[SATIRE À VUE] Dans les coulisses de la restauration sur Caddie

Le « street bbq », dernière mode importée de New York ? Plutôt une dérive urbaine tiers-mondisante.
Capture d'écran Pascal Sellem.
Capture d'écran Pascal Sellem.

La restauration aux abords des gares de banlieue parisienne se tiers-mondise. Saint-Denis en est l'exemple choisi par Le Parisien. La rédaction dépêche un enquêteur sur les lieux du drame. Il faut y voir clair dans cette formule offrant aux usagers une cuisson sur Caddie™ de supermarché. Qualité des roulettes, viande label rouge ou vert foncé, état de santé de la clientèle : un tour complet de l'activité va mettre l'eau à la bouche des lecteurs toujours en quête de bons tuyaux.

Un euro le pic métallique enrobé de 25 à 30 grammes de viande. La sélection rigoureuse de l'acier ne permet pas de vendre à moindre prix. Sur l'origine de la viande, les professionnels locaux de la denrée comestible furent interrogés. Jamais cuisinier ambulant ne franchit la porte d'une boutique. Gardant jalousement leur savoir-faire, les vendeurs furent « difficiles à approcher ». Le plus avenant consent à livrer le secret de ce fumet inimitable : « Je vais à la boucherie en bas de la rue. » Contredit par le commerçant en question, le marmiton s'éloigne dans un nuage de fumée rappelant les explications sur la provenance de la marchandise. « Des conditions d'hygiène qui interrogent », observe l'envoyé spécial. Constat sidérant, attendu l'espoir du Parisien de trouver un chariot répertorié par le guide Michelin.

Sur le terrain, des petites mains ravitaillent les points de vente dans un ballet faits de sauts et d'entrechats. Ces derniers ne figurant pas au menu, l'envoyé spécial fait l'emplette d'une grillade ordinaire qu'il se garde de consommer. La chose est observée, pesée et son bénéfice net évalué. Calcul du coût des ingrédients, amortissement du Caddie™ : le résultat tombe sur le smartphone du comptable : 51 centimes. « Je gagne entre 30 et 40 euros par jour », avoue un grilladin. Tandis qu'au loin deux zébus broutent paisiblement le parterre de fleurs mis à disposition par la mairie, l'enquêteur pris d'hallucination poursuit son lent travail d'investigation. De toute évidence, cette « pratique courante dans différents pays de l'Afrique de l'Ouest » rencontre sa clientèle. Une consommatrice « née en France de parents maliens » déclare avoir un jour tenté l'aventure. L'addiction fut immédiate. Le « made in Caddie™ » avait triomphé du cône de kebab battu par les vents de dioxyde de carbone. En  d'autres bourgades, des tenanciers de restaurants fermés pour manquement aux règles de conservation rôdent dans les déchetteries. Une vieille poussette, une tringle à rideau. Tout objet peut se révéler porteur de réponse à une forte demande.

La préfecture de Paris fut sollicitée « pour avoir des détails sur cette économie parallèle ».  Aucune voix ne se fit entendre. Aucune trace de vie en ces lieux. « En auraient-ils mangé ? » La question hante la rédaction du quotidien.

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Jany Leroy
Chroniqueur à BVoltaire, auteur pour la télévision (Stéphane Collaro, Bêbête show, Jean-Luc Delarue...)

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Encore un signe que la France se tiers-mondise : appauvrissement (dette publique, inflation, baisse des revenus, SDF et squatters en augmentation), régression des services publics, désindustrialisation et affaiblissement de notre agriculture, fuite des cerveaux, délinquance, aucune autorité de l’État qui se laisse déborder de tous les côtés …

  2. C’est bon comme là-bas dit! Bonjour l’hygiène, bonjour la concurrence déloyale pour un euro soit tu as la carte vitale ou AME ou CMU pour te faire soigner pour dégradations intestinales. La France se frankistanise en pays du tiers monde. Comment les pouvoirs publics payés avec nos impôts peuvent un tel laisser aller ?

  3. Autant j’ai adoré votre prose, mais le descriptif m’a un peu coupé l’appétit je dois dire , avec au bout de l’aventure une bonne salmonelle ou un E Coli
    J’avais vu une vidéo de vendeur de crêpes, qui lavaient leurs ustensiles dans la Seine avant le pseudo nettoyage pour les JO, sans compter le récipient de la pâte à crêpe qui trainait on ne sait où
    Si vous voulez aussi de l’exotisme à vos risques et périls, pour les parisiens ou franciliens, vous avez le quartier Château rouge, dans le 18ème, là , la viande venant de je ne sais où est déposée non pas dans une chambre froide mais par tous les temps, à même le sol dans des bassines , je ne vous parlerai pas de la couleur de la viande…..

  4. Quand à l’étranger on parle de la France, en général et indirectement, on fait référence à sa culture culinaire !
    Culture vantée et enviée dans le monde entier, dont Lyon est la capitale !
    Tout ça pour en arriver là la « malbouffe », l’empoisonnement sur roulettes d’importation illégale !
    Moi qui à Londres et qui passe pour un cordon bleu, mes amis britanniques ou d’ailleurs seraient aussi malade que moi ce matin à la lecture de cet article, comme une envie folle de vomir !

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