50 ans après sa victoire à l’Eurovision, ABBA est décoré par le roi de Suède !

abba

Chez nos voisins d’outre-Manche, les Beatles sont devenus une véritable institution, au même titre que James Bond, Sherlock Holmes et Jack l’Éventreur, en comptant large. La preuve en est que les premiers, décorés par sa Très Gracieuse Majesté, le 26 octobre 1965, auraient été, à en croire la rumeur de la presse économique d’alors, l’un des principaux acteurs du redressement de la balance commerciale du royaume.

Aujourd’hui, on peut quasiment dire la même chose d’ABBA et de la Suède, autre quatuor étant parvenu au même type d’exploit, tel que confirmé par le très savant Dictionnaire du rock, rédigé sous la direction de Michka Assayas (Robert Laffont) : « En 1983, le groupe se trouvait à la tête d’un empire financier au chiffre d’affaires annuel d’environ 400 millions de francs (61 millions d’euros actuels). Mieux : ABBA a vendu, alors, près de cent millions de disques, soit plus qu’Elvis Presley et les Beatles en leur temps, devenant ainsi le second exportateur de Suède après Volvo… »

Quand la monarchie suédoise reprend du poil de la bête…

Il est donc parfaitement logique que ce groupe ait été officiellement promu, le 31 mai dernier, par le roi Charles XVI Gustave de Suède et la reine Sylvia, au rang de commandeur de première classe de l’ordre de Vasa. Cette distinction honorifique, censée récompenser un peuple ayant brillé en matière commerciale et artistique, a été instaurée en 1772 par le roi Gustaf III, avant d’être abandonnée en 1975, car tenue pour « archaïque », et d’être remise à l’honneur en 2022.

Il est vrai qu’entre ce groupe et la couronne suédoise, la romance ne date pas d’hier : en juin 1976, soit deux ans après leur couronnement de l’Eurovision, ABBA donnait une fête pour celui de la future reine Sylvia, inaugurant au passage l’un de ses tubes à venir, Dancing Queen… L’ironie de l’histoire est que ce royal pince-fesses pour honorer ABBA survient à quelques jours de la dernière édition de ce radio-crochet télévisé, l’Eurovision, donc. Et à chaque fois, la même question qui se pose : parviendront-il à faire pire que le millésime précédent ? Oui, la plupart du temps, tant cette autocélébration semble désormais avoir vocation à exploser tous les records du bon goût.

Quand l’Eurovision était encore à peu près européenne…

Bref, nous sommes là quelque part entre train fantôme et fête à Neu-Neu. Car l’Eurovision, ce fut tout de même, jadis, autre chose. Pour s’en convaincre, prière de se reporter au palmarès du temps jadis : André Claveau avec Dors, mon amour, en 1958 ; Isabelle Aubret, barde quasi officielle du Parti communiste d’alors, avec Un Premier amour, en 1962 ; sans parler de Gigliola Cinquetti en 1964, évoquée récemment par Georges Michel. En comptant large, on peut encore évoquer France Gall qui, même chantant sous pavillon de complaisance luxembourgeois, décroche la timbale avec Poupée de cire, poupée de son, composée par Serge Gainsbourg. Puis, en 1977, notre dernière heure de gloire tricolore due à Marie Myriam et sa jolie ritournelle, L’Oiseau et l’Enfant.

Malgré ces succès de circonstance, c’est en 1974, avec Waterloo, le tube imparable qu’on sait, qu’ABBA passe du statut de gloire en devenir à celui d’icône. Certes, il est parfaitement licite de railler, surtout un demi-siècle après, leurs costumes de scènes, entre jupes taillées au ras du bonheur pour les deux filles, Agnetha Fältskog et Anni-Frid Lyngstad, et pantalons moulés au plus près de l’extase, Benny Andersson et Björn Ulvaeus. Notons qu’à l’époque, il y avait pire encore, entre Bee Gees, Kiss et Claude François.

ABBA ? Les Beatles suédois…

Seulement voilà, ABBA était un groupe malin qui savait faire de véritables chansons, de celles que tout un chacun peut fredonner sous la douche. Malin, il l’était déjà en choisissant son nom. ABBA ? Un patronyme lui permettant alors, à l’époque où il y avait encore des disquaires vendant des 33 tours par wagons entiers, de se retrouver en tête de gondole, quand ces derniers étaient classés par ordre alphabétique. Dans le genre, qui pouvait faire mieux qu’ABBA ? Personne.

Quant aux chansons, rien que des tubes. Ce groupe improbable n’a certes pas duré plus de dix ans ; soit à peine plus que les Beatles, ayant dominé le marché de 1962 à 1972. Mieux : les artistes les plus snobs, de U2 à Elvis Costello, tout en passant par Prefab Sprout, n’ont jamais oublié de rendre hommage à ce groupe pop sans lequel ils ne seraient peut-être rien ; ou alors si peu.

Contrairement à trop d’idées préconçues, la Suède, pays de fromages à pâte molle et à féminisme débilitant, entre pornographie de masse et puritanisme virulent, peut encore nous en remontrer en matière de bon goût musical. Se faire administrer une telle leçon, c’est dire à quel point nous en sommes rendus.

 

Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

9 commentaires

  1. A bas ! Le degré zéro de la « musique ». Soit on écoute Bowie, les Stones, les Beatles, Les Who, Pink Floyd, les Doors soit on écoute la variétoche ! Idem pour la musique classique. Pourquoi se polluer les oreilles avec du néant alors qu’il existe tant de merveilles preuves du génie humain !

  2. j’avoue que j’étais pas grand fan d’Abba que je classais entre Boney M et les Rubettes . Des pays nordiques je en connaissait que Titanic, un groupe norvegien qui avait eu son heure de gloire parmi les fan de rock mais tombé complètement dans l’oublie. Depuis j’ai révisé mon jugement concernant Abba , en considérant la pauvreté de la production actuelle , ils étaient plutôt top ! Meilleurs, même, que la femme d’affaire Madonna !

  3. Abba, un groupe mythique et indémodable. C’était un nouveau son, une nouvelle manière de se produire. Quand on voit les tocards d’aujourd’hui ;c’est à hurler.

  4. Et nous en matière de mauvais goût nous avons Aya. Ça commence et ça se termine par la même voyelle mais ça n’a pas la même valeur.

  5. Le groupe ABBA, c’est tout de même autre chose que les intervenants de la fête de la musique à l’Élysée. Chacun ses goûts, chacun son style.

  6. Mes ( grands ) enfants tous trentenaires bien sonnés, font encore parfois des soirées entre potes et ABBA est inconditionnellement présent à la sono , je pense même que ma petite fille de 5 ans fredonne quelques phrases ABBA en jouant devant sa cuisine minuscule en plastique
    Merci ABBA pour ce que vous faites et pour ce que vous êtes

  7. On ne récompense pas la beauté la qualité la valeur artistique on récompense le fait que vous rapportiez du fric à la nation que vous la faites connaître au monde entier et que votre nom serve de publicité. Ainsi à galvauder la légion d’honneur chez nous on lui fait perdre tout honneur et toute crédibilité.

  8. Ce président , contrairement au notre , a bon gout pour la musique et surtout il honore un groupe de son pays .

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