Un roi d’Angleterre priant avec le pape, une première depuis 1534

Cette visite souligne la volonté de rapprocher deux Églises séparées depuis près de cinq siècles.
Capture d'écran Vatican News
Capture d'écran Vatican News

Sous les voûtes somptueuses de la chapelle Sixtine, notre temps vient de connaître un événement sans précédent dans l’histoire des relations entre le Saint-Siège et la cour de Saint James. En effet, ce 23 octobre 2025, le roi Charles III, roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, chef de l’Église d’Angleterre, a franchi le seuil du Vatican pour rencontrer le pape Léon XIV et prier avec lui. C’est alors la première fois, depuis la rupture introduite par Henri VIII en 1534, qu’un monarque britannique prie publiquement aux côtés d’un souverain pontife. Cet événement, soigneusement préparé par les équipes diplomatiques des deux États, marque ainsi l’aboutissement de décennies de dialogue œcuménique entre catholiques et anglicans. La visite officielle mets également en lumière une volonté de rapprocher des institutions séparées depuis près de cinq siècles.

La visite et la prière commune

Le souverain britannique Charles III et son épouse, la reine Camilla, ont été accueillis dans la cour Saint-Damase du Palais apostolique, avant d’être conduits à la Bibliothèque pontificale pour une audience privée avec Léon XIV pendant une quarantaine de minutes. Cette rencontre, préparée de longue date et devant initialement se faire durant le pontificat de François, s’inscrivait dans la volonté partagée du roi et du souverain pontife de renforcer les liens entre l’Église catholique et l'Église anglicane.
Les échanges ont porté sur des thèmes chers aux deux chefs religieux : la protection de la Création, la promotion de la paix et l’unité des chrétiens. L’audience s’est également inscrite sous le signe de la prochaine déclaration de saint John Henry Newman, cardinal passé de l’anglicanisme au catholicisme et figure emblématique du dialogue entre les deux confessions, qui sera proclamé docteur de l’Église le 1er novembre.

Cette rencontre a été suivie d’un office œcuménique solennel dans la chapelle Sixtine, lieu chargé d’Histoire et d’art où chaque visiteur est soumis au regard des figures des œuvres de Michel-Ange. Sous les voûtes peintes, Léon XIV et Charles III ont pris alors part à une prière commune pour la paix et pour la Création. La cérémonie a réuni des représentants des Églises anglicane et catholique, dont l’archevêque de York, et a mêlé des chants en latin et en anglais interprétés par les maîtrises du Vatican et de Windsor.

Au terme de la visite, le pape Léon XIV a conféré à Charles III le titre honorifique de « confrère royal » de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs et de l’abbaye attenante, en reconnaissance du rôle du roi dans la promotion de la fraternité chrétienne. Cette titulature est exceptionnelle, car les armoiries de l’abbaye portent les insignes de l’ordre de la Jarretière, l’un des honneurs les plus prestigieux de la monarchie britannique. À l’occasion de la venue de Charles III, une chaise a été également conçue spécialement pour le souverain britannique. Celle-ci porte alors les armoiries du roi Charles et l’inscription latine Ut unum sint (« Afin qu’ils soient un »), tirée de l’Évangile selon saint Jean. Ce siège restera à la disposition des futurs monarques britanniques lors de leurs visites à Rome, signe tangible d’une amitié appelée à durer entre Windsor et le Vatican.

Retour aux origines de la fracture religieuse anglaise

Pour mesurer l’ampleur symbolique de cet événement, il faut remonter au début du XVIe siècle, lorsque le roi Henri VIII, de la dynastie des Tudor, rompait avec Rome. L’origine du schisme n’était pas uniquement théologique car elle mêlait des considérations politiques, personnelles et dynastiques. En effet, après le refus du pape Clément VII d’annuler son mariage avec Catherine d’Aragon, Henri VIII promulgua, en 1534, l’Acte de suprématie, se proclamant chef suprême de l’Église d’Angleterre. Ce geste mit fin à l’autorité pontificale sur le royaume et entraîna la confiscation des biens ecclésiastiques, la dissolution des monastères et la persécution des opposants restés fidèles à Rome, tels que Thomas More, décapité le 6 juillet 1535 dans la tour de Londres.

L’anglicanisme, né de cette rupture, s’est ensuite progressivement institutionnalisé sous le règne d’Élisabeth Ire, qui stabilisa la nouvelle Église nationale en lui donnant un visage protestant modéré mais une liturgie encore proche du catholicisme. Cette nouvelle branche du christianisme allait alors définir pour des siècles l’identité spirituelle des Britanniques. Cependant, elle a aussi figé une méfiance mutuelle entre Londres et le Vatican : pendant plus de quatre siècles, aucun souverain anglais ne s’est rendu officiellement au Saint-Siège. Cette distance a commencé à s’atténuer au XXe siècle, avec la visite de la reine Élisabeth II au Vatican auprès du pape Jean XXIII en 1961, puis auprès de Jean-Paul II en 1980, de Benoît XVI en 2010 et, enfin, François en 2014. La rencontre de 2025 s’inscrit ainsi dans cette continuité historique.

Capture d'écran The Royal Family Channel

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

51 commentaires

  1. N’est-ce pas une très belle chose que ce dialogue entre ces deux confessions Ut unum sint (« Afin qu’ils soient un »).
    « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (Luc 2, 14)
    En tant que catholique, j’ai aimé que le prêtre anglican me serre la main en me disant : « Peace be with you ! » lorsque j’ai assisté à son office. Où est le mal ?

  2. Le roi d’Angleterre à la tête de la religion anglicane , qui reçoit dans son palais les musulmans pour la rupture du jeune du ramadan , prie avec le pape qui a autorisé récemment les musulmans à prier dans la bibliothèque du Vatican , et dont un prédécesseur avait ramené d’une visite au Moyen Orient une famille de musulmans et non une famille de chrétiens persécutés.
Personne ne veut voir , l’énorme éléphant musulman qui trône au milieu du Vatican, comme comme au milieu de l’ Angleterre .

  3. En même temps — comme dirait quelqu’un de connu — ce roi se couche à plat ventre devant l’islam. Cherchez l’erreur. ..

  4. Quel symbole historique et moral incroyable. Il y a eu tant de guerres, de massacres entre Papistes et Réformés au nom de Dieu.

  5. Merci mon Dieu de nous rassembler pour une même prière, celle ou nous implorons la paix pour les hommes de bonne volonté.

  6. Le roi d’angleterre prie avec tout le monde, manque plus que les orthodoxes peut-être même raël un jour…
    (j’ai écrit volontairement avec des minuscules)

  7. Après les concession multiples de François à la religion « méditerranéenne » et vu l’expansion de cette même religion, j’imagine que les deux rites se sont unis pour appeler à la paix ??

  8. Le commentaire ( en français) de la Vidéo est . . pénible . Fallait laissez l’original,
    avec sous-titrage.

  9. C’est le service minimum. Pour la première fois en mille le roi Charles a ouvert les portes du château de Windsor pour un iftar réunissant 350 fidèles jeûneurs…

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois