Les vestiges enfouis de la Marine de Napoléon

Quelques fragments arrachés aux abysses révèlent l’ampleur et le prix du rêve d’une France maîtresse des océans.
Par George Arnald — 1. National Maritime Museum2. Royal Museums Greenwich, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2696347
Par George Arnald — 1. National Maritime Museum2. Royal Museums Greenwich, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2696347

Sous les eaux du littoral héraultais, un simple morceau de bois enseveli dans le sable depuis plus de deux siècles a suffi pour conduire les archéologues sur les traces d’une bataille oubliée du règne de Napoléon. En effet, ce fragment de notre passé pourrait être le vestige de l’un des deux navires, le Robuste et le Lion, sabordés au large des côtes en 1809 pour ne pas tomber aux mains des Anglais, au cours de ce début de XIXe siècle où la France et la Grande-Bretagne se livraient une lutte acharnée pour la domination de l’Europe, aussi bien sur terre que sur mer.

Une découverte au terme d’une campagne difficile

Cette aventure archéologique commence bien avant cet été. En effet, depuis 2018, des anomalies avaient été repérées au large de Frontignan, dans l’Hérault. En 2025, la section locale de recherches archéologiques et subaquatiques a ainsi entrepris de les examiner. Cependant, les conditions météorologiques ont rendu les opérations particulièrement difficiles. La campagne de 2026 n’a guère été plus fructueuse : sur vingt et un jours, huit ont été perdus en raison du mauvais temps. Les archéologues finissent néanmoins par dégager, sous les sédiments, une structure de bois longue de 5,2 mètres et large d’environ 60 centimètres. Les premiers examens amènent à de rapides hypothèses. « En lien avec le DRASSM [Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines], on a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une épave napoléonienne », explique Laurence Serra, archéologue professionnelle chargée d’encadrer les fouilles.

La découverte pourrait ainsi correspondre à une partie du Robuste ou du Lion, deux vaisseaux de ligne sabordés au large des Aresquiers en 1809. Pour lever les dernières incertitudes, le bois doit désormais être étudié dans un laboratoire suisse spécialisé en dendrochronologie afin de déterminer son âge et, peut-être, apporter de nouveaux éléments permettant d’identifier précisément lequel des deux navires a livré ce fragment. Depuis plusieurs années, divers éléments, des canons ou des morceaux d’épaves ont été retrouvés, chaque élément permettant d’en savoir plus sur ces deux bâtiments.

Le Robuste et le Lion, sacrifiés face aux Anglais

Pour mieux comprendre la valeur de ce morceau de bois, il nous faut remonter au mois d’octobre 1809. Depuis plusieurs années, la guerre oppose l’Empire à la Grande-Bretagne. Sur mer, cependant, le rapport de force est largement défavorable à Napoléon. Malgré cela, un convoi français, composé de 19 navires marchands et de deux gabares, doit quitter Toulon pour ravitailler les troupes engagées en Espagne. Ce convoi est placé sous la protection de plusieurs bâtiments militaires, parmi lesquels le Robuste, vaisseau de 80 canons, et le Lion, vaisseau de 74 canons. Malheureusement, les Britanniques donnent la chasse au convoi. Les bâtiments français se rapprochent alors dangereusement du littoral et cherchent à gagner Sète.

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 1809, les quilles du Robuste et du Lion commencent à frotter les hauts-fonds, tandis que les navires britanniques se rapprochent. Le contre-amiral Baudin prend alors une décision terrible. Plutôt que de laisser ces puissants vaisseaux de guerre tomber aux mains de l’ennemi, il ordonne leur sabordage. Après le débarquement des équipages, Baudin ordonne la mise à feu de la Sainte-Barbe. L’explosion est alors entendue jusqu’à Montpellier et même Nîmes et fait voler en éclats les deux navires sacrifiés.

Reconstruire la puissance maritime française

Cette histoire raconte également une ambition beaucoup plus vaste de l’Empereur. Lorsque ce dernier prend le pouvoir en tant que Premier consul à la faveur du coup d’État du 18 brumaire en 1799, le Consulat se retrouve l’héritier d’une Marine profondément désorganisée par la Révolution, cette dernière ayant ruiné les efforts entrepris sous Louis XVI pour reconstruire la puissance navale française. Bonaparte s’intéresse alors aux arsenaux et à la construction des navires. L’objectif est considérable : reconstruire une flotte capable de rivaliser avec celle de la Grande-Bretagne et, à terme, de la conquérir.

Cependant, la défaite de Trafalgar vient briser ce rêve. Après la catastrophe navale de 1805, Napoléon change de stratégie. Puisqu’il ne peut vaincre l’Angleterre sur mer, il entend la vaincre sur le continent en l’étouffant économiquement grâce au blocus continental. « Je veux conquérir la mer par la puissance de la terre », déclare ainsi Napoléon. Cette nouvelle politique ne signifie pourtant pas l’abandon de la Marine. Bien au contraire. Les arsenaux continuent de produire. Après Trafalgar, la France ne dispose que de 35 vaisseaux ; en 1810, elle en possède 55 et en a 25 autres en attente sur cale. L’effort naval se poursuit donc malgré les revers. Au large des Aresquiers, les vestiges du Robuste ou du Lion incarnent donc à eux seuls ce rêve de l’Empire, celui d’une flotte capable d’être maître des océans. Deux siècles plus tard, quelques mètres de bois arrachés au sable permettent encore de mesurer l’ampleur et le prix de cette ambition.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

20 commentaires

  1. La France éternelle a toujours eu face à elle, deux ennemis. Les Anglais et les prussiens. Aujourd’hui nous vivons dans une période où les Anglais font semblant d’être alliés à la France ( de plus en plus d’Anglais viennent vivre en Nouvelle Aquitaine: achètent des terres et châteaux, ont leurs pubs et restaurants même des conseillers municipaux dans nos communes) tandis que les Prussiens, devenus Allemands travaillent à couler avec le sourire et les dents longues : « die Blöder kleine Franzose ».
    Les batailles navales ont été remplacées par des batailles économiques et industrielles. Rien n’a changé! …. si ce n’est de noms.

