[CINÉMA] Fjord, les ambiguïtés de la Palme d’or 2026
Cristian Mungiu fait dorénavant partie des rares cinéastes, avec notamment Francis Ford Coppola, Emir Kusturica, les frères Dardenne, Ken Loach, Michael Haneke et Ruben Östlund, à avoir eu au moins deux Palmes d’or au festival de Cannes.
La première lui avait été décernée en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, un film-plaidoyer pour l’avortement qui faisait mine de ne pas vouloir prendre parti mais dont les intentions étaient néanmoins transparentes. Palme d’or de l’année 2026, lauréat également du Prix du jury œcuménique, Fjord avait donc de quoi susciter notre défiance, d’autant que le synopsis et la bande-annonce – absolument calamiteux – suggéraient un film à charge contre les chrétiens pratiquants. Le film, en vérité, est plus mesuré sur ce point, s’en prend bien davantage aux bien-pensants, mais joue un peu trop de l’ambiguïté pour ne pas être suspect…
Le choc des cultures
Pour ce premier long-métrage tourné dans une langue qui lui est étrangère, le cinéaste roumain pose sa caméra en Norvège, sur la côte ouest du pays, entre Ålesund et le fjord de Stranda, et nous confronte alors à l’un des pays progressistes les plus totalitaires d’Europe du Nord.
Le récit suit les Gheorghiu, une famille évangéliste pratiquante, récemment installée en Scandinavie, dont le père est roumain et la mère norvégienne : Mihai vient tout juste de décrocher un travail d’informaticien tandis que Lisbet, son épouse, est infirmière. Très soucieux de l’éducation de ses cinq enfants, le couple leur inculque des valeurs traditionnelles et le sens des responsabilités, et tente de les préserver autant que possible des idéologies actuelles, du mode de vie libéral-libertaire et de la « culture » qui en découle.
Lorsque l’aînée, Elia, se présente un jour au collège avec des ecchymoses, ses professeurs, pétris de préjugés sur les familles chrétiennes et pratiquantes, s’interrogent sur l’éducation qu’elle reçoit et préviennent aussitôt la police et l’aide à l’enfance.
Le progressisme totalitaire
Récit anxiogène d’une société malade qui n’hésite pas à s’immiscer dans les familles, à soustraire arbitrairement les enfants – y compris les nourrissons – à l’autorité des parents, et met en accusation ceux qui n’adhèrent pas aux idéologies en vogue, Fjord suscite l’indignation du début à la fin. L’empathie pour les Gheorghiu, victimes d’injustice en raison de leurs opinions religieuses et de leurs valeurs traditionnelles, est absolument totale. Nous n’avions pas ressenti une telle colère depuis La Chasse, de Thomas Vinterberg, en 2012. « Les valeurs progressistes développées ces dernières décennies en Europe, analysait très justement Cristian Mungiu, face aux journalistes du Monde, ont été imposées à marche forcée, sans prendre en compte les doutes que cela pouvait susciter auprès d’une partie des populations. »
La réplique ambiguë qui flanque tout par terre…
S’il est parfaitement conscient que les différentes couches sociales, en Occident, ne se comprennent plus, se haïssent et ne dialoguent plus qu’à travers les urnes, le cinéaste ne livre pas pour autant le film réac que nous espérions : alors que nous étions prêt à célébrer un « sans-faute », autant pour le propos que pour une mise en scène inspirée, une réplique de la fille aînée, à quelques minutes de la fin, adressée à son père, jette à nouveau le doute sur l’innocence de celui-ci : « Qu’est-ce que tu vas faire, tu vas me frapper ? » Faut-il voir là une véritable accusation de la part d’Elia ou simplement le moyen, pour elle, de clouer le bec à son paternel au cours d’une dispute ? Mihai est-il finalement coupable d’avoir levé la main sur sa fille ?
Le simple fait que nous n’obtenions aucune autre explication explicite sur l’origine des ecchymoses laisse penser que le cinéaste cherche à se concilier tous les publics, quelle que soit leur sensibilité idéologique. Nous eussions apprécié, pour notre part, que Cristian Mungiu prît ouvertement position et confirmât l’une des thèses. Sa position « centriste », qui explique d’ailleurs sur le plan politique sa condamnation (facile) des « extrêmes » dans ses interviews à la presse, relève indubitablement d’un manque de courage intellectuel.
3,5 étoiles sur 5
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48 commentaires
atawalpa, vous n’avez pas aimé le film « Fjord » ?
Vous l’avez vu à sa sortie ?
Qu’est-ce qui ne vous a pas plu ?
Le scénario, la mise en scène, ou l’interprétation des acteurs ?
J’ai trouvé l’actrice norvégienne Renate Reinsve très bien, tout en nuances.
Déjà très juste dans les films de Joachim Trier « Julie en 12 chapitres » ou » Valeur sentimentale », elle confirme que c’est une actrice sur qui il faudra compter.
