[MEDIAS] Delahousse/Biétry : promotion décomplexée de l’euthanasie sur France 2

Les revendications politiques de Charles Biétry ont été relayées par France 2 sans la moindre distance et sans contradiction.
Capture d'écran France TV
Capture d'écran France TV

Nouvelle opération de propagande sur l’audiovisuel public. Ce dimanche soir, Laurent Delahousse a diffusé, dans son émission 20h30 le dimanche, une longue interview de Charles Biétry, enregistrée quelques jours plus tôt en Bretagne. L’occasion de revenir sur la carrière de l’ancien directeur des sports de Canal+, de dévoiler son pronostic pour la prochaine Coupe du monde de football, mais aussi et surtout de relayer ses revendications sur ce qu’il nomme une fin de vie « apaisée ». « Il se bat pour lui et pour celles et ceux qui revendiquent le droit à mourir dans la dignité », explique Laurent Delahousse, le ton grave. Quelle noirceur faudrait-il avoir au fond de son cœur pour s’opposer à un tel combat…

Atteint de la maladie de Charcot depuis 2022, Charles Biétry a perdu l’usage de la parole, mais grâce à l’intelligence artificielle, sa voix porte encore et se fait entendre. « Je suis toujours vivant, Laurent ! », s’exclame le malade, apparemment étonné d’être encore de ce monde. « Vivant mais, vous le dites vous-même, pas à tout prix. Pas prêt à tout subir ! », le reprend alors le journaliste, comme si les propos s’écartaient trop, à son goût, du pathos attendu. « Vous avez ces mots : "À la mort, je ne veux pas ajouter la crainte de la mort, je ne veux pas souffrir inutilement, je ne veux pas étouffer et faire souffrir mes proches". Vous voulez une fin de vie apaisée. » Et l’octogénaire de réitérer son désir de ne pas « agoniser sur un lit d’hôpital », tandis que ses proches « pleurent dans le couloir, attendant un dernier souffle libérateur qui peut mettre des semaines à venir ». On peut le comprendre, mais n’est-ce pas là le sort malheureux et bien naturel de millions de familles ? Ces Français manquent-ils pour autant de « dignité » ?

Pas le temps d’aller plus loin dans la réflexion, Laurent Delahousse est déjà passé à une autre question orientée : « À ce jour, compte tenu de la loi en France, vous avez fait le choix de partir en Suisse. Avez-vous le sentiment que l’inertie politique, ici en France, vous oblige finalement à choisir entre souffrir ici ou mourir ailleurs ? » L’opinion du journaliste à la mèche rebelle sur le sujet paraît implicite. La séquence se poursuit par un rapide hommage au député socialiste Olivier Falorni, rapporteur général de la loi sur la fin de vie, puis par une allusion aux prochains contenus militants de l’audiovisuel public. « Merci Charles, je précise qu’on pourra vous entendre dans un podcast, à partir du 22 juin sur l’application de Radio France », annonce Delahousse, déjà remis de ses émotions. On attend toujours le « contradictoire » sur ce sujet ultra-sensible et très disputé : la chaîne publique, financée par des pro et des anti-euthanasie, toujours prompte à donner des leçons de journalisme, ne s'est pas donné la peine d'aller chercher un avis divergent.

Une mécanique bien huilée

Relayée, aussitôt, par le service presse de l'association pour « le #DroitdeMourirDanslaDignité », cette interview a été promue par un nombre impressionnant de médias amis. Elle a fait l’objet d’un article larmoyant sur la chaîne sœur, France 3, qui a salué le courage de Charles Biétry dont la « dernière bataille » serait de faire reconnaître « le droit à mourir dans la dignité ». Femme actuelle n’a pas boudé, non plus, les « confidences bouleversantes » de Biétry ni son combat en faveur d’une loi qui permettrait d’« éviter aux malades d'avoir à mourir loin de chez eux »… Même accueil, dans le reste de la presse people : le « témoignage sincère » de Charles Biétry sur un « sujet fort » (Purepeople), un « témoignage bouleversant » (Closer), un Laurent Delahousse « envahi par l’émotion » (Gala) devant cette « volonté farouche de défendre la liberté de choix sur la fin de vie » (Ohmymag)…

C’est peu dire que Charles Biétry est présent dans l’espace médiatique. Si son engagement personnel est respectable, on ne saurait en dire autant de journalistes qui instrumentalisent un malade et exploitent sa souffrance jusqu’à la corde à des fins tantôt commerciales, tantôt politiques ou sociétales. Depuis plus de deux ans, ce sont exactement les mêmes mots qui sont répétés à chaque entrevue. En février dernier, à l’occasion de la sortie d’un documentaire sur Canal+, Charles Biétry était apparu à la une de nombreux médias pour évoquer sa volonté de « mourir dans la dignité » et, comme il l’a fait face à Laurent Delahousse, il avait comparé poétiquement sa fin de vie à une « dernière vague ». Même l’usage de l’intelligence artificielle, présenté comme une innovation majeure, dimanche soir, sur France 2, n’a rien d’original : c’est déjà ce procédé qui avait été utilisé lors d’une interview avec Audrey Crespo-Mara en janvier 2025, sur TF1.

Lors de cet entretien, Charles Biétry avait d’ailleurs affirmé que son mal incurable ne lui laissait plus que « quelques semaines ou mois à vivre ». Sa maladie n’a certes pas été guérie, ses symptômes se sont sans doute aggravés, mais sa fin de vie n’en est pas moins « digne » pour autant.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Imiter la voix perdue reste un procédé sinon original, rare pour chacun d’entre nous au quotidien. Cet entretien pré enregistré où l’on voit ce monsieur taper quelques lettres sur son ordinateur et non des phrases avait donc rédigé ses réponses à des questions communiquées ?
    Où est ce de l’IA de A à Z ?

  2. Il est regrettable qu’il faille encore se rendre à l’étranger pour pouvoir mourir dignement lorsque l’on est atteint d’une pathologie telle que la maladie de Charcot.
    La législation doit vraiment évoluer en France.
    Encore une promesse faite par Macron aux Français qu’il n’a pas tenue.
    Je garde de Charles Bietry l’image d’un précurseur dans le monde du sport, un grand journaliste sportif à l’époque du grand Canal +.
    Laissons lui le droit de partir comme il l’entend.

  3. Lorsque l’on n’a pas le courage de se suicider, on ne demande pas à une tierce personne de nous tuer. Ça s’appelle de la lâcheté et non de la dignité. Je plains les professionnels de santé confrontés à ce cas de conscience et qui seront obligés de le faire sous peine de sanctions comme pour les non vacciné pendant le …covid, (Covid, un autre scandale)

  4. La loi est bien faite. Nul ne sera contraint à quoi que ce soit à commencer par les soignants.
    Ceux qui s’y opposent sont des gens qui n’ont jamais vu mourir un grand malade dans la souffrance, car les soins palliatifs sont loin de pouvoir abréger l’horreur. En fonction de l’état des organes, beaucoup de sédatifs ne sont plus supportés et c’est pire.
    Un référendum serait la solution la plus saine.

    En tout cas, respect et compassion pour Charles Biétry qui sera sans doute contraint de partir en Suisse vu l’inhumanité catholique française qui s’exprime bien dans les commentaires que j’ai pu lire ici.

    • 3 cas de soins palliatifs dans ma famille en 4 ans..je pense savoir de quoi je parle pour avoir du plusieurs fois appuyer moi meme sur l’injection des bolus.. je suis catholique certes mais divorce,pour la peine de mort,et grand  » pecheur », trouvez vous autre chose pour défendre l’indéfendable sans doute êtes vous aussi pour pour l’img a 9 mois, ou le revotril dans les ephads?..

    • Merci à vous pour votre réflexion très juste.
      Moi-même de confession catholique, je ne comprends toujours pas l’acharnement des traditionalistes à vouloir faire souffrir les malades en fin de vie jusqu’à la dernière seconde.
      Respectons le choix de ces malades.
      C’est le minimum que l’on puisse leur accorder.

  5. C’est moi ou les mots « mourrir dans la dignité » sont en complets désaccords avec les meurtres de plus en plus sordides en France portés par les immigrés ou les personnes issus de l’immigration qui remplissent les prisons? La gauche nous parle de dignité mais moi je n’en vois plus beaucoup en France, que ce soit chez les politiques centro-islamo-gauchistes et leurs électeurs. Pour connaître très bien le mot souffrance physique, pour avoir même connu plus de 10/10 sur l’échelle de la douleur donc l’endormissement automatique du corps pour compenser, je peux vous assurer que l’euthanasie souhaitée n’est qu’un abandon et un droit de tuer qui me dérange. Les opioïdes sont hyper performants à notre époque!

  6. Mourir dans la dignité. Qui peut nous assurer que mourir est un acte de joie intense , même si le paradis est promis ? Mourir c’est avant tout quitter les siens et regretter de devoir leur faire de la peine, peut-être. La souffrance préalable se vit en silence. Par générosité beaucoup en cachent l’essentiel afin de ne pas peser sur la vie des soutiens. Mais nous abordons un autre monde. Celui où tout est dû.

    Soyons brutal. S’ils souhaitent tant mourir dans la dignité, pour quelles raisons engager, entrainer autrui dans la démarche, ce qui peut contraindre ? Ne se suffisent-ils pas pour effectuer cet acte ?

    • Avec quels produits puisque tous les produits sont interdits d’accès ?

      Et comment fait-on physiquement lorsqu’on pèse 40 kg sur un lit d’hôpital, branché de partout, incapable de se mouvoir et agonisant de douleur dès que l’effet sédatif s’arrête ou qu’on ne peut plus rien recevoir sans vomir ou se vider aussitôt ?
      Vous parlez de dignité, moi je parle de la pitié la plus élémentaire qui semble inconnue à nombre de catholiques qui n’ont que leurs dogmes et leurs diktats à la bouche.

  7. Si vous avez vule film « l’age de cristal » sorti en 1976 ils vont s’en inspirer car tuer les gens dès 30 ans c’est régler le problème des retraites… bien sûr seraient sélectionnée l’élite « bienpensante » autorisée à survivre… mais alors ça me sobligerait à bosser après 30 ans…. les pauvres…

    • Quand les individus qui composent une société ont comme références intellectuelles des films de fiction pure et non des faits historiques ou des écrits philosophiques, je crois qu’on peut commencer à s’inquiéter pour cette société.

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