28 juin 1769 : naissance de Hudson Lowe, la bête noire de Napoléon

Napoléon prédit à son geôlier que son nom « ne sera connu que par la honte et l'injustice » de sa conduite envers lui.
Fusion By Jean Mathias Fontaine (1791-1853), engraver - Bibliothèque nationale de France, Public Domain, httpscommons.wikimedia.orgwindex.phpcurid=178895978 By Paul Delaroche - 2. Museum der bildenden Künste1. fak09.uni-muenchen.deKunstgeschichte, Public Domain, httpscommons.wikimedia.orgwindex.phpcurid=154756
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L'Histoire est parfois curieuse, insolite, faite d'événements et de destins qui se croisent avant de s'entrechoquer. Hudson Lowe, né le 28 juin 1769 à Galway, en Irlande, et Napoléon Bonaparte, né deux mois plus tard, le 15 août 1769 à Ajaccio, incarnent l'un de ces étonnants parallèles. Pendant plus de vingt ans, leurs chemins se croisent au gré des campagnes militaires avant que le destin ne les réunisse définitivement sur un îlot perdu de l'Atlantique Sud. Hudson Lowe restera à jamais associé à Napoléon, non pour l'avoir vaincu sur un champ de bataille, mais pour avoir été son geôlier. Cette mission, accomplie avec une rigueur inflexible, fera alors de lui, à tort ou à raison, l'un des personnages les plus détestés de la légende napoléonienne.

Il faut quelqu'un pour garder Napoléon

Entré très jeune dans l'armée britannique, Hudson Lowe participe d'abord aux guerres contre la France révolutionnaire. Il sert ainsi en Méditerranée, notamment lors des opérations conduites en Corse entre 1794 et 1796, lorsque les Britanniques tentent de s'imposer sur l'île en soutenant Paoli. Quelques années plus tard, il part pour l'Égypte afin de déjouer les plans d'un petit général corse : un certain Bonaparte, déjà croisé quelques années auparavant sur l’île de Beauté. Après l'ascension de ce dernier à la tête de l’Empire, Lowe sert dans le royaume de Naples, où il contribue à la lutte contre les troupes françaises en Italie méridionale.

Selon les souvenirs rapportés par Emmanuel de Las Cases, Napoléon s'amuse de cette succession de rencontres partielles lorsqu'il apprend l'arrivée de son nouveau gouverneur à Sainte-Hélène, en 1816. « Ne m'aviez-vous pas dit que Lowe était à la bataille de Champaubert ? Nous aurions donc échangé des boulets ensemble. C'est toujours, à mes yeux, une belle relation. » L'Empereur ignore encore que leurs relations deviendront rapidement exécrables.

En effet, après la défaite de Waterloo, le 18 juin 1815, les puissances coalisées décident d'envoyer Napoléon loin de l'Europe afin de l'empêcher d'y revenir et d'en troubler à nouveau la paix. La prison à ciel ouvert idéale se trouve alors au milieu de l'Atlantique Sud : Sainte-Hélène. Et pour garder un tel prisonnier, il faut un gouverneur. Londres cherche donc un officier énergique, incorruptible et peu sensible aux pressions politiques. Son choix se porte sur Hudson Lowe, nommé ainsi gouverneur de l'île en janvier 1816.

Sainte-Hélène, prison à ciel ouvert

Hudson Lowe arrive à Sainte-Hélène le 15 avril 1816, après plusieurs semaines de navigation. Dès le premier jour, il décide de rendre visite à son prestigieux prisonnier. Refusant de respecter le protocole souhaité par le grand maréchal Bertrand, il considère qu'un détenu n'a pas à fixer les conditions d'une audience. Napoléon refuse alors de le recevoir, jugeant ce nouveau gouverneur d'une grande insolence, et prétexte une indisposition.

Lorsque la rencontre a finalement lieu le 17 avril, la courtoisie reste de façade. Lowe applique strictement les instructions du gouvernement britannique et refuse obstinément de reconnaître le titre impérial de son prisonnier. Il l'appelle exclusivement « le général Bonaparte », conformément aux décisions de Londres. Rien ne pouvait davantage irriter Napoléon, qui y voit une humiliation délibérée et une négation de la légitimité de son règne.

Lowe est également hanté par une idée fixe : il redoute que Napoléon ne reproduise l'exploit de l'île d'Elbe. Cette peur guide toutes ses décisions. Les patrouilles sont renforcées autour de la résidence de Longwood ; les déplacements de Napoléon au-delà de trois kilomètres de sa demeure doivent être systématiquement accompagnés par un officier britannique ; le courrier, jusqu'au linge, est contrôlé ; les visiteurs sont étroitement surveillés. Napoléon aurait alors fini par lancer à son geôlier : « Dans cinq cents ans, le nom de Napoléon brillera et le vôtre ne sera connu que par la honte et l'injustice de votre conduite envers moi. » Leur relation se dégrade à tel point que leur dernière véritable entrevue a lieu le 18 août 1816.