Vous n’avez pas aimé sa prestation ?
Dans un message précédent, j’ai marqué que je ne connais pas ce réalisateur et que je n’ai vu aucun de ses films. Je ne peux donc pas juger de la qualité de ce film.
Je ne connais pas non plus les acteurs de ce films.
Revenez un peu en arrière pour voir mon commentaire, c’est plus simple !
La dernière fois que je suis allé au cinéma c’était pour voir Intouchable en 2011. Ce n’était pas moi qui avait choisi ce film, c’était ma mère. Autrement je ne serai pas allé voir ce film sans grand intérêt !
Pour le cinéma que vous aimez, c’est exactement tout ce que je déteste au cinéma ! Le cinéma qui se prétend intellectuel et qui gagne des prix dans des festivals comme Cannes, me font fuir ces films !!
Quand vous dites que Cannes est un festival d’extrême gauche, vous êtes dans l’erreur.
Sinon, détestant Mélenchon et sa clique, il y a bien longtemps que je ne m’y intéresserait pas.
La sélection de Thierry Fremaux est chaque année un petit concentré de ce qui se fait de mieux dans le Septième Art à travers le monde.
Les modes de pensées et les cultures y sont donc très hétéroclites.
On est bien loin de la bien pensance des films commerciaux standardisés et de la pensée unique.
Chacun peut y prendre ce qu’il veut.
Je ne dis pas que j’apprécie bêtement chaque film et d’ailleurs certains palmarès me déçoivent.
Mais heureusement que nous avons des Festivals de qualité comme Cannes, Venise, Sundance ou Berlin.
Je préfère largement voir un bon film qui ne fait que 100000 entrées qu’un film comme » Les visiteurs » qui fait plusieurs millions d’entrées et n’a aucun intérêt.
Préférer la qualité à la quantité me semble logique.
Quant aux talents de Gabin, Wayne ou Eastwood, vous prêchez auprès d’un convaincu car j’ai vu la très grande majorité de leurs films.
John Ford, pour qui John Wayne a joué à plusieurs reprises, est d’ailleurs l’un de mes réalisateurs préférés.
Je suis comme vous passionné par l’histoire du cinéma (de toutes les époques)
Mais le cinéma ne s’est pas arrêté dans les années 60.
Le cinéma contemporain regorge de talents sur chaque continent, si l’on prend la peine de s’y intéresser.
Un exemple parmi d’autres :
Depuis une dizaine d’années, le cinéma iranien nous offre des œuvres remarquables qui traduisent la volonté d’un peuple de sortir du joug du régime tyrannique et terroriste des Mollahs.
Des réalisateurs comme J.Panahi, M.Rasoulof, A.Abbasi, S.Roustaee ou A.Farhadi nous livrent des récits d’un Pays en souffrance avec un lyrisme déconcertant.
Ni Lady Ni gaga,
Je constate lors de votre dernier message que vous êtes à nouveau hors-sujet.
Il est question ici de cinéma.
Si le sujet ne vous intéresse pas, passez votre chemin.
Je suis comme vous préoccupé par les choses du quotidien et notamment tous les sujets sociétaux.
D’autant plus que depuis notre retraite, mon épouse et moi sommes bénévoles au sein d’une association d’aide aux plus démunis.
Le constat que nous faisons chaque année est de plus en plus inquiétant.
Le profil des personnes concernées nous interroge au plus haut point.
Des salariés autrefois non concernés par la précarité font de plus en plus appel à nous.
Sans le monde associatif, que deviendraient ces personnes ?
L’Etat et la classe politique dans son ensemble se désintéressent de ce peuple qu’ils méprisent.
Nous essayons de faire de notre mieux mais nous ne sommes qu’une goutte d’eau dans l’océan.
Concernant notre petite vie et notre toute petite retraite, elle nous oblige tous les jours à faire des choix, la vie étant de plus en plus chère.
Nous ne sommes pas des parvenus.
Il y a bien longtemps que nous avons renoncé aux concerts et spectacle ainsi qu’aux restaurants. Aucun voyage non plus et, vous voyez, même pas de vacances cette année.
Tout cela est inaccessible pour nous.
Cela ne nous empêche pas de porter un intérêt au monde de la culture et notamment au Septième Art.
Je ne pense pas qu’une séance à 5 euros (avec les réductions dont nous bénéficions) fasse de nous des privilégiés.
C’est notre seul petit plaisir et moyen d’évasion.
Le cinéma nous permet de découvrir d’autres cultures et de nous ouvrir sur le monde à moindre coût.
Tout le reste est trop cher pour nous.
Pour votre gouverne, Cristian Mungiu est loin d’être un inconnu puisqu’il est une référence à la fois pour la profession et pour les cinéphiles. Je ne vous demande pas d’en être un.
Comme tout un chacun, vous êtes libre d’aller voir les films qui vous intéressent, mais dézinguer comme vous le faites un film que vous n’avez même pas vu relève de l’imposture totale.