    • Il ne suffit pas d’acheter des propriétés chez nous et d’apprécier certains aspect de notre culture y compris culinaire. J’ai tendance à penser que la guerre de 100 ans a pris fin à Waterloo et encore. A peine signé l’armistice de 1918, Lloyd Georges a déclaré à Clemenceau qu’il redevenaient des ennemis. Quant aux Allemands, je ne leur en veux pas mais dès qu’ils ont pu, c’est à dire dès qu’ils n’ont plus été un assemblage de principautés, ils ont toujours considéré la France comme une vache à lait. On l’a vu en 1871 et durant l’Occupation. Après 1918, ils se sont débrouillés – avec l’appui des Anglais et des Américains, pour ne rien payer pour les dévastations du 1/3 Nord de notre Pays. Cela continue dans le cadre européen. Sans être totalement opposé à notre Union, j’estime que nous ne devons pas l’accepter dans sa forme actuelle. Après avoir détruit notre industrie et notre organisation de l’énergie voici venir la fin de notre agriculture. C’est assez, non ?

  2. Les dictateurs ou apprentis dictateurs ( et Napoléon en était un ) finissent toujours par se casser les dents sur un os. Hitler a voulu faire de Berlin la capitale de l’ Europe, ça s’est mal terminé ! Napo a voulu être le
    maître de l’Europe et le maître des mers, ça s’est mal terminé… Mais comme on est chauvins, c’était notre
    héros ! Et pour certains nostalgiques, ça l’est toujours ! des indécrottables …

    • Napo comme vous le dites à hérité de la guerre contre l’Europe à laquelle les Anglais n’ont été que trop heureux de se joindre. Ils en ont d’ailleurs été les grands contributeurs financiers. Il est de bon ton de taper sur Napoléon mais l’assimiler à Hitler est absurde. Ce sont nos révolutionnaires qui ont déclaré la guerre aux « despotes ». Messianisme idéologique, irresponsabilité politique (Jamais les Anglais n’ont accepté une mainmise sur ce qui est aujourd’hui la Belgique. C’est pour cela qu’ils ont suivi en 1914), dérivatif destiné à détourner le Peuple de la situation intérieure. Tout se mélange comme souvent. Bonaparte a remis sur les rails un pays en pleine déliquescence, ramené la sécurité, jeté les bases juridiques sur lesquelles nous vivons encore, ramené la concorde avec le retour des Immigrés et le Concordat, favorisé l’industrialisation . Quant à comparer l’état de la France en 1815 et celui de l’Allemagne en 1945… Dernier point = Je ne suis pas Corse.

      • Vous mériteriez de l’être ! Beau plaidoyer pro domo Napo … Les Français n’ont
        jamais été expansionnistes, ils n’ont fait que se défendre, les pôvres ! ( je ne nie pas
        les autres qualités de cet apprenti dictateur … à la fois génial ).

  3. Il ne faut pas se bercer d’illusions, les Anglais nous combattent toujours mais de manière hypocrite, par coups fourrés. La tristesse, depuis 1815, la France s’agenouille toujours devant l’Allemand et l’Anglais. L’Entente cordiale et l’Amitié Franco-Allemande ne sont que des paravents d’une permanente capitulation. Et, ne parlons pas de l’Union-Européenne, ce retour à l’empire des Habsbourg: injure à la face de tous nos rois et de Bonaparte .

  4. Il faut dire que les français sont passés maîtres dans l’art du  » sabordage » ! au lieu de résister comme l’on fait les légionnaires a Camerone …

  5. Louis XVI a eu le mérite de restaurer notre marine. Et c’est lui que l’opinion méprise pendant qu’elle encense le souvenir de Napoléon…

  6. La Révolution a réussi l’exploit de faire immigrer l’essentiel de nos officiers de marine. Ceux qui, avec De Grasse et Suffren, avaient régulièrement battus les Anglais et au passage donné leur victoire aux « Insurgents ». Pour le reste par rapport à eux, nous n’avons guère eu de chance dans le domaine maritime. Trafalgar a sonné le glas de l’Empire, De Villeneuve ayant été contraint d’engager le combat dans des conditions défavorables. Le Bouvet a sauté aux Dardanelles et le contournement du front de l’Ouest a fait long feu, l’irresponsabilité de nos marins vichystes nous a conduits à l’horreur de Mers El Kébir et il a fallu les prodiges de nos forces terrestres pour que nous ayons un strapontin dans l’assemblée des vainqueurs de la II°…

  7. Ce que Napoléon à fait pour redonné espoir à la France,seul une femme peut le faire prochainement en 2027.

  8. C’était NAPOLEON, un homme providentiel arrivé à faire de PARIS, la capitale de l’EUROPE. Malgré les attaques incessantes des anglais, qui n’avient de cesse que de nous combattre sans relache, sur tous les fronts, et les rispostes des français toujours prêts à défendre Notre FRANCE. Que le patriotisme revienne à la «  »mode » » serait une bonne chose.

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