Les deux hommes ne se reverront plus et jusqu'à la mort de Napoléon, le 5 mai 1821, Hudson Lowe poursuit avec la même rigueur la mission qui lui a été confiée. Le lendemain, il vient constater le décès de celui qu'il continue d'appeler le général Bonaparte. Peut-être veut-il s'assurer lui-même qu'il ne s'agit pas d'une nouvelle ruse destinée à une quelconque évasion. Cette fois, pourtant, l'Empereur est bien mort. De Vol de l’aigle il n’y aura plus. Lors des funérailles organisées dans la vallée du Géranium, la pierre tombale reste vierge, Hudson Lowe refusant que le seul prénom « Napoléon » y soit gravé, tandis que les Français rejettent l'appellation de « général Bonaparte » imposée par les autorités britanniques. Pourtant, en quittant les lieux, le gouverneur reconnaît devant ses officiers : « C'était le plus grand ennemi de l'Angleterre, et c'était le mien également. Mais je lui pardonne tout. À la mort d'un grand homme, on ne doit éprouver que regrets et recueillement. »

Un retour peu glorieux

Sainte-Hélène désormais débarrassée de son prisonnier, Hudson Lowe n'a plus de raison d'y demeurer. Convaincu d'avoir rempli avec succès sa mission, il rentre ainsi en Grande-Bretagne durant l'été 1821. L'accueil qu'il espère triomphal se révèle alors glacial. Certes, le gouvernement approuve officiellement sa conduite, mais nul ne lui accorde les honneurs qu'il attend. Très vite, l'opinion publique bascule en faveur de Napoléon, dont la captivité alimente l'image d'un martyr. Situation qui n’est pas près de s’arranger, car dès 1822, le médecin Barry Edward O'Meara publie plusieurs ouvrages dénonçant les conditions de détention de l'Empereur. L'année suivante paraît le Mémorial de Sainte-Hélène d'Emmanuel de Las Cases. Immense succès, le livre désigne naturellement Hudson Lowe comme le principal bourreau de l'Empereur. Même l'écrivain Walter Scott, pourtant admirateur de la monarchie britannique, lui reproche son excès de zèle dans son Histoire de Napoléon Bonaparte publiée en 1827.

L'ancien gouverneur tente bien de défendre son honneur, mais sans succès. Veuf, isolé et oublié, il termine son existence dans un modeste appartement londonien et meurt le 10 janvier 1844. Plus tard, son fils, puis plusieurs historiens, s'efforceront de nuancer le jugement, peut-être excessivement sévère, porté sur lui. Malgré ces tentatives de réhabilitation, la prophétie de Napoléon semble s'être accomplie : le geôlier anglais demeure, peut-être pour toujours, l’une des bêtes noires de l’épopée napoléonienne.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

18 commentaires

  1. « Napoléon prédit à son geôlier que son nom ne sera connu que par la honte et l’injustice de sa conduite envers lui », l’histoire se répète. Napoléon, supposant qu’il vive aujourd’hui, aurait pu dire la même chose de ceux qui nous gouvernent depuis 40 ans.

  2. Je ne comprends même pas que vous puissiez évoquer le nom d’un aussi petit homme. Chétif insecte, excrément de la terre..,

  3. Aucun respect ni pour l’un ni pour l’autre. Le seul bienfait de Napoléon est d’avoir commencé à reconstruire tout ce que Robespierre avait cassé. Mais ses opérations en Egypte ou moscovites étaient de trop. C’est pour çà que Talleyrand, après s’en être servi, l’a trahi.

  4. Napoléon savait qu’il ne s’évaderait pas de ce rocher fortifié. Sa dernière bataille était médiatique et historique. Comme l’écrira plus tard le comte de Montholon (compagnon d’exil) : « Un ange du ciel n’aurait pas pu nous plaire, s’il eût été gouverneur de Sainte-Hélène ».

  5. Napoléon Ier est toujours un grand homme très respecté ici en Grande-Bretagne.
    Parmis les plus grands collectionneurs du premier Empire, un grand nombre d’entre eux sont britanniques.
    On n’entend jamais parler de Hudson Lowe, mais beaucoup de l’Empereur.
    Clin d’œil de l’histoire, ces derniers temps, en Grande-Bretagne, on entend beaucoup parler d’un certain Rupert Lowe, homme politique très à droite…

  6. Napoléon a été lui-même un bourreau et un sanguinaire, avec beaucoup, beaucoup de morts sur la conscience. Il a nui à la France, la rendant plus petite et affaiblie que quand il l’a trouvée. Je ne vois pas pourquoi on serait indulgent envers lui.

    • Et quant à moi, je pense que vous ne connaissez pas l’histoire. Ni celle de ses guerres ni celle de ses œuvres civiles.
      Cela étant, personne ne prétend qu’il n’a pas fait d’erreurs.

    • Il n était pas parfait ! Mais c est lui qui a créé :
      Le code civil
      Le baccalauréat
      Le ramassage des ordures
      La bibliothèque nationale
      Le Louvre
      Les lycées
      La Banque de France
      La construction des routes et des canaux
      J en oublie sans doute !

  7. Il semble qu’il se soit présenté avec, au début, les meilleures intentions, donnant par exemple accès à sa bibliothèque personnelle à ses prisonniers, envisageant de leur construire une meilleure résidence, etc. Il espérait donc, sincèrement, nouer de passionnantes discussions et peut-être écrire à terme un best-seller, « Napoléon (ou Bonaparte) m’a dit… ». Mais il a commis de graves erreurs psychologiques, brulé les étapes sans arriver à relativiser les règles fixées par ses chefs. Cela a tourné au clash et il est devenu odieux de toutes les façons possibles. Wellington l’a qualifié de « stupid man ».

  8. Il a fidèlement rempli son devoir, et celui-ci n’impliquait rien d’infâme, il était juste, du point de vue anglais.

    • Comme quoi ce qui est juste est à géométrie variable et dépend des application qu’en fait une personne,
      En fait un petit milliaire frustré qui s’est vengé petitement d’un grand homme vaincu mais qui lui était cent fois supérieur.

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