Concernant notre petite vie et notre
Le sujet de l’article était bien le cinéma, il me semble.
Normal donc de débattre du contenu du film.
Par contre, votre intervention est hors-sujet.
Quand un film est encensé par la critique de gauche ça veut dire que c’est un navet… Pas besoin d’aller plus loin!
Allez voir le film pour nous dire s’il s’agit bien d’un navet.
Pour info, la majorité de la presse (de gauche comme de droite) a appréciée le film.
C’est le cas notamment du Figaro, journal de droite.
Par contre, les Cahiers du Cinéma et les Inrockuptibles (référencés à gauche) l’ont détesté
Renseignez vous.
Pour Libé, la Palme d’Or 2026, Fjord, est « suffisamment ambiguë pour finalement se prêter à une récupération par l’extrême droite »
Critique «Fjord» de Cristian Mungiu, palme d’or à Cannes : l’ambiguïté jusqu’à la gêne
Sur le site de Libération pour le modérateur puisque la dernière fois ou j’ai laissé le même message, celui-ci a été censuré !!!
Je me fie beaucoup à la note de Télérama. C’est à dire que si ce magazine caricaturalement bien-pensant et propaganfdiste a apprécié, c’est pour moi un mauvais signal. Et inversement, s’il n’a pas aimé, le film est peut-être intéressant.
J’ai lu le synopsis.
« Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause ».
Non merci. L’actualité me suffit. Elle est déjà assez sinistre comme cela. Pas besoin de se prendre la tête davantage avec ce genre de film . Perso ce n’est pas du tout le sujet dont j’ai besoin actuellement. Un film pour moi à éviter actuellement.
Je pense qu’aujourd’hui avoir la palme d’or à Cannes fait plutôt l’inverse , on se méfie car on la file plus sur le contexte politique que sur la qualité et l’originalité car voir un film parlant encore de difference de culture et j’en passe quand ce n’est pas deux mecs qui se roulent des pelles ou des femmes , moi ça ne m’attire pas trop surtout au prix de la place de ciné aujourd’hui , le cinéma a besoin de vous faire rêver , a besoin de nous faire rire , pas de jouer à l’intello qui veut faire croire qu’il est plus intelligent que toi .Comme quand Coluche imitait un film de Bergman , une porte qui grince , c’est Bergman comme il disait donc je peux le faire chez moi et mettre de l’huile à la charnière après
« le cinéma a besoin de vous faire rêver , a besoin de nous faire rire »
Tout à fait et il ne fait malheureusement plus ni l’un ni l’autre. Désabonnée depuis le covid, je n’ai plus remis les pieds dans une salle et cela ne me manque pas. Il y a tant de bons films à voir et à revoir à la télé, pourquoi dépenser stupidement son argent pour un film de propagande ?
Je ne vais plus au cinéma. Les films fantastiques ne m’intéressent pas du tout.
Ni les films d’opinion que je flaire à cent pas. Quand je lis le scénario, je vois instantanément où il veut nous conduire et toute la trame qui va s’y développer. J’ai la désagréable impression d’avoir déjà vu le film. Aucun intérêt. Et le retour des gens qui l’ont vu ne fait que confirmer mon impression, au point que je m’étonne de leur naïveté.
Allez voir le film pour vous faire une idée.
Les retours de la presse et des spectateurs sont majoritairement très bons.
J’ai trouvé le film très juste et particulièrement ancré dans les préoccupations contemporaines.
Les premiers films de la dernière sélection cannoise déjà diffusés sur nos écrans témoignent d’un cinéma mondial de qualité avec des œuvres passionnantes comme :
– La Vénus électrique (P.Salvadori) – Hors compétition
– Histoires parallèles (A.Farhadi)
– Soudain (R.Hamaguchi)
– Fjord (C.Mungiu)
Vous trouvez le film très juste car il est ancré dans vos préoccupations ! Pas celles de tout le monde !
Il fera peut-être 50.000 entrées, ça ne correspond donc pas aux préoccupations contemporaines !
Que par vos occupations sociales vous tournent vers ce genre de films n’est pas étonnant surtout si vous payez 5 € la place !
Je retournerai au cinéma lorsque John Wayne sortira un nouveau film !
Je retournerai au cinéma lorsque Clint Eastwood sortira un nouveau film !
Je retournerai au cinéma lorsque Jean Paul Belmondo sortira un nouveau film !
Je retournerai au cinéma lorsque JJean Gabin sortira un nouveau film !
…
Le cinéma socialiste n’intéresse pas grand monde, surtout qu’il ne fonctionne qu’avec les subventions !
Mais bon, chacun ses plaisirs !
Le festival de Cannes est un ramassis de films d’extrême gauche.
Si vous aimez ce genre de films c’est peut-être parce qu’il durent très longtemps et que ça vous occupe tout un après-midi ?