures à ajouter si ce ‘est déjà fait : supprimer le regroupement familial ; supprimer la nationalité française obtenue par le droit du sol, pour les délinquants condamnés en correctionnelle ou aux assises ; ne délivrer un visa d’entrée en France qu’en échange de la reprise d’un OQTF.

  2. Quant à Marine , elle fait inconsciemment du traditionnel blablabla Macron avec le toujours mauvais  » en même temps  » , explication : Il faut interdire le voile dans l’espace public et en même temps dit ,prétend que l’Islam est compatible avec la République ,elle n’est pas crédible , et comment peut-elle être candidate au poste suprême avec de telles lacunes

    Alain Proviste

  3. Depuis le temps , mieux vaut se méfier et faire attention aux élucubrations du sieur Coppé ,( bien qu’il LR ou justement ) c’est sûr qu’en grand chantre et défenseur ,promoteur des éoliennes , beaucoup de vent , sans doute adapté et sensible à la direction des vents , sans doute a-t-il peu évolué ,toujours « girouette  » .
    Alain Proviste

  4. Les droitards mous :, Retailleau, Lisnard, Zemmour ; les centristes : Philippe, Attal, sont raccords sur le voile islamique : on ne peut rien faire; c’est trop tard; la police à autre chose à faire; il y a plus grave que le voile.Etc. seul le RN se bat réellement contre la montée de l’islamisme en France.

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